Home Actu 1960, année fondatrice : pourquoi le Mali doit enfin faire de sa mémoire une priorité d’État

1960, année fondatrice : pourquoi le Mali doit enfin faire de sa mémoire une priorité d’État

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Dans quelques jours, le Mali célébrera le soixante-sixième anniversaire de son indépendance. Entre l’éclatement de la Fédération du Mali et la proclamation de Modibo Keïta le 22 septembre 1960, cette année charnière continue pourtant d’être trop mal connue des nouvelles générations. À l’heure où le pays revendique sa souveraineté sur tous les terrains, il est temps qu’il l’exerce aussi sur sa propre mémoire.

Il y a des dates que l’on célèbre par habitude, et d’autres que l’on devrait raconter. Le 22 septembre 1960 appartient à la seconde catégorie. Ce jour-là, à Bamako, Modibo Keïta proclame l’indépendance de l’ex-Soudan français, qui choisit de conserver le nom de Mali en hommage à l’empire médiéval. Mais cette date ne se comprend qu’à la lumière de ce qui l’a précédée : le 20 juin 1960, c’est une autre indépendance qui avait été proclamée à Dakar, celle de la Fédération du Mali. Union éphémère entre le Soudan français et le Sénégal de Léopold Sédar Senghor. Les tensions entre les deux capitales eurent raison de cette fédération en à peine trois mois. Dans la nuit du 19 au 20 août 1960, le Sénégal fait sécession, et Modibo Keïta est reconduit à la frontière avec les responsables soudanais présents à Dakar. C’est de cet échec, retourné en acte fondateur, que naît la République du Mali telle que nous la connaissons.

Modibo Keïta, une figure encore trop peu enseignée

Né le 4 juin 1915 à Bamako, instituteur de formation, Modibo Keïta s’engage en politique dès l’après-guerre, participant en 1946 à la création du Rassemblement démocratique africain aux côtés du futur président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, avant de prendre la tête de la section soudanaise de ce mouvement panafricain. Premier président de la République du Mali de 1960 à 1968, il restera l’un des artisans les plus déterminés du non-alignement africain de la Guerre froide. Son parcours, documenté notamment par la présidence malienne elle-même, mériterait pourtant une place bien plus centrale dans les programmes scolaires que celle qu’il occupe aujourd’hui. Un déficit de transmission dont souffrent, plus largement, l’ensemble des figures fondatrices de l’indépendance malienne. D’où l’initiative des autorités maliennes de réhabiliter ces figures historiques du pays à travers la rebaptisation des lieux et artères publiques du pays. 

Les archives, dernier rempart contre l’oubli

C’est précisément ce chantier de la transmission que les autorités maliennes ont commencé à prendre au sérieux. Le 9 juin dernier, le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, présidait à Bamako la cérémonie d’ouverture de la Journée internationale des archives, consacrée cette année aux défis de la conservation documentaire à l’ère numérique. Les archives de L’Essor, de l’Agence malienne de presse et de publicité et de Kibaru ainsi que de l’Office de radiodiffusion et de télévision du Mali (ORTM), la plupart aujourd’hui en cours de numérisation, constituent un patrimoine documentaire irremplaçable sur les six premières décennies de l’histoire malienne indépendante, à condition que les moyens humains et financiers suivent l’ambition affichée. La Direction nationale des archives du Mali, placée sous l’autorité de la Primature, porte depuis plusieurs années un plan de numérisation de ses fonds, freiné jusqu’ici par des contraintes matérielles que la volonté politique récente pourrait enfin permettre de lever.

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Ce travail de mémoire n’a rien d’anecdotique. Un peuple qui maîtrise mal ses propres archives reste, de fait, dépendant du récit que d’autres construisent à sa place, qu’il s’agisse d’anciennes puissances coloniales ou de plateformes numériques étrangères peu soucieuses de la rigueur historique. Valoriser 1960, ses figures et ses dates, documenter les décennies qui ont suivi, ce n’est pas se tourner vers le passé par nostalgie. C’est consolider, pierre après pierre, le socle sur lequel repose la souveraineté que le Mali revendique aujourd’hui sur tous les autres terrains :  sécuritaire, économique, culturel. La Direction nationale des Archives du Mali en a explicitement fait sa mission. Il revient désormais à l’ensemble de la nation, des écoles aux médias, de s’en saisir avec la même détermination, comme Sahel Tribune s’y emploie déjà à travers la valorisation régulière de ce patrimoine national.

À l’approche du 22 septembre, ce n’est donc pas seulement un défilé qu’il convient de préparer, mais un exercice plus exigeant : celui de raconter, avec précision et sans filtre, l’année où le Mali a choisi d’exister par lui-même. La mémoire nationale, comme la sécurité ou l’économie, se construit. Elle ne se décrète pas.

La rédaction

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