En attribuant à B2Gold un nouveau permis d’exploitation de grande mine d’or à Menankoto-Sud, dans le Cercle de Kéniéba, le Conseil des ministres malien confirme une trajectoire assumée depuis 2023. Celle de la reprise en main du secteur aurifère longtemps taillé à l’avantage des majors étrangères, pour le remettre au service du Trésor public et des communautés locales.
Réuni le vendredi 7 août 2026 à Koulouba sous la présidence du Général d’Armée Assimi Goïta, le Conseil des ministres a adopté, dans une sobriété toute administrative, un décret d’une portée considérable pour l’ouest du pays. Il attribue à la société B2Gold Mali Resources SARL un permis d’exploitation de grande mine d’or à Menankoto-Sud, Cercle de Kéniéba, région de Kayes, pour une durée maximale de douze ans. Ce permis d’exploitation couronne la fusion, en mai 2025, de trois permis de recherche (Bakolobi, Menankoto-Sud et Bantako-Nord), dont les travaux ont mis en évidence un gisement jugé économiquement exploitable sous forme d’une grande mine.
Une matérialisation de la volonté des autorités maliennes
Le site vient compléter le complexe de Fekola, déjà la plus importante mine d’or en production dans le pays. Selon B2Gold, cette nouvelle concession, baptisée Fekola Regional, sera détenue à 65 % par le groupe canadien et à 35 % par l’État malien, contre 80/20 pour la mine historique de Fekola, preuve concrète que le nouveau code minier adopté en 2023 s’applique désormais aux projets d’envergure. Dans son communiqué diffusé le même jour, l’entreprise elle-même a salué un jalon significatif garantissant l’avenir de l’exploitation jusqu’à la fin des années 2030, tout en rappelant que ses investissements cumulés au Mali dépassent deux milliards de dollars depuis 2014 et que 98 % de ses 3 300 salariés sont maliens.
Ce n’est pas un cas isolé. Depuis l’adoption, en août 2023, de la loi n° 2023-040 portant Code minier et de la loi n° 2023-041 relative au contenu local dans le secteur minier, le Mali a méthodiquement redessiné les termes de l’exploitation de son sous-sol. La participation cumulée de l’État et des investisseurs privés maliens dans les nouveaux projets peut désormais atteindre 35 %, contre 20 % auparavant, et les opérateurs sont tenus de bâtir des plans annuels de sous-traitance, de formation et de transfert de compétences vers les entreprises et travailleurs du pays. Les autorités de transition tablaient, dès l’adoption du texte, sur 500 milliards de FCFA de recettes supplémentaires par an. Une ambition que la signature, mine après mine, de nouveaux protocoles vient progressivement matérialiser.
La question à qui profite l’or malien a changé de réponse
Menankoto-Sud s’inscrit ainsi dans une politique de souveraineté économique cohérente, portée par la gouvernance de transition conduite par le Général d’Armée Assimi Goïta, qui a fait du secteur extractif (10 % du PIB, environ le tiers des recettes budgétaires du pays selon plusieurs analyses économiques), un levier pour financer les priorités régaliennes dans un contexte de rupture partielle avec les bailleurs traditionnels. Le renouvellement, sur des bases comparables, du permis de la mine de Sadiola avec le groupe Allied Gold avait déjà illustré cette volonté de faire entrer même les mines déjà en production dans le champ du nouveau code, là où les anciennes conventions minières échappaient longtemps à toute renégociation.
Les autorités maliennes ne prétendent pas avoir clos le débat. La formalisation de l’orpaillage artisanal, qui pèse encore plusieurs tonnes d’or par an hors des circuits formels, reste un chantier ouvert, tout comme la vigilance à maintenir sur l’attractivité du pays pour de nouveaux investisseurs dans un environnement sécuritaire exigeant. Mais le décret du 7 août, en officialisant une exploitation industrielle de grande ampleur sous les règles renforcées de 2023, donne un contenu tangible à un discours de souveraineté minière trop souvent réduit, ailleurs, à une simple rhétorique. À Kéniéba, l’or continuera de sortir de terre. La question de savoir à qui profite, désormais, chaque gramme extrait, a changé de réponse.
Chiencoro Diarra
