En l’espace de sept jours, à la veille de son 66ᵉ anniversaire d’indépendance, le Mali a inauguré coup sur coup l’état-major de ses forces spéciales, sa Polyclinique des armées rénovée et son Centre d’intelligence artificielle et de robotique. Trois cérémonies distinctes, un seul message : la souveraineté ne se proclame pas, elle se construit, brique après brique.
Il y a des semaines qui, par leur seule accumulation de faits, disent plus qu’un long discours. Celle qui vient de s’écouler au Mali en fait indéniablement partie. Le 15 septembre, le président de la Transition inaugurait à Sénou l’état-major du Bataillon autonome des forces spéciales et des centres d’aguerrissement, matérialisation d’une réforme de commandement engagée un an plus tôt. Le 17 septembre, c’était au tour de la Polyclinique des armées de Kati, entièrement rénovée, de rouvrir ses portes, dotée d’un plateau technique que la capitale elle-même ne possède pas encore intégralement. Le 21 septembre enfin, à la veille du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance nationale, le Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali ouvrait à son tour ses portes à Kati Sirakoro Niaré, trois ans après la pose de sa première pierre. Trois inaugurations, trois domaines a priori disjoints (le commandement militaire, la santé, la technologie), et pourtant une seule et même trame de fond.
Disposer d’équipements « que nous n’avons pas encore à Bamako »
Cette trame, c’est d’abord celle d’un financement assumé. Les trois chantiers ont été intégralement pris en charge par le budget national, sans recours à un bailleur extérieur ni à un partenariat international structurant. Dans un continent où les grandes infrastructures, qu’elles soient militaires, sanitaires ou technologiques, restent le plus souvent tributaires de financements extérieurs, ce choix mérite d’être souligné pour ce qu’il est. Un pari sur la capacité du pays à se doter, par ses propres moyens, des outils de sa propre autonomie. Le directeur de la Polyclinique de Kati l’a résumé d’une phrase qui vaut pour les trois chantiers : disposer d’équipements « que nous n’avons pas encore à Bamako » n’est pas un simple motif de fierté locale, c’est la preuve tangible qu’un investissement massif a bel et bien eu lieu.
Cette trame, c’est ensuite celle d’une cohérence stratégique rarement observée avec autant de netteté. Le CIAR-Mali ne se contente pas de former des ingénieurs. Il doit, selon les mots mêmes du président Goïta lors de son inauguration, permettre de « poser la base de notre souveraineté technologique » et d’apporter des « solutions purement maliennes », y compris dans le domaine de la défense et de la sécurité. La Polyclinique des armées, elle, n’est pas seulement un hôpital militaire. La ministre de la Santé rappelait, lors de son inauguration, qu’elle a vocation à soigner, sans distinction, blessés de guerre et population civile, incarnant une philosophie où « la santé militaire, la santé civile, c’est la même santé ». Quant à l’état-major du COS, il vise précisément à unifier des unités d’élite jusque-là dispersées, pour une efficacité opérationnelle accrue sur le terrain. Trois logiques différentes, mais un même objectif : que chaque maillon du dispositif national (commandement, soin, innovation) se renforce mutuellement plutôt que d’évoluer en silo.
Apprécier ces trois réalisations au-délà de la seule aune du scepticisme
Cette trame, enfin, c’est celle du calendrier lui-même. Que ces trois inaugurations se soient concentrées dans les jours précédant immédiatement le 22 septembre ne doit rien au hasard. Le choix de faire coïncider ces symboles de souveraineté retrouvée avec la commémoration de la souveraineté originelle, celle de 1960, relève d’une mise en récit assumée. Il s’agit de montrer, par des faits concrets et non par la seule commémoration, que l’indépendance politique proclamée par les pères fondateurs reste un chantier permanent, dont chaque génération doit poser sa propre pierre.
On objectera, à raison, qu’inaugurer n’est pas encore réussir. La qualité d’un commandement se mesure à sa coordination réelle sur le terrain, celle d’un hôpital à la maintenance durable de ses équipements, celle d’un centre de formation technologique à sa capacité à retenir ses meilleurs talents plutôt que de les voir partir sous d’autres cieux. Mais il serait tout aussi injuste de mesurer ces trois réalisations à la seule aune du scepticisme. En une semaine, le Mali n’a pas simplement coupé trois rubans. Il a donné à voir, de façon concrète et vérifiable, ce à quoi peut ressembler une souveraineté qui ne se contente plus des mots. C’est peut-être là le plus bel hommage qu’un pays puisse rendre, à la veille de son anniversaire, à ceux qui, soixante-six ans plus tôt, avaient fait le pari de sa liberté.
A.D
