Le Comité technique des Danbé Kolosibaw, corps de médiateurs sociaux créé en mai par le gouvernement malien, a rencontré mardi la Confrérie nationale des Donso, les traditionnels chasseurs-gardiens de la société mandingue. Une étape supplémentaire dans la tournée engagée par cette institution encore jeune auprès des forces vives du pays, pour ancrer sa légitimité auprès des gardiens historiques des savoirs communautaires.
Deux formes d’autorité morale, l’une tout juste instituée par l’État, l’autre héritée de temps immémoriaux, se sont rencontrées mardi 25 août à Bamako. Une délégation du Comité technique des Danbé Kolosibaw, conduite par son coordinateur, le docteur Salia Malé, par ailleurs chef de cabinet du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, et accompagnée d’Amadou Diabaté, chargé de mission au même ministère, a rencontré la Confrérie nationale des Donso du Mali (CNDM), selon un communiqué du ministère.
Selon le texte officiel, cette rencontre visait à présenter officiellement le Corps des Danbé Kolosibaw à la confrérie des chasseurs traditionnels, à en expliquer les missions et responsabilités, et à échanger sur les valeurs qui contribuent à la cohésion et à la stabilité de la société malienne. À travers la voix de leur porte-parole, le doyen Souleymane Bagayoko, les Donso ont salué la création de ce nouveau corps et souligné la convergence entre ses missions et celles que leur confrérie assume depuis des générations, réaffirmant leur disponibilité à accompagner cette initiative.
Un corps créé en mai pour incarner le « Maliden Kura »
Les Danbé Kolosibaw ne sont ni fonctionnaires au sens classique, ni chercheurs universitaires, mais des personnes-ressources du département de la Culture chargées de documenter, transmettre et vulgariser le patrimoine culturel immatériel malien. Officiellement lancé le 21 mai 2026 à l’issue des recommandations des États généraux de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme tenus en janvier 2025 dans le cadre du processus Bamako Fugaba, ce corps de « nouveaux médiateurs sociaux » a été présenté par le ministre Mamou Daffé comme un outil au service de la souveraineté culturelle et de la cohésion sociale, dans la continuité de la vision portée par le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta. Les Danbé Kolosibaw sont notamment chargés de superviser des cellules locales de veille baptisées « Sigida Kolosibaw », déployées dans les différentes localités du pays.
Lors des Journées nationales du patrimoine culturel de juin dernier, consacrées à leur rôle, le Premier ministre Abdoulaye Maïga avait décrit ces médiateurs comme un « maillon essentiel » de la construction du Maliden Kura, littéralement le « nouveau Malien », un citoyen que les autorités entendent façonner autour du retour aux fondamentaux culturels, présenté comme une condition de la reconstruction morale et sociale du pays.
Les Donso, gardiens ancestraux d’une légitimité recherchée
En allant à la rencontre des Donso, les Danbé Kolosibaw ont choisi l’un des interlocuteurs les plus symboliquement chargés du paysage socioculturel malien. Héritiers d’une tradition de chasse initiatique remontant à l’empire du Mali, organisés en confréries transmettant des savoirs ésotériques et un code moral strict, les chasseurs Donso occupent depuis des siècles une fonction de gardiens et de protecteurs de la société dans l’aire culturelle mandingue, qui s’étend bien au-delà des frontières maliennes actuelles, jusqu’en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Burkina Faso. Leur légitimité, fondée sur l’initiation et la transmission orale, en fait des interlocuteurs incontournables pour toute institution cherchant à s’ancrer dans le tissu communautaire profond du pays.
Cette rencontre, qui fait suite à une visite de courtoisie rendue début août par le même comité technique à plusieurs familles fondatrices du pays, confirme la méthode adoptée par les Danbé Kolosibaw depuis leur création : construire leur légitimité non par décret, mais par une tournée méthodique auprès des différentes légitimités traditionnelles et confréries du pays, dans une dynamique que le ministère présente comme la mobilisation des « forces vives » autour de la préservation de l’identité culturelle malienne et de la consolidation du vivre-ensemble.
Chiencoro Diarra






