Trois ans après son lancement, le grand plan agricole du gouvernement burkinabè affiche un bilan que les autorités jugent suffisamment solide pour être reconduit deux années de plus. Dans la foulée, l’importation de farine et de produits assimilés est purement et simplement suspendue, le temps d’écouler les stocks produits localement.
Le Burkina Faso serre encore un peu plus la vis sur ses importations agroalimentaires. Dans un communiqué conjoint publié cette semaine, les ministres en charge de l’Agriculture, du Commerce et de la Santé ont annoncé la suspension, jusqu’à nouvel ordre, des importations de farine infantile, de couscous, de semoule et d’autres produits assimilés. Objectif : donner un débouché prioritaire à la production nationale de farine, quitte à fermer temporairement le marché aux fournisseurs étrangers. Une mesure de transition est toutefois prévue pour les commerçants ayant déjà engagé des démarches d’importation avant l’annonce. Ils disposent d’un délai de deux mois pour aller au bout de leurs opérations en cours.
Une offensive agricole lancée en pleine crise sécuritaire
Cette décision s’inscrit dans le prolongement direct d’un programme bien plus vaste, lancé en septembre 2023 en Conseil des ministres sous le nom d’Offensive agropastorale et halieutique. Porté dans le sillage de la vision présidentielle du capitaine Ibrahim Traoré, ce plan d’urgence avait été pensé pour répondre à une situation alimentaire dégradée. Au moment de son lancement, environ 16 % de la population burkinabè était touchée par l’insécurité alimentaire, avec une prévalence de sous-alimentation évaluée à 19,2 %, dans un contexte largement aggravé par la crise sécuritaire et les déplacements massifs de population qu’elle a provoqués.
Doté d’une enveloppe de 592 milliards de francs CFA, financée à hauteur de 46 % par des ressources publiques, le programme visait un double objectif : reconquérir la souveraineté alimentaire du pays et créer au moins 100 000 emplois décents dans le secteur agropastoral, en priorité pour les jeunes, les personnes déplacées internes et les volontaires pour la défense de la patrie.
Un bilan de première phase mis en avant par le pouvoir
C’est ce bilan, précisément, que le gouvernement a choisi de présenter jeudi puis vendredi, lors d’une conférence de presse consacrée au lancement de la deuxième phase du programme. Sur la période 2023-2025, la production céréalière nationale a atteint plus de 7,1 millions de tonnes. Un chiffre en hausse de près de 17,6 % par rapport à la campagne précédente, et de plus de 37 % par rapport à la moyenne des cinq années antérieures, selon les données provisoires communiquées par les autorités. À cela s’ajoutent plus de 1,8 million de tonnes de riz paddy, environ 18 millions de volailles produites et près de 58 000 tonnes de poisson.
Des résultats que les autorités attribuent notamment à un effort d’aménagement conséquent. Plus de 25 000 hectares de bas-fonds et 2 600 hectares de périmètres irrigués ont été aménagés durant cette première phase, complétés par la réhabilitation de plusieurs centaines d’hectares supplémentaires.
Amos Kiénou, secrétaire exécutif de cette « offensive » gouvernementale, a par ailleurs affirmé, vendredi, que le prix du sac de maïs se maintenait désormais autour de 20 000 francs CFA, contre 35 000 à 40 000 francs CFA auparavant. Un argument présenté par les autorités comme la traduction la plus concrète, pour les ménages, des efforts de production engagés depuis 2023.
Huit filières prioritaires, avec quelques ajustements par rapport à la première phase
La nouvelle phase, qui s’étend sur les deux prochaines années, reconduit la logique de filières prioritaires qui avait structuré le premier volet du programme.Celui-ci ciblait initialement le riz, le maïs, la pomme de terre, le blé, le poisson, le bétail, la volaille et la mangue. La liste dévoilée cette semaine réoriente légèrement ces priorités : riz, lait, soja, sésame, arachide, blé, manioc et karité. Six filières supplémentaires sont désormais classées « à consolider », parmi lesquelles la pomme de terre, le bétail, le poisson et la volaille. Des productions qui avaient déjà bénéficié d’un soutien appuyé lors de la première phase. Enfin, six filières inédites, dites « émergentes », font leur entrée dans le dispositif : le lapin, le tournesol et la banane plantain en font partie, traduisant une volonté de diversifier au-delà des cultures et élevages déjà bien installés.
En articulant relance de la production locale et restriction des importations concurrentes, Ouagadougou assume une stratégie de souveraineté alimentaire à visage découvert.
Chiencoro Diarra
