Devant le Conseil de sécurité, le chef de l’UNOWAS a décrit des groupes terroristes qui administrent désormais des territoires et étendent leur influence vers le golfe de Guinée. Il a toutefois salué de premiers signaux de rapprochement entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel.
Les groupes terroristes actifs en Afrique de l’Ouest et au Sahel ne se contentent plus de frapper. Ils administrent des territoires, contrôlent des routes commerciales et étendent progressivement leur emprise vers les États côtiers du golfe de Guinée. C’est le constat dressé, le 14 juillet devant le Conseil de sécurité des Nations unies, par le chef du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), Leonardo Santos Simão, qui a alerté sur une mutation rapide de la menace terroriste dans la région.
Une menace qui se modernise et se coordonne
Selon le responsable onusien, les groupes armés adaptent désormais leurs méthodes à un rythme soutenu : drones, moyens de communication sophistiqués, cryptomonnaies viennent enrichir un arsenal de plus en plus élaboré, tandis que leurs attaques se coordonnent à travers plusieurs pays et que leurs liens avec les réseaux criminels transnationaux se renforcent. Au-delà des opérations militaires, l’objectif de ces groupes consisterait désormais à consolider un contrôle territorial et économique durable, tout en sapant la confiance des populations envers les autorités publiques.
Le Mali illustre à lui seul cette évolution. Le 25 avril, une coalition réunissant le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM/JNIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA) a lancé des attaques simultanées contre Bamako, Kati, Gao, Kidal et Mopti, faisant des victimes civiles et militaires, dont le ministre malien de la Défense. Les combats se poursuivent dans le nord du pays. Au Niger, les assauts ont notamment visé l’aéroport de Niamey et une base militaire à Tahoua ; au Burkina Faso, les régions du Nord et de l’Est continuent de subir des attaques recourant de plus en plus aux drones ; au Nigeria, le nord du pays et la région du Middle Belt restent frappés par des enlèvements à répétition.
Une crise humanitaire qui s’installe dans la durée
Cette dégradation sécuritaire s’est traduite par une aggravation continue des déplacements de population. Fin février, l’Afrique de l’Ouest et le Sahel comptaient près de 6,8 millions de déplacés internes et 1,3 million de réfugiés et demandeurs d’asile. Les pays du golfe de Guinée, longtemps relativement épargnés, accueillent désormais environ 220 000 réfugiés. Au Liberia, le nombre de ressortissants burkinabè installés dans le pays serait passé de 40 000 à 140 000 depuis 2025, mettant sous tension les terres disponibles et les services publics locaux. Les déficits de financement humanitaire continuent, dans le même temps, de limiter l’ampleur des opérations de secours, les femmes, les enfants et les jeunes concentrant l’essentiel des conséquences de la crise.
Le trafic de drogue, autre facteur d’instabilité identifié par Leonardo Santos Simão, progresse rapidement dans plusieurs États côtiers, où certains groupes armés utiliseraient ces substances pour leurs propres combattants, tandis que l’influence croissante des cartels sur certaines institutions publiques contribuerait à les affaiblir davantage.
Des signaux timides de dialogue régional
Le tableau n’est cependant pas uniquement celui de l’escalade. Après plusieurs années de rupture entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (AES), une conférence tenue à Accra en janvier a permis de lancer des discussions sur un nouveau mécanisme de coopération sécuritaire, tandis que la CEDEAO a nommé l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme négociateur avec les pays de l’AES. Le responsable onusien a cité, parmi les résultats concrets de cette dynamique, la réouverture du poste-frontière de Kamba entre le Niger et le Nigeria, les discussions engagées pour rouvrir la frontière entre le Niger et le Bénin, ainsi que la reprise des contacts diplomatiques entre le Mali et l’Algérie.
Pour Leonardo Santos Simão, les seules réponses sécuritaires ne suffiront cependant pas à endiguer durablement la menace. Il a appelé à investir dans les fondements sociaux, économiques et environnementaux de la paix, alors que le poids de la dette, l’inflation et l’augmentation des dépenses militaires continuent, malgré une croissance régionale attendue autour de 5 % cette année, de limiter les retombées économiques pour les populations de la région.
Oumarou Fomba
