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CEDEAO : ce que l’on sait de la désignation de Bassirou Diomaye Faye

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Pourquoi Bassirou Diomaye Faye a-t-il été choisi pour présider la CEDEAO ? Désigné à la tête de l’organisation ouest-africaine, le président sénégalais s’appuie sur un profil singulier. Celui d’un dirigeant resté en marge des sanctions contre l’Alliance des États du Sahel (AES) et déjà chargé, depuis 2024, de la médiation avec Bamako, Ouagadougou et Niamey. Entre recherche du consensus, crédibilité diplomatique et défis régionaux, retour sur les raisons qui ont conduit les chefs d’État à miser sur lui.

Il y a quelque chose de presque logique, pour qui suit le dossier sahélien depuis deux ans, à voir Bassirou Diomaye Faye accéder, le 19 juillet à Lungi, à la présidence tournante de la CEDEAO. Ce n’est pas une consécration soudaine. C’est l’aboutissement d’un rôle que le président sénégalais occupe, de fait, depuis les tout premiers mois de son mandat.

Un médiateur avant d’être président en exercice

Il a été élu en mars 2024 dans un scrutin salué comme l’un des plus propres de l’histoire politique récente du continent. Diomaye Faye remporte les élections dès le premier tour alors qu’il venait de sortir de prison quelques semaines plus tôt. L’opposant sénégalais devenu président de la République n’avait pas encore pris ses fonctions depuis trois mois que la Conférence des chefs d’État de la CEDEAO, réunie à Abuja le 7 juillet 2024, le désignait facilitateur des discussions avec l’Alliance des États du Sahel (AES). Un choix qui ne devait rien au hasard. Contrairement à la quasi-totalité de ses homologues, Diomaye Faye n’était pas au pouvoir lorsque l’organisation avait voté les sanctions contre le Mali, puis envisagé une intervention militaire au Niger. Lui-même ne s’y était pas trompé, confiant à l’époque avoir « la chance ou la malchance de ne pas avoir été là » quand ces décisions avaient été prises. Un passif institutionnel vierge, dans un dossier où la mémoire des sanctions reste vive à Bamako, Ouagadougou et Niamey.

Depuis, le président sénégalais a multiplié les gestes en direction du bloc sahélien : envoi du professeur Abdoulaye Bathily comme émissaire spécial dès octobre 2024, tournées répétées dans les capitales de l’AES, puis, à partir de 2026, relais confié à l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté, reçu à plusieurs reprises à Dakar avant ses propres tournées sahéliennes. Sur le fond, Diomaye Faye a toujours pris soin de ne pas nier la légitimité de l’AES : « Rien n’empêche aujourd’hui de maintenir l’Alliance des États du Sahel, puisqu’elle répond à une réalité sécuritaire à laquelle ces pays font particulièrement face », déclarait-il dès 2024. Une reconnaissance implicite que la rupture avec la CEDEAO n’était pas un simple caprice des autorités sahéliennes, mais la réponse à une insécurité que l’organisation régionale n’avait pas su endiguer.

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Rien n’empêche aujourd’hui de maintenir l’Alliance des États du Sahel, puisqu’elle répond à une réalité sécuritaire à laquelle ces pays font particulièrement face

Un bilan de médiation en demi-teinte

Il faut pourtant se garder de tout angélisme sur les résultats de cette médiation. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger est devenu statutairement effectif le 29 janvier 2025. La CEDEAO a certes ouvert une période de transition jusqu’au 29 juillet 2025 pour laisser la porte entrouverte, prolongeant le mandat de médiation de Diomaye Faye et de son homologue togolais Faure Gnassingbé. Mais les trois pays sahéliens ont, entre-temps, adopté un passeport commun de l’AES et hissé son drapeau aux côtés des couleurs nationales sur leurs édifices officiels. Des gestes hautement symboliques qui ont conduit plusieurs observateurs, dont le président ghanéen John Dramani Mahama lors de sa propre tentative de médiation, à parler d’un « point de non-retour ». La Conférence de la CEDEAO elle-même a dû, à plusieurs reprises, acter sa « déception face au manque de progrès » dans les échanges avec les autorités de transition sahéliennes.

Trois enjeux pour la nouvelle mandature

C’est dans ce contexte de blocage persistant que Diomaye Faye hérite, désormais à titre de président en exercice et non plus seulement de facilitateur, d’une organisation à réinventer. Trois enjeux structurent cette mandature. D’abord, la question sahélienne elle-même. À défaut d’un retour complet des trois pays dans l’organisation, hypothèse de moins en moins crédible, l’enjeu réaliste consiste désormais à construire des formes de coopération fonctionnelle (sécuritaire, économique, en matière de libre circulation) entre les deux blocs, plutôt que de s’obstiner sur une réintégration institutionnelle que Bamako, Ouagadougou et Niamey ne semblent plus envisager. Ensuite, la crise de légitimité plus large de la CEDEAO elle-même, ébranlée depuis 2020 par une série de coups d’État qui ont mis à nu les limites de ses mécanismes de sanction. Enfin, le chantier de l’autonomie financière de l’organisation, trop dépendante des financements extérieurs pour peser pleinement sur les crises qu’elle entend arbitrer.

Reste une inconnue à signaler sans complaisance. Diomaye Faye conduira cette mandature régionale alors que sa propre situation intérieure s’est fragilisée, marquée par une rivalité ouverte avec son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, désormais installé à la présidence de l’Assemblée nationale. Un président en délicatesse avec sa propre majorité parlementaire dispose-t-il de l’autorité nécessaire pour arbitrer les crises de ses pairs ? La réponse à cette question déterminera, sans doute, davantage le succès de son mandat que la seule qualité de ses intentions diplomatiques.

Foula Massé

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