Vingt-huit milliards de francs CFA de plus pour Mopti, Tombouctou, Gao, Ménaka, Douentza et Bandiagara. En ratifiant, le 7 août, un nouveau financement additionnel de l’Association internationale de développement, le Mali rappelle que la rupture avec la CEDEAO et les partenaires occidentaux n’a pas fait disparaître, loin s’en faut, les canaux du financement multilatéral du développement.
Le Conseil des ministres, réuni le vendredi 7 août 2026 à Koulouba sous la présidence du Général d’Armée Assimi Goïta, a adopté les projets de texte portant ratification de l’accord de financement additionnel du Projet communautaire de relèvement et de stabilisation du Sahel (PCRSS), signé le 30 juin 2026 à Bamako entre le gouvernement malien et l’Association internationale de développement (IDA), la branche concessionnelle du Groupe de la Banque mondiale. Le prêt, d’un montant de 28 206 151 000 francs CFA, doit renforcer la résilience des communautés des régions de Mopti, Tombouctou, Gao, Ménaka, Douentza et Bandiagara, soit une bonne partie du Mali central et septentrional, là où l’insécurité pèse le plus lourdement sur la vie quotidienne.
Les priorités du Mali trouvent un écho concret chez les bailleurs multilatéraux
Ce financement n’est pas une improvisation diplomatique de dernière minute. Il vient abonder un projet lancé dès 2021, doté à l’origine de 350 millions de dollars à l’échelle régionale, pour appuyer la reconstruction dans la zone dite des trois frontières entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, sous la tutelle du ministère malien de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale. Sa logique (reconstruction des moyens de subsistance, accès aux services de base, coordination transfrontalière des données de résilience) n’a rien d’un geste symbolique. C’est un instrument de développement de terrain, pensé pour des zones que l’urgence sécuritaire a longtemps privées d’investissement public.
L’accord du 30 juin s’inscrit surtout dans une dynamique plus large, que Bamako a tout intérêt à faire connaître à ses partenaires économiques. Le 7 avril 2026, le Groupe de la Banque mondiale a validé un nouveau Cadre de partenariat pays 2026-2031 commun au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad. Les trois premiers membres de l’Alliance des États du Sahel plus le Tchad. Ce cadre coordonne pour la première fois les trois bras du Groupe, l’IDA, la Société financière internationale et l’Agence multilatérale de garantie des investissements, autour de l’accès au financement pour les petites entreprises, du soutien aux chaînes d’approvisionnement régionales et de programmes structurants comme Mission 300 pour l’accès à l’électricitéou Agriconnect pour le développement rural. Ce plan est explicitement arrimé à la Stratégie nationale malienne pour l’émergence et le développement durable (SNEDD 2024-2033), preuve que les priorités fixées par les autorités de la Transition trouvent un écho concret chez les bailleurs multilatéraux.
Pour les chancelleries occidentales promptes à réduire le Mali de la Transition à son seul rapprochement avec Moscou ou à sa sortie de la CEDEAO au profit de l’Alliance des États du Sahel, ces deux textes constituent un utile rappel : la Banque mondiale, actionnariat occidental très majoritaire compris, continue de considérer Bamako comme un partenaire de développement fiable, avec lequel négocier, signer et décaisser. La rupture politique avec certains voisins régionaux ne s’est pas traduite par un isolement financier généralisé. Un point que les opérateurs économiques suivant le Sahel ont tout intérêt à intégrer dans leur lecture du risque pays.
Dans un Sahel central où l’urgence sécuritaire dicte souvent l’agenda, le développement communautaire reste, pour le Mali et pour ses partenaires financiers, un chantier qui continue d’avancer.
A.D
