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RD Congo : Tshisekedi lance son dialogue national, des provinces vers Kinshasa

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Le chef de l’État a officiellement ouvert, jeudi 27 août, le processus de « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État » qu’il annonçait depuis plusieurs semaines. Un format inédit, pensé pour partir des provinces plutôt que de la capitale, mais qui ne convainc pas encore toute la classe politique.

Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État

C’est un format que Félix Tshisekedi présente comme une rupture avec les précédentes concertations politiques congolaises. Dans une adresse à la nation prononcée jeudi 27 août, le président de la République démocratique du Congo a officiellement lancé le « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », dont le principe avait été annoncé le 17 juillet. Contrairement aux grand-messes politiques organisées jusqu’ici à Kinshasa entre responsables nationaux,  du dialogue de Sun City, en 2002, à l’accord de la Saint-Sylvestre, en 2016, le processus doit cette fois s’ouvrir dans les 26 provinces du pays avant de converger vers des assises nationales dans la capitale.

Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État

Un diagnostic province par province

Le schéma présidentiel prévoit d’abord une « vaste consultation politique et technique » dans chaque chef-lieu provincial, associant autorités locales, élus nationaux, partis de la majorité comme de l’opposition, société civile, autorités coutumières, confessions religieuses, milieux économiques et universitaires, organisations de femmes et de jeunes, ainsi que la diaspora. Chaque province devra dresser son propre diagnostic (insécurité, conflits fonciers, tensions communautaires, inégalités) avant qu’une synthèse nationale ne serve de base aux assises de Kinshasa. « Les assises de Kinshasa ne seront pas le point de départ du dialogue, mais l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays », a résumé le chef de l’État.

Le président a fixé une limite de trois mois pour l’ensemble du processus, sans toutefois préciser de calendrier pour l’ouverture des consultations provinciales. Une première ordonnance doit instituer, « dans les tout prochains jours », un comité chargé de la préparation logistique, avant qu’une seconde ordonnance ne convoque formellement le dialogue et n’installe une commission préparatoire, au sein de laquelle siégeront les confessions religieuses, chargée d’élaborer la feuille de route.

Un format qui ne fait pas l’unanimité

Le dispositif retenu tranche plusieurs points débattus depuis l’annonce de juillet. Dans un entretien à média occidental le 21 août, l’opposant Martin Fayulu plaidait pour un format resserré, limité à trois semaines ou un mois, conduit sous la médiation des chefs religieux, et contestait la capacité du président à fixer seul le cadre du dialogue. De son côté, la plateforme Sauvons la RDC, proche de l’ancien président Joseph Kabila, réclamait une médiation extérieure « neutre, indépendante et impartiale », appuyée par l’Union africaine et les Nations unies, voire une tenue du dialogue hors du pays. Félix Tshisekedi a tranché en sens inverse sur les deux points. Le processus se déroulera sur le sol congolais, sous la seule responsabilité des institutions nationales, les confessions religieuses n’étant associées qu’au sein de la commission préparatoire, sans rôle de médiation autonome.

Le président a par ailleurs confirmé une ligne qu’il défend depuis le début de l’offensive du M23 dans l’Est : les acteurs qui poursuivent le combat armé, au premier rang desquels le mouvement et sa coalition Alliance fleuve Congo, resteront exclus du dialogue. Une exclusion qui, pour les autorités congolaises, ne se négocie pas, mais qui laisse ouverte la question de la manière dont un processus de « cohésion nationale » pourra traiter des racines du conflit dans les deux Kivu sans les principaux belligérants autour de la table.

Après plusieurs années où l’idée d’un dialogue national est restée, selon l’expression de plusieurs commentateurs congolais, un véritable « serpent de mer » de la vie politique du pays, Kinshasa dispose désormais d’un calendrier resserré et d’une méthode inédite. Reste à savoir si les provinces, où l’autorité de l’État reste par endroits fragile, seront en mesure de tenir dans les délais fixés les consultations dont doit sortir la synthèse nationale, et si le format retenu suffira à convaincre une opposition et une partie de la société civile qui réclamaient un cadre de médiation extérieur au pouvoir en place.

Foula Massé

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