Un pan de la gigantesque décharge à ciel ouvert de Dar-es-Salam s’est effondré dans la nuit de vendredi à samedi, faisant au moins 20 morts et 22 blessés selon un bilan encore provisoire. Le drame, le plus meurtrier sur ce site depuis 2017, survient quelques jours seulement après que le gouvernement guinéen a lui-même averti des risques d’éboulement pesant sur ce site saturé depuis des décennies.
Le bilan pourrait encore s’alourdir. Selon les services de la Protection civile guinéenne, cités par l’agence Anadolu, des tas d’immondices ont cédé dans la nuit du 22 au 23 août sur la grande décharge à ciel ouvert de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia, engloutissant des habitations riveraines et des personnes présentes sur le site. À la mi-journée de dimanche, un bilan encore provisoire faisait état de 20 morts et de 22 blessés, dont six dans un état grave, tandis que les recherches se poursuivaient pour retrouver d’éventuels survivants ou d’autres corps.
Sur place, la ministre guinéenne de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Djenabou Touré, a reconnu que le gouvernement avait « tout essayé » pour prévenir un tel drame, évoquant des campagnes de sensibilisation et des tentatives d’évacuation des riverains restées sans effet. « On essaie de sensibiliser, mais je pense qu’il faut que nous agissions autrement avec cette population », a-t-elle averti, sans détailler les mesures envisagées.
On essaie de sensibiliser, mais je pense qu’il faut que nous agissions autrement avec cette population
Un site saturé, symbole d’une crise urbaine vieille de quarante ans
La décharge de Dar-es-Salam, parfois appelée la Minière ou le Concasseur, cristallise depuis des décennies les difficultés de la capitale guinéenne à gérer ses déchets. Ouvert dans les années 1980 sur 25 hectares pour une agglomération d’alors 500 000 habitants, le site devait être délocalisé au bout de vingt ans. Il ne l’a jamais été : Conakry compte aujourd’hui plus de trois millions d’habitants, qui y déversent, selon les estimations les plus récentes, entre 1 200 et 2 200 tonnes de déchets chaque jour, sur une emprise réduite à quelques hectares seulement sous la pression de l’urbanisation informelle qui a fini par entourer, puis grignoter, le site lui-même.
Ce n’est pas la première fois qu’un tel drame frappe ce quartier. Un précédent éboulement, survenu le 22 août 2017 à la faveur de pluies diluviennes, avait déjà coûté la vie à neuf personnes sur ce même site. Un an jour pour jour avant ce nouveau drame, le 22 août 2025, la jeunesse de Dar-es-Salam avait organisé une marche blanche à la mémoire des victimes de 2017, interpellant directement le président de la Transition et le Premier ministre guinéens : « Plus jamais un enfant ne doit dormir à l’ombre d’une montagne de déchets », avait alors lancé l’un des organisateurs. Un appel resté, un an plus tard, sans réponse suffisante face à la répétition du drame, à la date anniversaire près.
Plus jamais un enfant ne doit dormir à l’ombre d’une montagne de déchets
Une alerte officielle vieille de cinq jours
La tragédie prend un relief particulier au regard du calendrier. Le 18 août dernier, soit cinq jours avant l’éboulement, le ministère guinéen de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire avait annoncé le lancement imminent de travaux de libération et de sécurisation des emprises de la décharge, justifiés explicitement par les « risques d’éboulement, de glissement de terrain et de pollutions multiples » que représentait le site pour les populations riveraines. Cette annonce s’inscrivait dans un projet plus large, déjà financé à hauteur de 70 millions d’euros par l’Union européenne et l’Agence française de développement, prévoyant la fermeture définitive de Dar-es-Salam au profit d’un centre d’enfouissement technique moderne à Baritodé, dans la préfecture de Kindia, via un site de transition à Manéah, dans la préfecture de Coyah.
Ce projet de relocalisation, en préparation depuis plusieurs années et récemment relancé sous l’autorité du ministre de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, n’aura donc pas été mis en œuvre à temps pour éviter le nouveau drame du 22 août. Les autorités guinéennes, qui avaient elles-mêmes identifié le risque quelques jours plus tôt, se retrouvent désormais sous pression pour accélérer un chantier de délocalisation dont l’urgence, documentée depuis près de quatre décennies, vient d’être payée du prix fort par les habitants les plus exposés de la capitale.
A.D






