Home A la Une En Guinée, la Nimba Mining Company scelle la première convention minière d’une société publique depuis l’indépendance

En Guinée, la Nimba Mining Company scelle la première convention minière d’une société publique depuis l’indépendance

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L’entreprise, détenue à 100 % par l’État guinéen, a signé le 3 août à Conakry le texte encadrant l’exploitation de la bauxite de Tinguilinta jusqu’à son exportation depuis le port de Kamsar. Une étape présentée par les autorités comme un jalon dans la stratégie de souveraineté minière portée par le président Mamadi Doumbouya.

C’est un symbole que le gouvernement guinéen n’a pas ménagé ses efforts pour mettre en scène. Le 3 août, au Petit Palais de la présidence de la République, à Conakry, la Nimba Mining Company (NMC SA) a signé sa toute première convention minière, un peu moins d’un an après sa création, le 4 août 2025. La cérémonie, présidée par le ministre directeur de cabinet de la présidence et président du comité stratégique du programme Simandou 2040, Djiba Diakité, réunissait plusieurs figures de l’exécutif guinéen. Le général Amara Camara, secrétaire général de la présidence, le ministre des affaires étrangères Morissanda Kouyaté, ou encore le ministre des mines et de la géologie Bouna Sylla étaient tous présents.

Derrière le cérémonial, un fait inédit dans l’histoire minière du pays. Pour la première fois depuis l’indépendance, une société minière entièrement détenue par l’État guinéen, sans actionnaire étranger ni capital privé, obtient le cadre juridique complet lui permettant d’extraire, de transporter et d’exporter elle-même son minerai. « Pour la première fois, la Guinée exploite et commercialise elle-même son minerai sur les marchés internationaux », a déclaré Djiba Diakité, qui dit vouloir « transformer sur place la bauxite en alumine, puis produire un jour de l’aluminium ».

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Pour la première fois, la Guinée exploite et commercialise elle-même son minerai sur les marchés internationaux

Un héritage né d’un contentieux résolu

La NMC n’est pas née de rien. Sa création fait suite à un différend qui opposait l’État guinéen à l’ancienne compagnie Guinea Alumina Corporation (GAC), résolu par la voie diplomatique selon le ministre des affaires étrangères Morissanda Kouyaté. Une fois les actifs repris en main, la nouvelle société publique a exporté ses premières tonnes de bauxite dès le 5 novembre 2025, à peine trois mois après sa création. Le directeur général de NMC, Patrice L’Huillier, a assuré vouloir « développer l’entreprise dans le respect des intérêts de la Guinée ».

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développer l’entreprise dans le respect des intérêts de la Guinée

La convention signée le 3 août formalise précisément les droits et obligations de l’État et de l’opérateur tout au long de la chaîne de valeur : de la mine de Tinguilinta jusqu’au port de Kamsar. Elle fixe aussi le régime fiscal, douanier, environnemental et social applicable aux activités de l’entreprise. Une sécurité juridique cruciale pour un secteur où l’instabilité contractuelle a longtemps pénalisé les investissements de long terme.

Une montée en puissance rapide

En un an d’existence, l’entreprise affiche des résultats que peu d’acteurs du secteur auraient anticipés. Selon les chiffres présentés par sa direction, NMC a déjà extrait cinq millions de tonnes de bauxite, remis en service une mine, un chemin de fer et un port, et dépasse désormais les quatre millions de tonnes exportées. L’entreprise emploie environ 2 000 personnes, dont 98 % de Guinéens. Les prévisions tablent sur dix millions de tonnes produites en 2026, puis douze millions par an à partir de 2027, la capacité nominale du site.

Ces volumes s’inscrivent dans une dynamique nationale plus large. La Guinée, premier exportateur mondial de bauxite, a vu ses exportations grimper de 15 % au premier semestre 2026 pour atteindre un niveau record, tirées par la demande chinoise, selon des données officielles rapportées par l’agence Reuters. Un contexte de marché porteur, mais aussi de dépendance accrue à un seul client, qui absorbe environ 70 % des exportations guinéennes.

L’ambition, encore incertaine, de transformer la bauxite sur place

Au-delà de l’extraction, c’est le volet le plus scruté par les observateurs du secteur. NMC a confirmé le lancement d’études de faisabilité pour une raffinerie d’alumine d’une capacité de 1,2 million de tonnes par an. Un projet emblématique de l’ambition guinéenne de capter davantage de valeur ajoutée sur son propre sol, plutôt que de se contenter d’exporter du minerai brut. Une stratégie de transformation locale que les autorités guinéennes tentent, avec des résultats variables, d’imposer à l’ensemble du secteur depuis plusieurs années, comme le relève Jeune Afrique dans son suivi régulier du dossier Simandou.

Si elle passait un jour de la faisabilité à la construction, cette raffinerie marquerait une inflexion structurelle dans la position de la Guinée au sein de la chaîne de valeur mondiale de l’aluminium. Ce qui réduirait sa dépendance aux exportations de minerai brut. Le pays dispose, selon les données compilées par le département américain du Commerce, d’environ 23 % des réserves mondiales de bauxite. Un potentiel que Conakry cherche, depuis l’arrivée au pouvoir du général Mamadi Doumbouya, à faire davantage fructifier localement.

Un modèle regardé de près dans la région

La démarche guinéenne, confier l’exploitation d’une ressource stratégique à un opérateur entièrement public, fait écho à un mouvement plus large observé ces dernières années en Afrique de l’Ouest. Au Mali voisin, pourtant non membre du même ensemble régional que la Guinée, les autorités ont également engagé une refonte de leur code minier pour accroître la participation de l’État dans les projets d’extraction, comme le rapportait Sahel Tribune fin 2024. Une convergence régionale, portée par des contextes politiques différents, mais animée par une même volonté affichée de reprendre pied sur des ressources longtemps dominées par des opérateurs étrangers.

Pour la Guinée, le test des prochains mois sera avant tout opérationnel. Il s’agirait de maintenir la montée en puissance vers dix, puis douze millions de tonnes annuelles, tout en faisant progresser les études de faisabilité de la raffinerie d’alumine jusqu’à un stade bancable. Un parcours que suivront de près les autres États ouest-africains riches en ressources naturelles, tentés par des modèles similaires axés sur la souveraineté.

Oumarou Fomba 

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