Une semaine après sa désignation à la tête de l’organisation ouest-africaine, le chef de l’État sénégalais doit effectuer une visite de travail et de solidarité au Mali. Sa deuxième depuis son arrivée au pouvoir. Un déplacement scruté de près, alors que les relations entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel restent à reconstruire.
C’est un déplacement à forte charge symbolique que doit effectuer, le 28 juillet, selon certaines sources, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye. Cette visite de travail et de solidarité au Mali sera la première qu’il conduit depuis sa désignation, le 19 juillet à Lungi, comme président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Elle constituera aussi sa deuxième visite au Mali depuis son accession au pouvoir en avril 2024. La première, effectuée dès le 30 mai de la même année en compagnie d’une étape à Ouagadougou, avait valeur de prise de contact avec les autorités de la Transition malienne, quelques semaines à peine après son élection.
Un déplacement chargé de sens diplomatique
Le contexte de cette nouvelle visite n’a rien de commun avec celui de 2024. Bassirou Diomaye Faye ne se rend plus à Bamako en simple chef d’État voisin venu prendre la mesure d’une transition naissante. Il y arrive à la tête de l’organisation dont le Mali s’est retiré en janvier 2025, aux côtés du Burkina Faso et du Niger, réunis depuis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Médiateur désigné par la CEDEAO dès juillet 2024 pour dialoguer avec les autorités sahéliennes, le chef de l’État sénégalais avait pris soin, lors de son passage à Bamako en 2024, de préciser qu’il ne s’y rendait pas en « médiateur de la CEDEAO », mais pour une prise de contact bilatérale. Ce luxe de précaution ne sera sans doute plus de mise cette fois. Recevoir, à Bamako, le nouveau président en exercice de l’organisation revient, pour les autorités maliennes, à acter la poursuite d’un dialogue direct avec la CEDEAO, sans que cela ne signifie un retour du Mali dans l’organisation.
La dimension de « solidarité » mise en avant pour ce déplacement fait par ailleurs écho au contexte sécuritaire éprouvant que traverse le Mali depuis plusieurs mois. Les attaques coordonnées du 25 avril, qui avaient notamment coûté la vie au ministre malien de la Défense, l’embuscade de Tabrichat à la mi-juillet, ainsi que les révélations, largement commentées, d’une possible action militaire américaine contre le groupe jihadiste JNIM. Un contexte dans lequel un geste de solidarité affiché par le nouveau président de la CEDEAO pourrait être lu comme un signal adressé autant à Bamako qu’à l’ensemble des capitales de l’AES.
Les dossiers qui devraient structurer les échanges
Plusieurs chantiers hérités du mandat de médiation de Bassirou Diomaye Faye devraient figurer à l’agenda de ses échanges avec le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta. Le président sénégalais avait fait de l’opérationnalisation de la Force régionale de lutte contre le terrorisme l’une de ses priorités affichées dès sa prise de fonction à la tête de la CEDEAO, de même que le renforcement de la mutualisation des moyens sécuritaires entre États de la région et l’amélioration de l’autonomie financière de l’organisation. Sur le strict plan bilatéral, la coopération sécuritaire (échange de renseignements, patrouilles conjointes le long de la frontière commune) déjà évoquée par le chef de l’État sénégalais en mai dernier, ainsi que les questions commerciales et de libre circulation entre les deux pays, devraient également être abordées.
Reste une question qui ne manquera pas d’alimenter les commentaires à Bamako comme à Dakar. Cette visite marque-t-elle un premier pas vers une normalisation plus large entre la CEDEAO et l’AES, ou doit-elle, comme en 2024, être comprise avant tout comme un geste bilatéral entre deux pays voisins, dissocié de la fonction de président en exercice que le chef de l’État sénégalais occupe désormais ? La réponse à cette question sera, selon toute vraisemblance, au cœur des déclarations attendues à l’issue de la rencontre.
Sahel Tribune






