La visite éclair de l’ex-président à Dakar, officiellement dédiée à sa candidature à l’Organisation des Nations unies (ONU), s’est doublée d’un bain de foule aux allures de retour politique. Au Sénégal, où la rivalité entre Diomaye Faye et Sonko s’intensifie, l’idée d’un rapprochement entre l’ancien président et le président de l’Assemblée nationale mérite d’être envisagée, sans toutefois être surestimée.
Les images peuvent parfois transmettre un message plus efficacement que les communiqués écrits. Vendredi 17 juillet, à Dakar, Macky Sall a été accueilli par un accueil chaleureux et enthousiaste, digne d’un chef d’État en exercice. Des militants, arborant des casquettes bleues et brandissant des pancartes « Gaindé Macky », ont accompagné le cortège, certains juchés sur les véhicules. Quelques heures plus tard, Bassirou Diomaye Faye et son homologue ont échangé une poignée de main protocolaire, mais visiblement chaleureuse, sous les drapeaux de l’Union africaine et du Sénégal. Il s’agissait de leur première rencontre depuis la passation de pouvoir d’avril 2024. La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies était officiellement le seul sujet à l’ordre du jour. Cette rencontre mérite une analyse politique plus approfondie.
Une sollicitation de Dakar à endosser officiellement sa candidature
Le contexte sénégalais ne se trompe pas. Cette visite éclair intervient alors que le pouvoir issu de la coalition Diomaye-Sonko se fissure à vue d’œil. Depuis le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature, en mai, et son installation à la présidence de l’Assemblée nationale, les deux hommes qui avaient porté ensemble le slogan « Diomaye mooy Sonko » se livrent une bataille institutionnelle ouverte. Une situation qui a conduit jusqu’au vote, puis à la censure, d’une révision constitutionnelle taillée pour affaiblir la présidence. Or c’est bien Ousmane Sonko, et non Bassirou Diomaye Faye, qui conserve l’ascendant militant sur l’électorat qui les a portés au pouvoir en 2024. Que ce soit dans les enquêtes d’opinion ou dans les conversations informelles, son nom reste un sujet de préoccupation majeur, tandis que le président en exercice est perçu comme un dirigeant technocratique, déconnecté de la réalité politique.
Cette configuration ouvre un boulevard hypothétique que la science politique aurait tort d’ignorer sous prétexte qu’il paraît, à première vue, invraisemblable. L’échec probable de Macky Sall à obtenir le poste de secrétaire général de l’ONU, en raison du soutien international plus important dont bénéficient Michelle Bachelet et Rafael Grossi, et du refus de Dakar de l’endosser officiellement, lui ouvrira de nouvelles opportunités pour retrouver une place de premier plan sur la scène politique sénégalaise. Il conserve la présidence de l’Alliance pour la République (APR), un appareil militant qui reste mobilisable, comme l’a montré son accueil à Dakar. Une éventuelle remise en cause de la loi d’amnistie pourrait également modifier le rapport de force politique en lui offrant une nouvelle posture de victime auprès de ses soutiens, renforçant ainsi son image de martyr politique.
Un rapprochement par ricochets tactiques
Reste à savoir contre qui, et avec qui, ce retour s’organiserait. Malgré une histoire politique marquée par l’emprisonnement, les radiations et un exil électoral orchestré par Macky Sall contre Ousmane Sonko, un rapprochement entre les deux hommes n’est pas à exclure. En politique, l’ennemi de mon ennemi reste un allié possible, et Diomaye Faye est devenu, pour l’un comme pour l’autre, l’obstacle commun à leur repositionnement respectif. Diomaye a besoin, en vue d’asseoir sa domination sur l’appareil d’État, d’affaiblir son allié, devenu ennemi et président de l’Assemblée nationale, et qui échappe encore à son contrôle. Sall a besoin d’alliés locaux pour retrouver une légitimité que son passage aux Nations unies, ne suffirait pas, à elle seule, à lui rendre toute sa légitimité. Une médiation ivoirienne, déjà évoquée fin 2025 entre l’ancien président et le duo exécutif, témoigne d’ailleurs que ce théâtre de recompositions est déjà en germe dans les chancelleries régionales.
Il serait toutefois hâtif d’en faire plus qu’une simple hypothèse parmi d’autres. Pour Sonko, une alliance avec Sall serait un pari risqué et potentiellement très coûteux. L’essentiel de sa base électorale s’est construite sur le rejet frontal du « système Sall », et toute normalisation trop visible avec l’ancien président risquerait de lui coûter le capital de rupture qui fait sa force. Le rapprochement, s’il a lieu, se fera donc probablement à bas bruit, par ricochets tactiques plutôt que par alliance affichée. Une abstention complice à l’Assemblée, un silence bienveillant sur tel ou tel dossier judiciaire, plutôt qu’une photo de réconciliation.
À l’approche des prochaines échéances locales, puis de la présidentielle de 2029, le Sénégal s’installe ainsi dans une configuration à trois, où chacun des protagonistes semble avoir intérêt à affaiblir les autres acteurs du jeu politique, sans pour autant renoncer à l’hypothèse d’une alliance de circonstance. L’incertitude, véritable vainqueur de ce jeu de chaises musicales, profite à ceux qui savent la manier avec le plus d’habileté. Diomaye Faye, Sonko et Sall ne sont peut-être pas encore les véritables gagnants.
Foula Massé
