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Mali : six ans après IBK, une nouvelle trajectoire sous Assimi Goïta

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Le 18 août 2020, un coup d’État militaire mettait fin au régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, après plusieurs mois de contestation populaire. Six ans plus tard, la Transition conduite par le général Assimi Goïta revendique un bilan marqué par la reconquête territoriale, la redéfinition des partenariats extérieurs et une nouvelle politique minière, malgré des défis sécuritaires et institutionnels persistants.

Il y a six ans, le 18 août 2020, des officiers maliens réunis au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) renversaient le président Ibrahim Boubacar Keïta, au terme de plusieurs mois de contestation populaire inédite portée par le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP). Ce jour-là, ce n’est pas seulement un président qui tombait, mais un système de gouvernance profondément contesté : accusé de corruption, fragilisé par les controverses autour des élections législatives et confronté à l’incapacité de l’État à enrayer l’avancée des groupes armés dans le centre et le nord du pays.

Six ans plus tard, à l’heure du bilan, le contraste avec la trajectoire suivie sous la Transition mérite d’être posé sans complaisance, mais aussi sans le procès en illégitimité que continuent de lui intenter certaines chancelleries occidentales.

La reconquête territoriale, marqueur central de la Transition

Le fait le plus tangible de ces six années reste le retour de Kidal dans le giron de l’État malien, en novembre 2023, après une décennie durant laquelle cette ville du nord échappait de fait à l’autorité de Bamako, y compris sous la présidence d’IBK, qui n’était jamais parvenu à y rétablir une présence étatique effective.

Cette reconquête, obtenue par les Forces armées maliennes, appuyées par de nouveaux partenaires, a été présentée par les autorités de la Transition comme la preuve que la souveraineté nationale n’était plus négociable, là où l’ancien régime avait fini par s’accommoder d’un statu quo jugé humiliant.

Au-delà de Kidal, la période a été marquée par une volonté affichée de renforcer la présence de l’État sur le territoire et de redonner aux forces nationales un rôle central dans la conduite des opérations militaires. Ce processus reste toutefois confronté à la persistance des groupes armés et à la difficulté de stabiliser durablement certaines zones du pays.

Une rupture diplomatique assumée comme un choix de souveraineté

La Transition a également rompu avec plusieurs décennies de coopération étroite avec l’ancienne puissance coloniale, en mettant fin à la présence militaire française, puis en quittant la Cédéao pour renforcer, avec le Burkina Faso et le Niger, le cadre de coopération de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Cette rupture diplomatique, présentée par ses détracteurs comme un isolement risqué, a parallèlement conduit Bamako à diversifier ses partenariats avec la Russie, la Turquie et la Chine, ainsi qu’à amorcer, plus récemment, un dégel prudent avec l’Algérie. Pour les autorités maliennes, cette réorientation répond à une volonté de reprendre davantage de contrôle sur les choix stratégiques du pays et de réduire sa dépendance à l’égard d’un partenaire unique.

Sur le plan économique, le nouveau Code minier a notamment permis à l’État de revoir à la hausse sa part dans l’exploitation des ressources minières, notamment l’or et le lithium. Une réforme présentée par les autorités comme une volonté de mieux tirer profit des richesses nationales et d’accroître les retombées économiques du secteur minier pour le Mali.

Des défis persistants que le pouvoir ne nie pas lui-même

Ce bilan ne saurait toutefois occulter les difficultés bien réelles qui subsistent. Les attaques terroristes continuent de frapper le pays, comme l’a notamment rappelé l’offensive coordonnée du 25 avril dernier contre plusieurs villes. La sécurisation durable du territoire demeure ainsi l’un des principaux défis auxquels la Transition reste confrontée.

Les autorités de la Transition elles-mêmes reconnaissent, dans leurs discours officiels, que la « souveraineté exige des sacrifices » et que le chemin reste long. Mais, comparée à l’impuissance chronique du pouvoir renversé en 2020, dont les difficultés à sécuriser le territoire avaient précisément nourri une partie de la contestation populaire ayant précédé sa chute, la Transition peut se prévaloir d’avoir posé les bases d’un État plus présent sur son territoire et davantage maître de ses choix diplomatiques et économiques.

Six ans après, c’est donc cette rupture de trajectoire, davantage que la seule date anniversaire, qui mérite d’être scrutée. Entre reconquête territoriale, souveraineté diplomatique, réforme du secteur minier et recherche d’une plus grande autonomie stratégique, la Transition a profondément modifié les orientations du Mali. La question demeure désormais de savoir si cette rupture parviendra à produire, dans la durée, les résultats attendus en matière de sécurité, de gouvernance et de développement.

Oumarou Fomba 

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