Classé comme l’un des plus grands pays africains producteurs de ressources minières, le Mali peinait depuis des décennies à bien profiter de l’exploitation de ces ressources. Les multinationales, qui en exploitent, s’en appropriaient la quasi-totalité des dividendes au détriment de l’État et des populations. Face à cette situation, les autorités de la transition ont pris de fortes mesures parmi lesquelles l’adoption d’un nouveau code minier, qui accorde beaucoup d’avantages à l’État et aux populations. L’un de ces avantages est la création de cinq (05) fonds issus des retombées de l’exploitation minière.
Ces cinq fonds sont : le fonds minier de développement local ; le Fonds de réhabilitation, de sécurisation des sites miniers artisanaux et de lutte contre l’usage des produits chimiques prohibés ; le fonds de financement de la promotion du secteur minier ; le fonds de financement de la recherche géologique, du renforcement de capacité et de la formation ; et le fonds de réalisation des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport. Deux de ces fonds ont déjà montré leurs couleurs : le fonds minier de développement local et le fonds de réalisation des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport.
Plus de 109 milliards de F CFA mobilisés par le fonds dédié aux infrastructures
L’information a été rendue publique, à l’issue de la tenue de la première session du comité de pilotage du fonds de réalisation des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport dans le secteur des mines. Une session qui s’est tenue, le vendredi 31 juillet 2026, sous la présidence du ministre d’État, ministre de l’Economie et des Finances, Alousséni Sanou. C’était en présence de plusieurs membres du Gouvernement, du comité de pilotage ainsi que des responsables des structures des secteurs concernés. D’après l’article 98 de la loi n°2023-040 du 29 août 2023 portant code minier « le fonds est alimenté par les titulaires de permis d’exploitation de grandes mines, de petites mines, ainsi que les bénéficiaires d’autorisation d’exploitation industrielle de substances de carrière, à hauteur de 1 % du chiffre d’affaires trimestriel et de 10 % de la redevance, taxe ad valorem, pour les cinq premières années à compter de la date de première production. Le taux de 1 % du chiffre d’affaires est porté à 2,5 % après les cinq premières années. »
Selon le ministre Alousséni Sanou, les recettes mobilisées au titre des contributions au fonds de réalisation des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport s’élèvent à 109,142 milliards de francs CFA, dont 57,751 milliards au titre de l’année 2025 et 51,391 milliards pour le premier semestre 2026. Cette mobilisation s’est effectuée du 1er janvier 2025 au 30 juin 2026. Ce fonds est un instrument de financement alternatif pour des infrastructures essentielles, traditionnellement dépendantes des ressources budgétaires ou de l’aide extérieure. Énergie, eau, transport : ces trois secteurs concentrent les principaux goulots d’étranglement de l’économie malienne.
C’est un fonds qui va réduire la dépendance aux financements extérieurs pour des investissements publics et le financement de son développement. Ainsi, au cours de la réunion, les départements sectoriels concernés par ce fonds ont postulé pour des projets et bénéficié de financement. Il s’agit, en ce qui concerne le secteur des transports, de l’acquisition de deux avions de dernière génération pour la nouvelle compagnie Mali Airlines ; de l’acquisition de quatre bateaux neufs pour renforcer la desserte fluviale du Centre et du Nord ; de la rénovation et la construction de lignes ferroviaires ainsi que la réalisation d’infrastructures routières. Par rapport au secteur de l’eau et de l’énergie, les projets validés sont la construction de la centrale hydroélectrique de Kénié (56 MW) ; et la réalisation partielle de la centrale photovoltaïque de Sanankoroba (50 MW avec un système de stockage de 20 MWh).
Plus de 18 milliards de F CFA répartis entre les 819 communes du pays
La remise symbolique de chèques géants aux communes s’est effectuée le 12 mars 2026, à Koulouba, sous la présidence du Chef de l’État, le Général d’armée Assimi Goïta. Cette remise symbolique a réuni les régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Bougouni, Kita, Tombouctou, San, Gao et Kidal. Issu de l’exercice 2025, le montant réparti entre les 819 communes s’élève à 18 400 000 000 F CFA. La redistribution de ce fonds entre les communes a été effectuée lors de la première réunion du Comité de suivi du fonds minier de développement local tenue le 2 mars 2026, conformément aux dispositions de l’Arrêté interministériel n°2025-0292/MEF-MM-MATD-SG du 27 février 2026. Cet Arrêté fixe la péréquation des ressources du fonds minier de développement local revenant à chaque collectivité territoriale.
Ces ressources proviennent de la contribution des titulaires de titres miniers d’exploitation de mines et des bénéficiaires d’autorisations industrielles de substances de carrières. Conformément à ce dispositif de redistribution, 50 % reviennent aux communes affectées de la zone minière ; 25 % aux autres collectivités territoriales de la zone minière ; et les 25 % restants aux collectivités territoriales des autres régions du Mali. Cette clé de répartition respecte le principe de justice territoriale. Avec ces ressources, le Chef de l’État dit espérer des résultats tangibles à travers l’amélioration des conditions de vie des populations grâce aux projets structurants qui verront le jour. La réalisation de ces projets sera rigoureusement suivie à travers un dispositif composé d’un comité communal, d’un comité régional et d’un comité national. Ainsi, tout manquement dans l’usage de ces fonds fera l’objet de procédures judiciaires.
Notons qu’avec l’opérationnalisation de ces deux fonds, on peut dire que les retombées de l’exploitation minière commencent bel et bien à profiter aux populations et à l’État. Vivement, la rapide opérationnalisation des trois autres fonds.
Sidi Modibo Coulibaly




