Home A la Une France-Guinée : le crâne du dernier Almamy du Fouta-Djalon bientôt rapatrié ?

France-Guinée : le crâne du dernier Almamy du Fouta-Djalon bientôt rapatrié ?

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La Guinée a déposé le 27 juillet 2026 une demande officielle de restitution du crâne de Bokar Biro, dernier chef politique et religieux de l’État théocratique du Fouta-Djalon, ainsi que de trois de ses proches. Conservés depuis l’époque coloniale au Musée de l’Homme, à Paris, ces restes pourraient être rapatriés et inhumés dans un délai d’un à deux ans, a annoncé le ministre guinéen de la Culture.

Après le Coran, le sabre et les objets personnels de Samory Touré, c’est au tour d’un autre grand résistant à la colonisation française d’entrer dans le dossier des restitutions entre Paris et Conakry. Le ministre guinéen de la Culture, Moussa Moïse Sylla, a annoncé sur un mlédia français que la Guinée a officiellement demandé à la France, le 27 juillet 2026, la restitution du crâne de Bokar Biro Barry ainsi que de trois de ses proches : son père, son frère et son chef de guerre.

Cette démarche fait directement suite à une première requête, déposée à la mi-juillet, portant sur les effets personnels de Samory Touré. C’est dans le cadre des recherches menées en réponse à cette première demande que les autorités françaises ont localisé, fin juillet, les crânes de Bokar Biro et de ses compagnons, ouvrant la voie à cette nouvelle demande officielle de restitution.

Bokar Biro, dernier Almamy et figure de la résistance au Fouta-Djalon

Bokar Biro Barry accède, à la toute fin du XIXe siècle, au rang d’Almamy, chef à la fois politique et religieux de l’État théocratique du Fouta-Djalon, fondé en 1725 dans l’actuelle Guinée. Cet État est alors la cible de la France, qui cherche à l’intégrer à son empire colonial naissant en Afrique de l’Ouest. Bokar Biro s’y oppose farouchement, ce qui lui vaut d’être décapité par les troupes coloniales. Son crâne est ensuite emporté en métropole comme trophée de guerre, une pratique courante à l’époque parmi les officiers coloniaux.

Pour Mohamed Amirou Conté, directeur du musée national de Guinée à Conakry et membre du comité scientifique chargé du dossier, Bokar Biro figure, aux côtés de Samory Touré et des héros de la Guinée forestière et de la Basse-Guinée, parmi les grandes figures de l’opposition à la pénétration coloniale. Le ministre de la Culture le décrit dans des termes similaires, refusant que la dépouille d’un tel personnage continue d’être exposée dans un musée français.

Un mouvement plus large de restitutions africaines

La demande guinéenne s’inscrit dans un mouvement plus large de restitution des restes humains et biens culturels africains conservés en France. Paris avait déjà restitué une vingtaine de crânes à l’Algérie en 2020, puis trois autres à Madagascar l’an dernier. Elle intervient aussi quelques semaines après une autre démarche guinéenne, menée en juin 2026, réclamant cette fois le retour du Coran personnel de Samory Touré, conservé au musée de l’Armée à Paris. Une première depuis la demande similaire formulée en 1968 par le président Ahmed Sékou Touré, à l’occasion du dixième anniversaire de l’indépendance du pays.

Sur le continent, plusieurs États multiplient depuis quelques années ce type de démarches pour faire revenir des œuvres et des restes humains emportés durant la colonisation. Un mouvement dont Sahel Tribune s’est fait l’écho, à l’occasion d’un forum consacré aux crimes coloniaux et aux réparations dues aux sociétés africaines, où la restitution du patrimoine culturel dispersé avait été présentée comme un droit et non comme une faveur.

Une inhumation plutôt qu’une exposition muséale

Contrairement à la pratique occidentale, la Guinée n’envisage pas d’exposer la dépouille de Bokar Biro une fois celle-ci rapatriée. Le pays prévoit au contraire de l’inhumer dignement, une exposition muséale des restes humains n’étant pas conforme aux traditions guinéennes, selon Mohamed Amirou Conté. Reste à trancher le lieu de la sépulture : Conakry, la capitale actuelle, ou Timbo, ancienne capitale de l’État théocratique du Fouta-Djalon. Les autorités guinéennes n’ont pas encore arrêté leur choix, mais Bokar Biro devrait, en tant que héros national, bénéficier d’obsèques officielles.

Un cadre juridique français encore récent

Cette restitution est rendue possible par la loi relative aux restes humains conservés en France, adoptée par le Parlement français en 2023, qui permet désormais de sortir ces collections du régime d’inaliénabilité qui prévalait jusqu’alors dans les musées publics. Un comité scientifique guinéen a été constitué pour préparer le rapatriement, que les autorités de Conakry espèrent voir aboutir sous un à deux ans. Le dossier guinéen s’ajoute ainsi à une liste de restitutions encadrées, à l’échelle internationale, par la convention de l’UNESCO de 1970 sur la circulation illicite des biens culturels, qui pose les bases d’une coopération entre États pour le retour des patrimoines déplacés. Ici, un patrimoine humain autant que culturel, conservé jusqu’ici dans les collections du Musée de l’Homme, à Paris.

Au-delà du geste diplomatique, cette demande relance en Guinée un débat plus profond sur la mémoire coloniale et la manière dont le pays entend se réapproprier ses figures historiques, un sujet que Sahel Tribune a également exploré sous l’angle de la déconstruction du récit colonial en Afrique de l’Ouest.

Chiencoro Diarra 

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