Après deux années consécutives à la tête de la production cotonnière de la zone CFA, le Mali cède son fauteuil au Bénin au terme de la campagne 2025-2026. Selon les données du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA), le Bénin a récolté 533 590 tonnes de coton-graine, contre 397 540 tonnes pour le Mali. Une inversion de la hiérarchie qui intervient dans un contexte de recul général de la production cotonnière dans plusieurs pays de la sous-région.
Le recul malien est particulièrement marqué. Avec 397 540 tonnes, le pays enregistre une baisse de 39,5 % par rapport à la campagne précédente, au cours de laquelle il avait produit 656 751 tonnes. Le Mali avait pourtant conservé la première place de la zone CFA en 2023-2024, avec environ 690 000 tonnes, puis en 2024-2025. Cette forte contraction de la récolte explique en grande partie le changement de leadership au profit du Bénin, qui prend la tête du classement avec 533 590 tonnes.
Un recul qui change la hiérarchie régionale
Cette baisse ne signifie toutefois pas que le Mali a perdu son poids dans la filière cotonnière sahélienne. Parmi les pays du Sahel retenus dans cette comparaison, il demeure le premier producteur, devant le Burkina Faso, le Tchad et le Sénégal. Le Burkina Faso arrive derrière le Mali dans le classement de la zone CFA avec 313 042 tonnes, tandis que la Côte d’Ivoire se situe à 310 407 tonnes, en légère baisse de 0,4 % par rapport à la campagne précédente.
À l’échelle de la zone CFA, la tendance générale est également au recul. Les principaux pays producteurs ont récolté environ 1,98 million de tonnes de coton-graine durant la campagne 2025-2026, contre près de 2,31 millions de tonnes lors de la campagne précédente, soit une baisse de 14,2 %. La situation malienne apparaît cependant plus préoccupante, avec une diminution de près de 40 % de la production en une seule campagne.
Jassides, pluies irrégulières et difficultés dans les champs
Plusieurs facteurs permettent de comprendre cette contre-performance. Le PR-PICA relève notamment l’irrégularité des précipitations, qui a affecté les conditions de production dans plusieurs pays. Au Mali, cette situation s’est ajoutée aux attaques de jassides, des insectes ravageurs du cotonnier qui ont causé des dégâts importants dans les champs et pesé sur les rendements. La pression exercée par ces ravageurs constitue depuis plusieurs années une préoccupation pour les producteurs de coton de la sous-région.
Mais les difficultés rencontrées dans les champs ne se limitent pas aux ravageurs et à la pluviométrie. Les échanges engagés par la Confédération des sociétés coopératives des producteurs de coton du Mali (C-SCPC) avec sa base font ressortir d’autres préoccupations. Des producteurs signalent notamment des problèmes liés à la qualité et à la conservation des semences ainsi que des difficultés de germination. Dans certaines situations, des reprises de semis ont été nécessaires, ce qui a pu perturber le calendrier agricole et affecter les superficies effectivement cultivées.
La disponibilité des engrais constitue également une préoccupation importante. Des retards dans la livraison ou la mise à disposition des intrants peuvent compliquer le respect des périodes d’application et avoir des conséquences sur le développement des plants. Les producteurs évoquent également des difficultés liées au paiement du coton, à l’accès au financement, à la faiblesse des rendements et au manque de mécanisation. Lorsque ces contraintes interviennent au même moment, elles peuvent fragiliser davantage les exploitations et réduire leur capacité à maintenir les niveaux de production attendus.
Dans la région de Bougouni, les témoignages recueillis auprès des producteurs illustrent cette réalité du terrain. Malgré les difficultés, la volonté de poursuivre la culture du coton demeure présente, mais les producteurs restent confrontés à des problèmes qui dépassent parfois le seul cadre d’une campagne agricole. Certaines difficultés évoquées concernent directement la campagne 2025-2026, tandis que d’autres, notamment celles relatives aux semences et aux engrais, continuent d’être signalées au cours de la campagne 2026-2027.
Le défi de la relance
Pour la filière malienne, la question est désormais de savoir si ce recul restera ponctuel ou s’il traduit des fragilités plus profondes. La perte de la première place de la zone CFA n’est pas nécessairement définitive, puisque le Mali avait lui-même repris le leadership en 2023-2024 avant de le conserver en 2024-2025. Mais pour espérer retrouver son fauteuil, le pays devra d’abord améliorer les conditions de production et répondre aux préoccupations exprimées par les cotonculteurs.
La campagne 2026-2027 apparaît ainsi comme une période importante pour la filière. La disponibilité des semences, l’accès aux engrais dans les délais, la maîtrise des ravageurs, la régularité des pluies, le financement et la mécanisation seront autant de facteurs à surveiller. Au-delà du classement régional, l’enjeu pour le Mali est surtout de permettre aux producteurs de retrouver des rendements suffisamment élevés pour relancer durablement la production.
Le Bénin est désormais en tête de la zone CFA, mais le Mali conserve son leadership au Sahel. Ce changement de classement raconte surtout les difficultés d’une filière confrontée à plusieurs contraintes simultanées. Pour les producteurs maliens, le véritable défi n’est donc pas seulement de reprendre la première place, mais de retrouver les conditions nécessaires pour produire davantage et mieux, campagne après campagne.
Cheickna Coulibaly
