L’ancien président sénégalais Macky Sall a franchi une étape importante dans la course à la succession de António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies (ONU). Mercredi 22 avril, il a clôturé les auditions publiques organisées par l’Assemblée générale de l’institution internationale, un exercice de transparence désormais incontournable pour les candidats au poste de secrétaire général.
Seul Africain parmi les quatre prétendants en lice, l’ancien chef de l’État sénégalais se distingue également par un profil atypique : contrairement aux autres candidats, il n’a jamais exercé de fonction au sein de l’ONU. Autre singularité, sa candidature n’a pas été portée par son propre pays mais par le Burundi, qui a officiellement proposé son nom.
Une vision réformatrice de l’ONU
Durant près de trois heures d’échanges face aux représentants des 193 États membres réunis à l’Assemblée générale des Nations unies, Macky Sall a déroulé les grandes lignes de son projet pour l’organisation. Se présentant comme un « bâtisseur de ponts », il a plaidé pour une réforme en profondeur de l’ONU afin de l’adapter aux défis géopolitiques contemporains.
Au cœur de son programme figure le renforcement de la diplomatie préventive, qu’il considère comme un outil essentiel pour anticiper les crises internationales. Il a également évoqué la nécessité de rationaliser les structures administratives de l’organisation, jugées parfois lourdes et peu réactives face aux urgences mondiales.
La dette africaine et la réforme du Conseil de sécurité
Interrogé sur les enjeux économiques, l’ancien président sénégalais a insisté sur la question de la dette africaine, estimant qu’elle devait être abordée dans un cadre global associant à la fois les pays en développement et les économies avancées. Selon lui, seule une approche multilatérale peut permettre de répondre durablement aux déséquilibres financiers qui freinent la croissance du continent.
Macky Sall a également réaffirmé une revendication portée de longue date par de nombreux États africains : l’attribution à l’Afrique de deux sièges permanents au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Une réforme que plusieurs pays du continent considèrent comme indispensable pour corriger les déséquilibres historiques dans la gouvernance mondiale.
L’argument de l’expérience politique
Pour défendre sa candidature, l’ancien président a mis en avant ses près de quarante années d’expérience dans la gestion des affaires publiques. Devant les diplomates, il a souligné sa connaissance des grands forums internationaux, notamment les rencontres entre dirigeants africains ainsi que les sommets du G7 et du G20.
« Ce que je souhaite apporter à l’organisation, c’est une tradition d’échange de plusieurs années avec la plupart des dirigeants ici représentés », a-t-il déclaré, mettant en avant sa capacité à dialoguer, arbitrer entre des priorités divergentes et conduire des réformes dans des contextes complexes.
Dans un souci d’équilibre géopolitique, il a également annoncé que, s’il était élu, son adjoint serait une femme issue d’un pays du Nord.
Une candidature contestée au Sénégal
Malgré cette présentation ambitieuse, la candidature de Macky Sall ne fait pas l’unanimité. Au Sénégal, plusieurs organisations représentant des victimes des violences politiques survenues entre 2021 et 2024 ont publiquement contesté sa légitimité à briguer le poste de secrétaire général de l’ONU.
Ces critiques rappellent les tensions politiques qui ont marqué la fin de son mandat présidentiel, même si ses partisans soulignent, au contraire, son expérience internationale et sa connaissance des grands enjeux de gouvernance mondiale.
Une décision attendue avant la fin de l’année
Le processus de désignation se poursuivra dans les prochains mois. L’étape décisive interviendra lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies devra formuler une recommandation officielle.
Le choix final reviendra ensuite à l’Assemblée générale. La nomination du successeur d’António Guterres à la tête de l’ONU est attendue avant la fin de l’année.
Pour Macky Sall, cette audition constitue ainsi une étape clé dans une compétition diplomatique où les équilibres géopolitiques pèseront autant que les projets de réforme.
Oumarou Fomba
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