Home A la Une Mali : ce que l’on sait de la libération de deux anciens combattants russes

Mali : ce que l’on sait de la libération de deux anciens combattants russes

0 comments 576 views 4 minutes read

Deux anciens combattants russes, capturés en juillet 2024 lors de la bataille de Tinzaouatène, ont recouvré la liberté jeudi 20 août après plus de deux ans de détention aux mains des rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad. Remis à des intermédiaires nigériens puis conduits jusqu’à Benghazi, fief libyen du maréchal Khalifa Haftar, ils doivent cette libération à la médiation de son fils Saddam. Une rançon aurait-elle été versée en coulisses ? La question reste, à ce stade, non confirmée officiellement.

L’information a été confirmée samedi par des sources sécuritaires et diplomatiques à l’Agence France-Presse. Deux ex-combattants du groupe paramilitaire russe Wagner, capturés dans le nord du Mali il y a plus de deux ans, ont été libérés jeudi 20 août. L’Africa Corps, structure relevant du ministère russe de la Défense qui a repris les opérations de Wagner au Sahel, a confirmé l’issue de ce dossier resté longtemps dans l’ombre, évoquant de « longues et complexes négociations » menées par la Direction principale de l’état-major général des forces armées russes.

Les deux hommes avaient été faits prisonniers en juillet 2024 lors de la bataille de Tinzaouatène. Selon les informations recueillies par notre rédaction, les deux Russes ont été remis à des intermédiaires nigériens à la frontière entre le Mali et le Niger, avant d’être acheminés jusqu’à Benghazi, dans l’est libyen, fief du maréchal Khalifa Haftar.

Saddam Haftar, artisan discret de la libération

C’est Saddam Haftar, commandant en chef adjoint de l’Armée nationale libyenne et fils du maréchal, qui a mené les négociations décisives, selon nos indiscrétions. L’homme, qui cultive des liens anciens avec les rebelles indépendantistes touaregs comme avec Moscou, avait été reçu au Kremlin par Vladimir Poutine la veille même de la libération, mercredi 19 août. Une coïncidence de calendrier relevée par plusieurs sources diplomatiques citées par l’AFP. Dans son communiqué, l’Africa Corps salue nommément « l’appui actif » du dirigeant libyen, aux côtés de « l’implication de pays amis avec les autorités sahéliennes ». Selon des sources sécuritaires, plusieurs cycles de négociations se seraient tenus en Libye au cours des trois derniers mois entre des représentants du FLA et la partie russe, l’Algérie ayant suivi l’ensemble du processus.

Ce nouveau dossier confirme l’émergence de l’est libyen comme plaque tournante des négociations de captifs au Sahel, quelques mois seulement après qu’un ressortissant américain eut emprunté un circuit similaire. Il illustre la capacité du clan Haftar à mobiliser, au profit de Moscou, un réseau transfrontalier qui s’étend jusqu’au Niger et au Mali, sans pour autant s’imposer comme un canal incontournable pour l’ensemble des dossiers de captivité dans la région.

La question, non tranchée, d’une rançon

Reste un point que ni l’Africa Corps ni les autorités maliennes n’ont confirmé publiquement : celui d’une éventuelle contrepartie financière versée pour obtenir cette libération. Selon des informations obtenues par notre rédaction auprès d’une source suivant le dossier de près, une rançon ou une contrepartie substantielle aurait été payée pour obtenir la remise des deux hommes. Cette version ne figure dans aucune des communications officielles russes ou libyennes, qui mettent en avant la seule voie diplomatique et sécuritaire. Elle ne peut, à ce stade, être considérée comme établie, et nous la rapportons avec la prudence qui s’impose face à un dossier où chaque partie a intérêt à présenter le dénouement sous son jour le plus favorable : victoire diplomatique pour Moscou et pour les Haftar, résolution négociée pour le camp malien.

La prudence est d’autant plus de mise que le versement de rançons contre la libération d’otages détenus au Sahel n’a, historiquement, rien d’une hypothèse d’école. La libération de l’humanitaire française Sophie Pétronin en 2020 aurait ainsi donné lieu, selon plusieurs sources concordantes, au versement de plusieurs millions d’euros et à la remise en liberté de plus de deux cents djihadistes détenus par le Mali, une opération qui avait suscité une vive controverse politique en France. 

Si la nature des négociateurs diffère profondément dans le dossier des deux Russes, les intermédiaires libyens et le FLA n’ayant ni les mêmes intérêts ni le même rapport de force que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans en 2020, l’hypothèse d’une compensation financière ou matérielle en échange d’une libération de ce type reste, dans cette région du monde, une pratique documentée plus souvent qu’elle n’est officiellement reconnue.

Oumarou Fomba 

Donnez-nous votre avis

FR|EN FR|EN