Après une année 2025 percutée par le bras de fer entre Bamako et le groupe canadien Barrick autour du nouveau code minier, la production industrielle d’or malienne a atteint 23,5 tonnes au premier semestre 2026, soit environ 30 % de plus qu’un an plus tôt et davantage que les 21,2 tonnes attendues par le gouvernement. Ce rebond, porté par la remontée en puissance du complexe Loulo-Gounkoto, intervient alors que les autorités de la Transition cherchent à accroître la part des revenus miniers captée par l’État.
Le secteur aurifère malien retrouve des couleurs plus vite qu’annoncé. Selon des données du ministère des Mines rapportées par l’agence Reuters et reprises par Ecofin, la production industrielle d’or du Mali a atteint 23,5 tonnes entre janvier et juin 2026, un volume supérieur d’environ 30 % à celui enregistré sur la même période un an plus tôt, et qui dépasse déjà les 21,2 tonnes que le gouvernement avait inscrites dans sa trajectoire prévisionnelle pour le premier semestre. À ce rythme, le pays est en passe d’atteindre, voire de dépasser, son objectif annuel de 43,2 tonnes.
Une remontée après l’une des pires années de la décennie
Cette performance semestrielle contraste nettement avec l’exercice 2025, achevé sur une production industrielle de 42,2 tonnes, en repli de près de 23 % par rapport aux 54,8 tonnes de 2024, et très loin du record de 66,5 tonnes atteint en 2023. Ce plongeon avait été largement imputé à l’arrêt prolongé du complexe Loulo-Gounkoto, alors le premier site aurifère du pays, exploité par le groupe canadien Barrick Mining. Le gisement avait été placé sous administration provisoire par l’État malien au terme d’un différend de plusieurs mois portant sur l’application du code minier adopté en 2023, avant qu’un accord global ne soit trouvé entre Bamako et Barrick fin 2025, ouvrant la voie à une reprise progressive de l’activité.
Depuis, Loulo remonte en puissance. Le site a produit 6,9 tonnes d’or au premier semestre 2026, davantage que sur l’ensemble de l’année 2025, où sa production s’était effondrée à 5,5 tonnes. Il reste toutefois devancé par la mine de Fekola, exploitée par le groupe canadien B2Gold, qui demeure la première contributrice nationale avec 8,85 tonnes sur la même période.
Un code minier conçu pour capter davantage de recettes
Ce ralentissement puis ce rebond de la production s’inscrivent dans une stratégie assumée des autorités de la Transition : accroître la part des revenus miniers revenant à l’État malien, longtemps jugée trop faible au regard des richesses extraites du sous-sol national. Le code minier adopté en 2023 a porté à 35 % la participation possible de l’État et des investisseurs locaux dans les projets, contre 20 % auparavant, tout en resserrant les obligations fiscales des opérateurs. Sa mise en œuvre a provoqué des tensions avec plusieurs compagnies historiquement présentes dans le pays, jusqu’à l’interpellation ou la menace de poursuites contre certains dirigeants d’entreprises minières. Un audit gouvernemental avait par ailleurs recensé, fin 2025, un total de 761 milliards de francs CFA d’arriérés fiscaux réclamés aux sociétés minières.
Ces réformes ont eu un coût immédiat, visible dans l’effondrement de la production 2025, mais elles ont aussi permis d’engranger des recettes extractives record. Celles-ci avaient atteint 978,29 milliards de francs CFA en 2024, avant que la chute des volumes ne limite, en 2025, les bénéfices tirés par ailleurs de la hausse des cours mondiaux de l’or. Le rebond de la production observé depuis le début de l’année 2026 recrée donc un contexte plus favorable aux caisses de l’État, même si aucune donnée consolidée sur les recettes de l’année en cours n’est encore disponible.
Un secteur toujours central pour l’économie malienne
L’or reste, de très loin, la principale ressource d’exportation du Mali, l’un des plus grands producteurs du continent africain, représentant à lui seul l’essentiel de la valeur des exportations totales du pays. Le Fonds monétaire international avait anticipé cette embellie minière dans ses prévisions de croissance pour 2026, tablant sur une expansion du produit intérieur brut malien de 5,5 %, contre environ 4 % l’année précédente, tout en conditionnant en partie ce scénario à une résolution de la pénurie de carburant qui continue d’affecter le pays.
Le ministère des Mines reste toutefois prudent sur la trajectoire de moyen terme. Son plan 2026-2029 table sur une production industrielle qui resterait durablement inférieure à 60 tonnes annuelles, avec 43,2 tonnes attendues cette année, 51,2 tonnes en 2027, un pic à 57 tonnes en 2028, avant un repli à 50 tonnes en 2029, dans un contexte de réserves d’or industriel elles-mêmes revues à la baisse, de 906,8 tonnes en 2026 à 748,6 tonnes projetées en 2029. De nouveaux projets doivent néanmoins soutenir la production à plus long terme, à l’image du permis d’exploitation à grande échelle accordé ce mois-ci à B2Gold pour son projet de Menankoto, ou du développement de la mine de Kobada par la société Toubani Resources, dont la première production d’or est attendue en 2027.
Chiencoro Diarra
