Selon un rapport publié le 22 juillet par l’organisation de recherche ACLED, la violence liée aux mines au Mali, au Burkina Faso et au Niger se concentre moins sur les sites d’extraction eux-mêmes que sur les routes, marchés et communautés qui en dépendent. Le JNIM, affilié à Al-Qaïda, en est l’acteur armé le plus systématiquement impliqué.
L’or du Sahel n’est pas seulement une ressource convoitée. Il est devenu, selon une étude publiée le 22 juillet par l’organisation de recherche ACLED, l’un des théâtres les plus révélateurs de la recomposition des conflits au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Fondée sur l’analyse de 1 185 événements violents recensés entre janvier 2015 et juin 2026 autour de 44 sites miniers de la région, l’étude bouscule une idée reçue : la violence ne se concentre pas sur les mines elles-mêmes, mais sur tout l’écosystème qui les entoure.
Près de 90 % des violences en dehors des concessions
Selon ACLED, à peine 10 % des incidents recensés autour des sites industriels surviennent à moins de trois kilomètres de la mine proprement dite. L’essentiel de la violence (routes de transport, marchés, villages voisins, sites d’orpaillage artisanal) se déploie dans un rayon plus large, jusqu’à treize kilomètres des concessions. Les groupes armés, explique le rapport, ciblent en priorité les convois, les axes routiers et les communautés qui font vivre l’activité minière, plutôt que des installations souvent mieux protégées. L’or domine très largement ce paysage. Il concentre 90 % des événements recensés et affiche la létalité la plus élevée, avec une moyenne de trois morts par incident, sur les 44 sites étudiés, dont 39 sont des exploitations aurifères.
Le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, apparaît comme l’acteur armé le plus systématiquement impliqué. Il est présent dans 42 % des incidents recensés depuis 2015. Une proportion égale à celle des forces armées des trois pays confondues. Signe que la violence minière reste avant tout structurée par l’affrontement entre groupes terroristes et forces progouvernementales. L’État islamique au Sahel (EIS) intervient, lui, dans 27 % des événements.
Le Mali, du grand nord aux frontières guinéenne et ivoirienne
Si le Burkina Faso concentre l’essentiel des incidents recensés depuis 2015 (75 % du total sur la période, avec des sites emblématiques comme Inata, aujourd’hui sous contrôle de facto du JNIM, ou Boungou), la répartition régionale s’est rééquilibrée depuis 2024. En 2025, la part du Burkina Faso est retombée à 54 %, contre 29 % pour le Mali et 18 % pour le Niger. Un signe, selon les auteurs, de la diffusion géographique du phénomène plutôt que d’un recul de la violence burkinabè.
Au Mali, le rapport distingue plusieurs foyers distincts. Dans l’extrême nord, la ceinture minière artisanale de Talhandak, Tinzaouaten, Igouzar et Tassik, sous contrôle du JNIM et du Front de libération de l’Azawad, subit des frappes de drones et incursions de l’armée malienne et de ses partenaires russes. Dans le Gourma, autour d’Intahaka, la compétition pour l’accès aux zones minières mêle groupes terroristes, factions rebelles, milices progouvernementales, forces de l’État et forces russes. Le site manganésifère de Tassiga, dans le nord du Mali, serait quant à lui passé, dès avril 2024, sous le contrôle des Russes, selon un expert sécuritaire malien cité par ACLED. Plus au sud, l’expansion du JNIM vers les zones minières frontalières de la Guinée et de la Côte d’Ivoire s’est traduite par des blocages de carburant et de transport, ainsi que par des attaques visant des camps miniers, du personnel, dont des mineurs chinois enlevés. Les dispositifs de protection militaire, dans ce qu’ACLED qualifie de stratégie de guerre économique visant à paralyser l’activité et à priver l’État de ses revenus.
Un défi qui dépasse la seule sécurisation des sites
Le rapport souligne que le renforcement de la sécurité des seules installations minières ne suffit pas. Il peut même déplacer la violence vers les travailleurs, les convois ou les communautés moins protégées, tandis que l’usage croissant de drones par les groupes armés permet désormais de menacer des infrastructures pourtant bien défendues. Parallèlement, les États de la région, le Mali compris, dont le nouveau code minier vise à renforcer le contrôle étatique et les recettes tirées des ressources, accentuent leur emprise sur le secteur extractif, dans un contexte sécuritaire qui complique d’autant la tâche des compagnies minières.
ACLED prévient enfin que cette dynamique pourrait s’étendre au-delà du Sahel central. Le JNIM et l’EIS progressant déjà vers les zones minières du Sénégal, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et du Ghana.
Oumarou Fomba
