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Niger : Arlit et Madaouela, deux gisements d’uranium désormais sous contrôle national

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Le Conseil des ministres nigérien a attribué, vendredi 21 août, les permis de grande exploitation d’uranium d’Arlit et de Madaouela I à deux nouvelles sociétés publiques, quelques mois après avoir repris le contrôle de ces gisements aux groupes français Orano et canadien GoviEx. Une nouvelle étape dans la reconquête, engagée depuis le coup d’État de 2023, de la souveraineté nigérienne sur une ressource longtemps restée sous contrôle étranger.

Le gouvernement nigérien a franchi, vendredi, une nouvelle étape dans la reprise en main de son secteur uranifère. Réuni en Conseil des ministres, l’exécutif a adopté deux projets de décret attribuant à des sociétés nationales les permis de grande exploitation minière d’uranium précédemment détenus par le groupe français Orano et le groupe canadien Govi High-Power Exploration (GoviEx), selon les informations de l’agence Anadolu. Le permis d’Arlit, dans la région d’Agadez, exploité depuis 1971 par la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), filiale d’Orano, revient désormais à la nouvelle société publique Teloua Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO). Le permis du gisement de Madaouela I, que détenait GoviEx, est quant à lui confié à la société nigérienne Madaouela Mining Company (Mamico).

La fin de plus d’un demi-siècle de présence française

L’attribution du permis d’Arlit à TSUMCO parachève un bras de fer entamé dès juin 2024, lorsque Niamey avait rompu ses accords miniers avec Paris. Coentreprise créée en 1968 et détenue à 63,4 % par Orano et 36,6 % par l’État nigérien à travers la société Sopamin, la Somaïr avait vu son contrôle opérationnel échapper au groupe français dès décembre 2024, avant que les autorités nigériennes n’annoncent, en juin 2025, sa nationalisation pure et simple, dénonçant un comportement qu’elles ont qualifié d’irresponsable et inéquitable de la part d’un partenaire ayant, selon Niamey, capté plus de 86 % d’une production totale de 80 518 tonnes d’uranium extraites entre 1971 et 2024. Le décret adopté vendredi, qui annule également la concession minière historique d’Arlit accordée dès 1968 au Commissariat français à l’énergie atomique, ancêtre d’Orano, referme ainsi un cycle de plus de cinquante ans de présence industrielle française sur ce site.

Le contentieux entre les deux parties reste néanmoins loin d’être soldé sur le plan international. Orano a multiplié les procédures d’arbitrage devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), obtenant en septembre 2025 une décision enjoignant à l’État nigérien de ne pas céder à des tiers un stock d’environ 1 300 tonnes de concentré d’uranium, estimé à quelque 250 millions d’euros, dont la vente est toujours revendiquée par Niamey. Le groupe français a par ailleurs porté plainte pour expropriation illégale, tandis que les autorités nigériennes ont retourné l’accusation sur le terrain environnemental, engageant en février dernier une action judiciaire contre Orano pour des dommages écologiques allégués autour du site minier.

Un gisement canadien resté inexploité

Le cas du permis de Madaouela I obéit à une logique distincte. Détenu par le groupe canadien GoviEx, ce titre lui avait été retiré dès juillet 2024, après l’expiration d’un ultimatum fixé par les autorités nigériennes sommant l’entreprise de démarrer effectivement l’exploitation du site, restée en sommeil malgré l’obtention du permis. Sa réattribution à la société publique Mamico permet à Niamey d’ajouter un second projet à son portefeuille minier directement contrôlé par l’État, dans un secteur où le pays, septième producteur mondial d’uranium et détenteur de l’un des minerais les plus riches du continent, ambitionne désormais de maîtriser l’ensemble de la chaîne, de l’extraction à la commercialisation.

Une souveraineté minière érigée en marqueur politique

Ces deux décisions s’inscrivent dans la ligne définie par les autorités militaires nigériennes depuis leur arrivée au pouvoir en juillet 2023 : reprendre le contrôle total des ressources minières du pays et diversifier ses partenaires d’exploitation et de commercialisation, après plus de six décennies durant lesquelles la France avait conservé, depuis l’indépendance de 1960, une position quasi monopolistique sur l’uranium nigérien. Cette réorientation stratégique, qui s’accompagne d’un rapprochement affiché avec la Russie, fait écho à des dynamiques similaires observées ailleurs dans la région, notamment au Mali, où le gouvernement a également engagé, ces dernières années, une réforme en profondeur de son code minier afin d’accroître la part des revenus extractifs captée par l’État. Pour Niamey, la maîtrise directe des gisements d’Arlit et de Madaouela constitue désormais un marqueur central de la souveraineté revendiquée par la Transition sur les richesses du sous-sol national.

Oumarou Fomba 

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