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Mali : de l’indépendance à la souveraineté, ce que le 22 septembre nous enseigne

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Soixante-six ans après son indépendance, le Mali célèbre le 22 septembre dans un contexte où la notion de souveraineté occupe une place centrale. De la sécurité à l’économie, de l’énergie à la technologie, cette date invite à mesurer les capacités construites depuis 1960 et celles qui restent à consolider.

Le 22 septembre est à la fois une date historique, une fête nationale et un miroir tendu au présent. Il rappelle la proclamation de la République du Mali, quelques mois après l’indépendance obtenue de la France le 20 juin 1960, et consacre la naissance d’un État appelé à décider de son propre destin. Soixante-six ans après, cette date invite à une question plus exigeante : qu’avons-nous fait de cette indépendance, et quelles capacités avons-nous construites pour lui donner un contenu concret ?

Sécurité et administration : les deux dimensions d’un même enjeu

Car l’indépendance est un commencement ; la souveraineté est une construction. En 1960, le Mali accède à la personnalité internationale et assume les attributs de l’État moderne : drapeau, institutions, administration. Mais l’indépendance juridique et politique ouvre un chemin ; elle n’en garantit pas seule l’aboutissement. La souveraineté suppose la capacité effective de décider, de faire respecter ses décisions, d’administrer son territoire et de répondre aux besoins des populations.

Cette distinction éclaire les transformations engagées ces dernières années dans la sous-région. La souveraineté ne se mesure plus seulement à la présence ou à l’absence de partenaires extérieurs. Elle se lit dans la capacité des États à définir leurs priorités, choisir leurs partenaires, organiser leur défense et mobiliser leurs ressources, tout en répondant aux attentes du peuple. Elle ne se réduit pas à la possibilité de dire non ; elle suppose la capacité de construire ce à quoi l’on dit oui.

La sécurité occupe à cet égard une place centrale. Sans elle, l’État ne peut garantir la continuité des services publics ni la protection des personnes. Mais elle prend pleinement son sens lorsqu’elle permet le retour durable des populations déplacées, de l’administration, de l’école et de l’activité économique. Un espace ne redevient pleinement souverain que lorsqu’il est de nouveau gouverné et relié à une vie sociale normale. La souveraineté militaire ne se dissocie donc pas de la souveraineté institutionnelle. Une armée reconquiert un territoire, un État capable l’administre durablement.

L’AES et la recherche de capacités collectives

La coopération entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, à travers l’Alliance des États du Sahel, s’inscrit dans cette dynamique de solidarité entre États confrontés à des défis comparables. Elle ne prendra tout son sens que si elle produit des capacités supplémentaires et renforce les institutions de chacun. Une souveraineté collective doit apporter un supplément de puissance, une faculté accrue d’agir ensemble, sans se substituer à la souveraineté propre de chaque État ni à sa responsabilité d’administrer son territoire, de rendre justice et de maintenir la confiance de ses citoyens.

C’est ici que le 22 septembre 2026 prend une dimension particulière. La célébration de l’indépendance ne devrait pas seulement se mesurer à l’ampleur des manifestations ou au chemin parcouru depuis 1960 ; elle devrait aussi être l’occasion de mesurer les progrès accomplis vers une souveraineté toujours plus pleine et de tracer la voie vers ce qui reste à construire, notamment en matière de transformation locale des ressources, d’énergie et de technologie.

La souveraineté se joue aussi à l’intérieur du pays. Une République devient davantage souveraine lorsque les citoyens participent à la vie publique, font valoir leurs droits et constatent que l’action menée au nom de l’intérêt national améliore progressivement leurs conditions d’existence. C’est ici que la notion de Mali Koura prend tout son sens : refonder l’État, ce n’est pas seulement modifier des textes, c’est consolider la confiance publique et rapprocher l’exercice du pouvoir des réalités territoriales.

Jeunesse, éducation et participation citoyenne au cœur du projet

La jeunesse constitue à cet égard une réserve de compétences et de transformation sociale, à condition de trouver dans son pays des possibilités d’éducation, de formation, d’emploi et de participation civique. La même exigence vaut pour les femmes, les producteurs ruraux, les entrepreneurs, les enseignants, les artisans, les fonctionnaires et les militaires. La souveraineté n’est pas seulement une affaire d’État, elle est une œuvre collective. Elle suppose de produire, transformer, échanger, innover et créer de la valeur sur son propre territoire. La souveraineté alimentaire, énergétique, industrielle et numérique devient alors aussi décisive que la souveraineté diplomatique.

Le 22 septembre 2026 devrait ainsi être moins une célébration tournée vers le seul passé qu’un moment de lucidité sur le présent et d’exigence envers l’avenir. L’histoire a donné au Mali une indépendance ; les générations successives ont reçu la responsabilité d’en faire une souveraineté effective, et les autorités actuelles poursuivent ce travail de construction. Cette tâche ne s’achève jamais tout à fait. Aucune souveraineté n’est définitivement acquise. Elle s’entretient par des institutions crédibles, se protège par la défense, se consolide par l’économie, se nourrit par l’éducation et se légitime par la confiance des citoyens.

De 1960 à 2026, l’indépendance s’est ainsi déplacée. Hier, elle symbolisait la naissance d’un État indépendant. Aujourd’hui, elle invite à penser la construction d’un État capable de durer, de protéger, de produire et de répondre à ses citoyens.

Mikailou Cissé

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