En officialisant le soutien du Sénégal à la candidature de son prédécesseur au poste de secrétaire général de l’ONU, Bassirou Diomaye Faye tourne le dos à la ligne du Pastef qui l’a porté au pouvoir. Un revirement qui s’explique moins par la diplomatie onusienne que par le calendrier électoral sénégalais.
Le week-end, dit-on, porte conseil. Trois jours après avoir reçu Macky Sall au palais présidentiel, Bassirou Diomaye Faye a tranché ce lundi 20 juillet. Le Sénégal apportera son plein soutien à la candidature de son prédécesseur au poste de secrétaire général des Nations unies. Un communiqué du ministère des Affaires étrangères, sobre dans la forme, referme ainsi une ambiguïté savamment entretenue depuis l’audience du 17 juillet, et ouvre, sur le fond, un dossier autrement plus intéressant que la diplomatie onusienne. Celui d’une recomposition politique intérieure que peu de monde, à Dakar, voyait venir il y a deux mois.
Car ce soutien n’a rien d’une évidence. Jusqu’ici parrainé par le seul Burundi, au nom de l’Union africaine, Macky Sall n’avait pas obtenu l’aval du continent en mars. Vingt pays, dont le Sénégal lui-même, s’y étaient alors opposés. Sa candidature restait fragile face à des concurrentes autrement mieux installées dans le jeu diplomatique international. Elle pourra désormais s’appuyer sur la diplomatie sénégalaise, réputée pour son sérieux, et sur l’ensemble du réseau logistique, financier et humain que Bassirou Diomaye Faye a instruit de se mobiliser en sa faveur.
Un pas que le Pastef n’aurait jamais cautionné
L’essentiel n’est pourtant pas là. Ce revirement, à peine imaginable il y a encore deux mois, à la veille du limogeage d’Ousmane Sonko de la primature, traduit surtout le virage à cent quatre-vingts degrés opéré par le chef de l’État, qui navigue désormais à contre-courant de la ligne du parti qui l’a fait élire. Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité reprochent à Macky Sall son bilan en matière de droits humains et sa responsabilité présumée dans la dette cachée qui continue de peser sur les marges de manœuvre budgétaires de l’État. Un parti qui envisageait, hier encore, de le traduire devant la Haute Cour de justice pour haute trahison. Qu’un tel soutien soit aujourd’hui officialisé par le président qu’ils ont porté au pouvoir dit assez combien la rupture entre Diomaye Faye et le Pastef de Sonko est désormais consommée.
Ce geste ne fait d’ailleurs pas l’unanimité dans le pays. Des voix de la société civile, en particulier des familles de victimes de la répression des manifestations de 2021 à 2024, avaient déjà dénoncé la simple réception de Macky Sall au palais. Elles verront sans doute, dans ce soutien officiel à sa candidature internationale, une forme de réhabilitation politique difficile à digérer pour qui garde en mémoire ces années de tension.
Le calcul des échéances à venir
Reste la question qui intéresse vraiment l’observateur politique : pourquoi maintenant ? La réponse tient sans doute moins à l’ONU qu’au calendrier électoral sénégalais. Bassirou Diomaye Faye doit affronter, dans les prochains mois, des échéances électorales majeures, les élections locales prévues en janvier 2027, et d’éventuelles législatives si le président choisissait de dissoudre l’Assemblée nationale à compter du 3 décembre, date à laquelle cette option lui redevient constitutionnellement ouverte. S’émancipant ouvertement de la tutelle du Pastef, dont il prépare sa propre sortie avec le lancement d’un nouveau parti annoncé pour août, le chef de l’État a manifestement choisi une démarche consensuelle susceptible de lui ouvrir, demain, les portes d’un rapprochement avec l’Alliance pour la République, le parti de Macky Sall, une alliance qui pourrait s’avérer décisive au soir de résultats serrés.
En additionnant sa candidature à l’ONU et son retour en grâce sur la scène sénégalaise, Macky Sall aura, en quelques jours à peine, rappelé une vérité que l’on avait presque fini par oublier. Dans la politique sénégalaise comme ailleurs, il n’y a pas d’adversaires irréductibles, seulement des intérêts qui, un jour ou l’autre, finissent par converger.
Foula D. Massé




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