Un audit couvrant la période de 2020 à octobre 2023, mené par le Bureau du Vérificateur Général, met en lumière des irrégularités financières et administratives majeures dans la gestion de la société Énergie du Mali (EDM-SA), appelant à des réformes urgentes.
Le jeudi 14 novembre 2024, le Président de la Transition du Mali, le Général d’armée Assimi Goïta, a reçu officiellement le rapport annuel 2023 du BVG des mains de Samba Alhamdou Baby, Vérificateur général. De ce rapport, il ressort qu’au Mali, l’approvisionnement en électricité demeure un pilier essentiel du développement. Pourtant, ce rapport qui s’est intéressé à la gestion de la société énergie du Mali (EDM-SA) met en évidence des inefficacités systémiques et d’importantes irrégularités financières. Couvrant les années 2020 à octobre 2023, les conclusions soulignent des erreurs administratives et financières critiques, soulignant le besoin urgent de réformes pour stabiliser le secteur électrique national.
Défis structurels et contractuels
L’audit a mis en évidence des problèmes flagrants dans les accords contractuels. Le partenariat avec Albatros Energy a notamment aggravé les difficultés financières d’EDM-SA. Des paiements d’un montant total de 32,77 milliards de francs CFA ont été versés à Albatros Energy de janvier 2020 à mai 2022, dont 57 % concernaient de l’énergie non produite ou non consommée, selon les équipes de vérification de Samba Alhamdou Baby. Même pendant les arrêts d’exploitation, EDM-SA a dû supporter des charges dépassant 1,2 milliard de francs CFA par mois, ce qui reflète de manière flagrante la mauvaise application et la mauvaise surveillance des contrats. Ces conditions, loin de garantir une rentabilité optimale, ont pesé sur l’entreprise et, par extension, sur le contribuable malien.
En outre, l’absence de décision de résiliation de cette concession manifestement déséquilibrée suscite des inquiétudes quant à la gouvernance du ministère de l’Énergie. Cette erreur s’inscrit dans le cadre de problèmes plus vastes, tels que le non-paiement par EDM-SA des redevances pour l’utilisation des centrales hydroélectriques appartenant à l’État et son incapacité à tenir un inventaire précis des actifs fournis par l’État, souligne le même rapport.
Lacunes en matière de gouvernance et mauvaise gestion financière
La direction d’EDM-SA présente de graves lacunes en matière de gouvernance, indique le rapport du BVG. Des pratiques d’approvisionnement irrégulières, comme l’attribution de contrats à des fournisseurs peu performants, ont aggravé les inefficacités opérationnelles. Par exemple, l’entreprise a accepté et payé des générateurs non fonctionnels, pour des sommes totalisant des centaines de millions de francs CFA. En outre, les retards dans le recouvrement des garanties de bonne exécution et le non-respect des pratiques financières de base exposent l’entreprise à des pertes financières injustifiées.
Les irrégularités financières cumulées s’élèvent à plus de 92 milliards de francs CFA. Elles comprennent des paiements injustifiés à Albatros Energy, des règlements fiscaux indus et l’absence d’application de pénalités pour retard de livraison de projets. Un montant stupéfiant de 30,57 milliards de francs CFA a été irrégulièrement payé au titre de la TVA sur des contrats exonérés, ce qui reflète des manquements à la discipline financière et au respect de la législation, indiquent les équipes de vérification.
Conséquences pour l’approvisionnement énergétique national
Ces inefficacités opérationnelles et ces erreurs financières se traduisent par des services énergétiques peu fiables pour les ménages et les entreprises maliennes. Les aspirations du pays à la croissance économique et à l’industrialisation dépendent de la fiabilité des infrastructures énergétiques, un objectif compromis par la mauvaise gestion d’EDM-SA.
Les difficultés rencontrées par EDM-SA mettent également en doute sa capacité à mener la transition énergétique nationale. Alors que les projets d’énergie renouvelable et les investissements dans l’hydroélectricité sont présentés comme des solutions à long terme, la mauvaise allocation des ressources à des contrats peu performants retarde les progrès. Le Mali risque de prendre encore plus de retard dans la satisfaction de ses besoins énergétiques si des réformes immédiates ne sont pas mises en œuvre.
Recommandations et voie à suivre
L’audit recommande des réformes importantes pour remédier aux lacunes d’EDM-SA :
- Résiliation du contrat d’Albatros Energy : Le ministère de l’Énergie doit d’urgence annuler le contrat pour stopper l’hémorragie financière.
- Renforcer la surveillance des marchés publics : des processus d’appel d’offres transparents et compétitifs doivent remplacer les pratiques ad hoc actuelles.
- Responsabilité financière renforcée : des audits complets et des contrôles financiers plus stricts sont nécessaires pour empêcher toute nouvelle utilisation abusive des fonds.
- Gestion claire des actifs : des mises à jour régulières des inventaires des actifs appartenant à l’État renforceraient la responsabilisation et garantiraient une utilisation optimale des ressources.
Conséquences économiques plus vastes
Le secteur énergétique du Mali demeure un pilier du développement socio-économique. Cependant, les insuffisances d’EDM-SA menacent les progrès du pays. Le fardeau financier résultant d’une mauvaise gestion non seulement vide les caisses publiques, mais nuit également à l’environnement économique général, dissuadant les investisseurs potentiels.
La transition vers un secteur énergétique durable et efficace nécessite un leadership audacieux et une réforme systémique. EDM-SA doit donner la priorité à la responsabilité, à l’efficacité opérationnelle et aux investissements stratégiques pour regagner la confiance du public et favoriser la résilience économique.
Les conclusions de l’audit révèlent des failles systémiques mais fournissent également une feuille de route pour la réforme. En s’attaquant résolument à ces problèmes, le Mali peut faire de son secteur énergétique un moteur de croissance inclusive et de développement national, répondant ainsi aux aspirations de longue date de sa population à une électricité fiable et abordable.
Oumarou Fomba





