Home A la Une Bamako-Alger : le ciel s’est rouvert, reste à savoir ce que l’on y fait voler

Bamako-Alger : le ciel s’est rouvert, reste à savoir ce que l’on y fait voler

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À l’invitation de son homologue algérien, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga se rend ce lundi à Alger. Voyage protocolaire en apparence, mais qui referme, dans les faits, l’une des crises diplomatiques les plus âpres qu’ait connues le Sahel ces dernières années. Retour sur un chemin de croix commencé par un drone abattu dans la nuit et qui s’achève, pour l’instant, par une poignée de main annoncée à huis clos entre deux chefs d’État qui ne se sont plus vraiment quittés des yeux depuis quinze mois.

Il y a des voyages qui ne disent, en apparence, presque rien, et qui pourtant disent tout. Celui qu’entreprend ce lundi 24 août le général de division Abdoulaye Maïga, chef du gouvernement malien, à destination d’Alger, appartient à cette catégorie. Sur le papier, une visite de travail comme il s’en organise des dizaines chaque année entre capitales voisines : une invitation, un homologue, Sifi Ghrieb, une audience présidentielle, un message à transmettre d’un général à un autre. Dans les faits, c’est la validation, au plus haut niveau protocolaire possible, d’une réconciliation entamée pas à pas depuis un an, entre deux pays que tout, la géographie, l’histoire, le sang versé côte à côte contre le colonisateur, aurait dû maintenir proches, et qu’un drone tombé dans la nuit avait pourtant suffi à éloigner brutalement l’un de l’autre.

Il faut se souvenir, pour mesurer le chemin parcouru, de ce qu’était le ciel entre Bamako et Alger il y a un peu plus d’un an. Fermé. Hermétiquement. Depuis cette nuit du 31 mars au 1er avril 2025 où un drone de reconnaissance de l’armée malienne avait été abattu près de la frontière commune, chacun des deux voisins accusant l’autre d’avoir sciemment franchi la ligne, au propre comme au figuré. Ambassadeurs rappelés dans la foulée, non seulement à Bamako et à Alger, mais aussi à Niamey et à Ouagadougou, l’Alliance des États du Sahel ayant choisi de faire bloc derrière le Mali. Puis la surenchère : une plainte transmise à la Cour internationale de justice, des lettres croisées au Conseil de sécurité de l’ONU, et jusqu’à cet échange d’une rare violence verbale à la tribune des Nations unies, en septembre dernier, où le chef du gouvernement malien traitait son homologue de « junte » soutenant le terrorisme, et où le ministre algérien des Affaires étrangères répondait, mot pour mot, en évoquant les « logorrhées de soudards » d’un « faux poète mais vrai putschiste ». On était loin, très loin, de la fraternité révolutionnaire dont les deux capitales aiment pourtant à se réclamer.

Car c’est bien de cela qu’il est question, en creux, dans le communiqué très sobre publié par l’AMAP : cette « histoire commune » et cette « longue tradition de coopération » que le texte officiel évoque presque en s’excusant, comme pour rappeler à demi-mot ce que la crise avait fait oublier. L’Algérie fut, entre 1960 et bien après, l’un des rares soutiens extérieurs solides du jeune État malien ; le Mali, de son côté, avait apporté un appui non négligeable à la lutte de libération algérienne. Ce passé-là n’a jamais cessé d’exister ; il avait simplement cessé, un temps, de compter face aux logiques de souveraineté sécuritaire qui dominent aujourd’hui à Bamako, et face à la lecture, très différente, qu’Alger continue de faire de la stabilité régionale, façonnée par des décennies de médiation dans le nord malien à travers l’accord de paix de 2015. Cet accord que la Transition a fini par dénoncer, ouvrant la voie, pas après pas, à la crise du drone.

Le dégel, lui, est venu par le haut, comme souvent en la matière. Un appel entre les deux chefs d’État en juillet, la réouverture simultanée des espaces aériens le 10 juillet, le retour des ambassadeurs à leurs postes quelques jours plus tard, et maintenant cet appel téléphonique du 9 août entre les deux Premiers ministres qui débouche sur la visite de ce lundi. On notera, pour ceux qui aiment lire l’ordre des choses en diplomatie, que le Niger avait ouvert la voie dès février, avec la visite du général Abdourahamane Tiani à Alger ; que le Mali, plus meurtri par l’épisode du drone tombé sur son propre sol, aura mis cinq mois de plus à emprunter le même chemin.

Reste, à présent, la question qui donne tout son sel à ce genre de rendez-vous : que fera-t-on de ce ciel rouvert ? Le communiqué évoque, sans plus de détails, le « renforcement de la coopération bilatérale » et les « questions d’intérêt commun », dans le respect, précise-t-il, de la souveraineté des deux États. Une formule qui, entre deux pays si chatouilleux sur ce chapitre précis, vaut presque garantie de bonne conduite mutuelle. La sécurité aux confins du Sahara, où les deux armées se surveillent depuis des années sans jamais tout à fait se parler, sera immanquablement sur la table. L’économie aussi, tant les complémentarités entre le géant énergétique algérien et son voisin enclavé restent, malgré tout, considérables. Mais la vraie question, la seule qui vaille au fond, est de savoir si cette visite inaugure une relation refondée sur des intérêts réellement partagés, ou si elle n’est que la réparation, habile et nécessaire, d’une fenêtre que l’on n’aurait jamais dû laisser se fermer. Bamako et Alger ont quinze mois de brouille à rattraper ; ils ont surtout, devant eux, l’occasion de prouver que le grand voisinage, dans cette région du monde, peut encore l’emporter sur les egos de circonstance.

Foula D. Massé 

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