Après quinze mois de brouille diplomatique, Bamako et Alger semblent avoir définitivement choisi la voie du rapprochement. En annonçant son accord pour une visite officielle en Algérie, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, ouvre-t-il une nouvelle page dans les relations entre les deux pays ?
Reçu lundi par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre malien a évoqué une « histoire commune » entre les deux pays et transmis un message du président de la Transition acceptant le principe d’une visite officielle à Alger, dont la date reste à fixer. Une étape supplémentaire dans la normalisation engagée entre Bamako et Alger, scellée par un dépôt de gerbe au Monument des martyrs.
C’est au palais présidentiel d’El Mouradia que s’est déroulée, lundi 24 août, l’audience que le président algérien Abdelmadjid Tebboune a accordée au Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, en visite de travail à Alger. À l’issue de la rencontre, le chef du gouvernement malien a livré une déclaration à la presse dans laquelle il a salué une « histoire commune » entre les deux pays, qu’il a présentée comme un acquis permettant de « s’inscrire dans la marche de la modernité et du progrès », les deux dirigeants partageant, selon lui, la conviction qu’il faut faire de la région un espace de paix affranchi de toute forme de colonialisme et de domination.
Le Premier ministre malien a indiqué avoir reçu, au cours de cette audience, de « sages conseils » du président Tebboune, et a précisé être venu à Alger porteur d’un message du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, remerciant son homologue algérien pour l’invitation qui lui a été adressée à effectuer une visite officielle en Algérie.
Une future visite officielle de Goïta à Alger
C’est l’annonce la plus significative de cette journée. Selon Abdoulaye Maïga, le président Goïta considère cette invitation comme « une marque d’affection et de considération » à son endroit et à celui du « peuple malien frère », et a d’ores et déjà « marqué son accord » pour effectuer cette visite officielle, la date devant être fixée par les canaux diplomatiques habituels. Une annonce qui, si elle se concrétise, marquerait une nouvelle étape, plus solennelle encore, dans le rapprochement engagé entre les deux capitales, après quinze mois de rupture consécutifs à l’incident du drone abattu à la frontière commune en mars 2025.
Devant la presse, le général Maïga a résumé l’esprit de cette visite par une formule sans détour : « Le Mali et l’Algérie sont condamnés à cheminer ensemble, condamnés à œuvrer dans le sens de la prospérité pour les deux peuples. » Une déclaration qui tranche avec la sévérité des échanges qui avaient marqué la crise diplomatique entre les deux pays, jusqu’à l’affrontement verbal enregistré à la tribune des Nations unies en septembre 2025.
Le Mali et l’Algérie sont condamnés à cheminer ensemble, condamnés à œuvrer dans le sens de la prospérité pour les deux peuples.
Un geste de mémoire au Sanctuaire du martyr
En marge de sa visite de travail, le chef du gouvernement malien s’est également rendu, ce même 24 août, au Monument des martyrs d’Alger, où il a déposé une gerbe de fleurs. Érigé à la mémoire des combattants de la guerre de libération algérienne, le Sanctuaire du martyr occupe une place symbolique de premier plan dans la mémoire nationale algérienne, souvent présenté comme le protecteur de la capitale. Ce geste, par lequel les autorités maliennes en visite officielle rendent traditionnellement hommage au sacrifice du peuple algérien, prend un relief particulier dans le contexte de cette visite. Il vient rappeler, dans les faits, le soutien qu’avait apporté le Mali à la lutte de libération algérienne, un pan de l’histoire commune évoqué en creux par le Premier ministre malien lors de sa déclaration à la presse.
Cette visite de travail, précédée d’un appel téléphonique entre les deux Premiers ministres le 9 août et intervenue après la réouverture des espaces aériens et le retour des ambassadeurs des deux pays à leurs postes respectifs le mois dernier, referme ainsi, au plus haut niveau protocolaire, l’une des crises diplomatiques les plus âpres qu’ait connues le Sahel ces dernières années, tout en ouvrant, avec l’annonce d’une prochaine visite officielle du président Goïta, un nouveau chapitre encore à écrire entre Bamako et Alger.
A.D






