Après des frappes aériennes ayant visé, le 20 août, le territoire tchadien à la frontière avec le Soudan, la Commission de l’Union africaine a appelé « toutes les parties » à la retenue, tandis que N’Djamena dénonce une nouvelle incursion des belligérants soudanais. Un nouvel épisode qui illustre les risques de débordement régional d’une guerre civile qui a déjà fait environ 1 400 morts civils au premier semestre 2026.
L’Union africaine a exprimé, mercredi, son inquiétude face à la dégradation de la situation à la frontière entre le Tchad et le Soudan, appelant les parties concernées à la retenue et à éviter toute action susceptible d’accroître les tensions dans la région. Dans un communiqué, le président de la Commission de l’organisation panafricaine, Mahmoud Ali Youssouf, a indiqué suivre « avec préoccupation » les informations faisant état de frappes aériennes survenues le 20 août dans la région de l’Ennedi-Est, à l’intérieur du territoire tchadien, dans le contexte du conflit soudanais. Le communiqué ne fournit aucun bilan de victimes ni de dégâts, et ne précise pas l’identité des auteurs de ces frappes.
Le président de la Commission a réaffirmé l’attachement de l’Union africaine « au strict respect de la souveraineté, de l’unité et de l’intégrité territoriale de ses États membres, ainsi qu’au principe de l’inviolabilité des frontières », appelant « toutes les parties concernées à faire preuve de la plus grande retenue » et à prendre les dispositions nécessaires pour éviter que le conflit ne s’étende au-delà des frontières soudanaises. L’organisation a également réaffirmé sa disponibilité à accompagner les États concernés dans toute initiative de désescalade.
au strict respect de la souveraineté, de l’unité et de l’intégrité territoriale de ses États membres, ainsi qu’au principe de l’inviolabilité des frontières
N’Djamena dénonce « une nouvelle incursion »
Dans un communiqué diffusé samedi à la télévision publique, l’état-major des armées tchadien a fait état de bombardements aériens survenus le 20 août aux environs de 20 heures, aux confins de la frontière commune avec le Soudan. « À la suite des constats effectués tout au long de la journée du vendredi 21 août 2026, à l’aide de moyens aériens et terrestres, il a été établi que les parties belligérantes au Soudan ont, une nouvelle fois, débordé sur le territoire national tchadien », a-t-il déclaré, précisant que les aéronefs et drones impliqués appartiendraient aux forces armées soudanaises ou à leurs soutiens, et qu’ils auraient pilonné une colonne de véhicules jusqu’à plus de cent kilomètres à l’intérieur du territoire tchadien. Le commandement militaire tchadien a annoncé maintenir son niveau d’alerte le plus élevé et se tenir prêt « à riposter ». Aucune réaction de l’armée soudanaise à ces accusations n’avait été enregistrée à ce stade.
À la suite des constats effectués tout au long de la journée du vendredi 21 août 2026, à l’aide de moyens aériens et terrestres, il a été établi que les parties belligérantes au Soudan ont, une nouvelle fois, débordé sur le territoire national tchadien
Cet incident n’est pas isolé : en janvier dernier, le gouvernement tchadien avait déjà dénoncé une incursion d’éléments des Forces de soutien rapide (FSR) ayant coûté la vie à au moins sept militaires tchadiens, et en décembre 2025, l’armée avait fait état d’une frappe de drone contre un camp militaire proche de la frontière soudanaise, tuant deux militaires. Face à la multiplication de ces incidents, les autorités tchadiennes avaient annoncé, fin février, la fermeture de leur frontière avec le Soudan.
Un conflit meurtrier aux ramifications régionales croissantes
Le Soudan est plongé depuis avril 2023 dans une guerre opposant l’armée du général Abdel Fattah al-Burhane aux Forces de soutien rapide de Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti ». Selon des données des Nations unies présentées lundi au Conseil de sécurité, environ 1 400 civils ont été tués au Soudan au cours du seul premier semestre 2026, dont près de 1 100 dans des frappes de drones.
Ces dernières semaines, la ville d’El Obeid, capitale du Kordofan du Nord et carrefour stratégique reliant le centre du pays au Darfour, est devenue l’un des principaux foyers des combats entre l’armée et les FSR. Une progression des combats vers l’ouest qui accroît mécaniquement les risques de débordement sur les pays frontaliers, au premier rang desquels le Tchad, déjà confronté à l’afflux de centaines de milliers de réfugiés soudanais sur son territoire.
Foula D. Massé






