Réformes minières, restauration de l’autorité de l’État, montée en puissance de l’armée. Le bilan présenté par le gouvernement malien, à l’issue de rencontres avec les populations, témoigne d’une trajectoire assumée malgré un contexte régional toujours difficile.
En 2021, deux tiers du territoire malien échappaient au contrôle de l’État, gagné par l’avancée des groupes armés terroristes et une crise multidimensionnelle qui menaçait l’existence même du pays. Cinq ans plus tard, le gouvernement de transition dirigé par le général d’armée Assimi Goïta a dressé, au terme de plusieurs semaines de rencontres avec les populations dans l’ensemble des régions, un bilan qui tranche avec les scénarios d’effondrement alors annoncés par de nombreux observateurs.
Le secteur minier repris en main
La transformation la plus tangible concerne le secteur minier, cœur de l’économie malienne. Depuis le lancement d’un audit d’envergure en 2023, confié aux cabinets Inventus et Mozar, l’État a recouvré plus de 760 milliards de FCFA auprès des compagnies aurifères au titre de redevances ajustées et d’impôts impayés, selon Ecofin Guinée. L’adoption d’un nouveau Code minier a porté à 35 % la participation cumulée de l’État et des investisseurs nationaux dans les projets miniers, contre 20 % auparavant, tout en mettant fin aux clauses de stabilité jugées trop favorables aux opérateurs étrangers.
Cette fermeté a été mise à l’épreuve lors du bras de fer de deux ans avec le canadien Barrick Mining, premier producteur d’or du pays, autour de la mine de Loulo-Gounkoto. Le différend s’est finalement soldé, fin novembre 2025, par un accord prévoyant le versement de 244 milliards de FCFA (environ 430 millions de dollars) à l’État malien, rapportait alors Bloomberg. Toute chose qui confirme la capacité du Mali à imposer ses conditions à l’un des plus grands groupes miniers au monde. Au-delà de cet accord emblématique, le fonds minier de développement local a permis, pour la première fois, la redistribution de 18,4 milliards de FCFA à plus de 800 communes maliennes, pour financer eau, santé, éducation et infrastructures de proximité, précise Sikafinance.
Une architecture institutionnelle refondée
Sur le plan institutionnel, la promulgation, le 22 juillet 2023, d’une nouvelle Constitution approuvée par référendum à plus de 96 % des suffrages exprimés a marqué l’avènement de la IVe République, dotant notamment le pays d’une Cour des comptes chargée du contrôle des finances publiques, selon Anadolu Agency. Les Assises nationales de la Refondation, dont plusieurs recommandations ont depuis été mises en œuvre, ont par ailleurs permis d’associer les légitimités traditionnelles à la vie institutionnelle du pays, dans une démarche que les autorités présentent comme un approfondissement de la démocratie participative.
Sur le plan sécuritaire, les Forces armées maliennes ont connu, selon le gouvernement, une montée en puissance opérationnelle inédite, portée par l’acquisition d’équipements modernes et une plus grande autonomie d’action, dans un pays confronté depuis 2012 à la menace terroriste. Cet effort de réarmement s’accompagne d’un renforcement de l’intégration régionale à travers la Confédération des États du Sahel (AES), aux côtés du Burkina Faso et du Niger, présentée par les autorités maliennes comme un espace de solidarité et de développement fondé sur des partenariats équilibrés. Une trajectoire de souveraineté que Sahel Tribune a documentée à travers la vision « Mali Kura 2063 », feuille de route à quarante ans articulée autour de onze projets structurants, de l’autosuffisance alimentaire à l’indépendance énergétique.
Des difficultés assumées plutôt que niées
Le gouvernement n’a pas cherché à occulter les difficultés persistantes. La vie chère, les tensions récurrentes sur l’approvisionnement en carburant, aggravées par les attaques de groupes armés contre les camions-citernes, et l’accès encore incomplet à l’électricité continuent de peser sur le quotidien des Maliens, comme le relevait déjà Journal du Mali dans son propre bilan de la transition. Face à ces tensions, les autorités misent sur des investissements structurants dans les centrales solaires, avec l’objectif affiché d’une souveraineté énergétique à moyen terme.
Cinq ans après avoir promis de « relever le défi » de la survie de l’État, le gouvernement malien affiche donc un bilan contrasté mais assumé. Celui d’un pays qui, en misant sur la reprise en main de ses ressources et le renforcement de ses institutions, entend démontrer qu’une trajectoire souveraine est possible, sans pour autant prétendre avoir résolu l’ensemble des défis économiques et sécuritaires qui subsistent.
A.D






