À l’occasion du 39e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara, le 15 octobre 1987, le président burkinabè Ibrahim Traoré a appelé à l’unité des forces engagées dans la révolution. Il a également défendu les quatre piliers de la souveraineté du Burkina Faso et annoncé que le Mémorial Thomas Sankara avait accueilli plus de 200 000 visiteurs entre mai 2025 et septembre 2026.
Trente-neuf ans après l’assassinat de Thomas Sankara, le Burkina Faso a commémoré, jeudi 15 octobre 2026, la date qui a marqué la fin de la révolution d’août 1983. Dans son discours, publié par la présidence du Faso, le chef de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré, a fait de cet anniversaire une leçon sur la cohésion des forces au pouvoir et sur la souveraineté, thème central de son action depuis son arrivée à la tête de la Transition.
« La porte s’ouvre de l’intérieur »
Le président du Faso a d’abord mis l’accent sur la « lucidité » nécessaire à la mémoire de cette journée. Thomas Sankara, a-t-il rappelé, « n’est pas tombé sous les coups de l’ennemi qu’il combattait à visage découvert », mais « sous les coups de ceux qui partageaient sa table, son uniforme et son serment ». Selon lui, la leçon du 15 octobre est qu’une révolution « meurt, avant tout, de la division fratricide de ses propres gardiens ».
n’est pas tombé sous les coups de l’ennemi qu’il combattait à visage découvert
Il en a tiré un appel à la vigilance : la fidélité au combat, a-t-il dit, « est d’abord la fidélité entre nous », et commence par « le refus de la calomnie, du soupçon entretenu, du mot malveillant qui divise ». Le chef de l’État a ajouté que le Burkina Faso de 2026 « n’est pas celui de 1987 », citant en preuve la mobilisation du 30 septembre dernier, à l’occasion des quatre ans de la Révolution progressiste populaire. Sans désigner personne, il a averti que ceux qui travaillent à diviser devaient comprendre cette différence.
le refus de la calomnie, du soupçon entretenu, du mot malveillant qui divise
Produire ce que l’on consomme
Rendre hommage à Thomas Sankara, a poursuivi le président, ne consiste pas à le pleurer mais à « poursuivre son combat », que les Burkinabè mènent selon lui « au front, dans les champs, dans les bureaux, dans les usines » ou encore sur les réseaux sociaux. Il a salué tour à tour les Forces de défense et de sécurité, les Volontaires pour la défense de la patrie, les paysans, les artistes, les travailleurs du secteur privé, les jeunes et les femmes.
Sur le plan économique, il a repris la formule de Sankara : « consommer ce que nous produisons et produire ce que nous consommons », qu’il présente comme « l’antidote de la pauvreté » et la formule du développement endogène. « L’émancipation ne se décrète pas dans les discours ; elle se construit dans les champs, dans les usines, dans les laboratoires », a-t-il déclaré.
Le Mémorial, entre fréquentation et financement
Le chef de l’État a fait un point d’étape sur le Mémorial Thomas Sankara, ouvert au public le 19 mai 2025. Du 19 mai 2025 au 30 septembre 2026, a-t-il indiqué, plus de 200 000 visiteurs y ont été enregistrés, générant environ 130 millions de francs CFA au profit du Projet de construction des infrastructures du Mémorial (PCIM-INTS).
Il a salué les contributions à la campagne « Ma brique pour Sankara » et lancé un appel aux Burkinabè et aux sympathisants à y participer massivement. Il a également encouragé le ministère chargé de la Culture et du Tourisme à poursuivre l’embellissement de l’avenue qui longe le site et la réalisation des infrastructures prévues, afin d’améliorer sa capacité d’accueil. Son souhait : que le Mémorial devienne « une bibliothèque à ciel ouvert de la mémoire » et un espace de débat pour la jeunesse.
Le président a aussi remercié la municipalité du troisième arrondissement de Rome, qui a récemment donné le nom de Thomas Sankara à un parc. Un geste qui, selon lui, montre que l’ancien chef de l’État « appartient désormais au patrimoine de l’humanité tout entière ». Il a évoqué enfin les autres victimes des jours qui ont suivi le 15 octobre 1987, à Ouagadougou, Koudougou et Pô, et réitéré sa solidarité aux familles endeuillées.
Quatre souverainetés
En conclusion, le capitaine Traoré a placé la « libération totale » sous le nom de souveraineté, qu’il a déclinée en quatre volets : sécuritaire, « pour chasser de notre territoire ceux qui veulent compromettre nos efforts de cohésion sociale et de vivre-ensemble » ; alimentaire, « pour ne dépendre d’aucune main étrangère » ; économique et monétaire, « pour que nos richesses servent d’abord nos peuples » ; culturelle, pour que les langues, les savoirs et les valeurs ne soient plus des objets de folklore mais des vecteurs d’identité.
Oumarou Fomba
