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Mali : l’accès inégal des femmes aux ressources économiques, angle mort du satisfecit général

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Derrière les indicateurs macro-politiques globalement favorables du Mali-Mètre 2026 se cache un écart persistant, documenté chiffres à l’appui. Près d’un Malien sur deux estime que les femmes n’ont pas les mêmes chances d’accès aux ressources économiques que les hommes. Et ce sont les femmes elles-mêmes qui en sont le plus convaincues.

Dans le flot des indicateurs de satisfaction que livre chaque année le Mali-Mètre, l’enquête d’opinion de la Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) menée auprès de 2 220 personnes, un chapitre passe généralement inaperçu des lectures institutionnelles : celui consacré aux normes sociales et aux inégalités de genre. Il révèle pourtant un écart économique persistant, que la bonne tenue des indicateurs politiques généraux tend à masquer.

Un écart de perception entre hommes et femmes sur l’accès aux ressources

Interrogés sur l’égalité des chances d’accès et de contrôle des ressources économiques, 54,3 % des Malien.ne.s estiment que les femmes et les hommes sont à égalité, contre 45,7 % qui pensent le contraire. Une opinion nettement partagée, presque à parts égales. Mais le détail par sexe révèle un écart de perception significatif : 58,7 % des hommes considèrent que l’égalité existe, contre seulement 49,1 % des femmes. Autrement dit, ce sont précisément les premières concernées qui doutent le plus de leur égal accès aux ressources économiques.

Cet écart se retrouve, amplifié, sur la question plus large des conditions de vie : 64,0 % des femmes estiment ne pas bénéficier des mêmes conditions de vie que les hommes, contre 57,7 % des hommes qui partagent ce constat. Sur ce point précis, la perception féminine et masculine convergent donc largement vers un même diagnostic. L’inégalité est documentée par les deux sexes, avec une intensité toutefois plus marquée chez les femmes.

Des mécanismes de correction jugés largement absents

Le plus préoccupant, pour les acteurs économiques et les bailleurs engagés sur les questions de genre, réside sans doute dans l’appréciation des dispositifs censés corriger ces écarts. 43,0 % des Malien.ne.s estiment que ni la société malienne ni l’État ne disposent aujourd’hui de mécanismes ou de mesures visant à réduire les inégalités entre hommes et femmes. Ce chiffre traduit un déficit de visibilité, sinon d’existence effective, des politiques publiques et privées de correction des inégalités économiques de genre, alors même que l’égalité devant la loi est, elle, largement reconnue (69,8 % des répondants).

Ce contraste entre égalité juridique formelle et inégalité économique perçue constitue précisément le type d’écart que les programmes de développement économique inclusif cherchent habituellement à combler, en agissant non sur le cadre légal, déjà jugé globalement équitable, mais sur l’accès concret au crédit, à la terre, à l’emploi salarié ou à l’entrepreneuriat.

Un potentiel économique sous-exploité

Pour les acteurs économiques et les partenaires au développement, ce résultat dessine un espace d’intervention relativement clair. Moins un problème de cadre normatif, le principe d’égalité devant la loi n’étant pas contesté par la majorité, qu’un problème d’accès effectif aux leviers économiques eux-mêmes. Réduire cet écart de 45,7 % à un niveau plus marginal représenterait, dans un pays où les femmes constituent une part significative de la population active informelle, un gisement de croissance économique inclusive que les seuls indicateurs de satisfaction politique générale ne permettent pas de mesurer.

Oumarou Fomba 

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