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Électricité au Mali : Tiemoko Traoré et Madani Dravé passent à l’offensive

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Après plusieurs années marquées par les délestages, le Mali semble amorcer une nouvelle étape dans la gestion de sa crise énergétique. À la tête du département de l’Énergie et de l’Eau, le Pr Tiemoko Traoré mise sur la modernisation des infrastructures, tandis qu’à EDM-SA, le commandant Madani Dravé s’attelle à remettre en état les capacités existantes et à améliorer le fonctionnement de l’entreprise. Une action menée sur deux fronts, dont les premiers effets commencent à se faire sentir.

Pendant plusieurs années, les délestages ont rythmé le quotidien des Maliens, affectant aussi bien les ménages que les entreprises et l’activité économique. Depuis quelques mois, une amélioration progressive de la fourniture d’électricité est toutefois constatée dans plusieurs zones. D’environ six heures de disponibilité quotidienne, le service est progressivement passé à une douzaine d’heures ou davantage dans certaines zones du pays. Une évolution encore fragile, mais suffisamment perceptible pour nourrir un nouvel espoir.

Derrière cette amélioration se trouve une combinaison de mesures portant à la fois sur la production, le réseau, l’approvisionnement en carburant et la gestion de l’opérateur public. Le ministère travaille sur les infrastructures et les investissements nécessaires à la modernisation du système électrique, tandis qu’EDM-SA intervient davantage sur le terrain opérationnel, avec notamment la remise en service d’installations existantes et la recherche d’une meilleure performance de ses capacités de production. Cette complémentarité apparaît essentielle dans un secteur où produire davantage ne suffit pas si le réseau de transport et de distribution reste sous pression. À l’inverse, moderniser les lignes et les postes ne peut produire pleinement ses effets sans une amélioration parallèle de la production.

Moderniser le réseau et renforcer les infrastructures

Le Pr Tiemoko Traoré porte ainsi un programme de renforcement des infrastructures électriques. Le signal le plus récent est venu du Conseil des ministres du 12 août 2026, avec l’adoption de projets de texte relatifs à la ratification d’un accord de financement additionnel de 19 milliards 744 millions 305 mille 700 francs CFA, dans le cadre du Projet d’Amélioration du Secteur de l’Électricité au Mali, le PASEM.

Cette enveloppe doit notamment permettre de renforcer plusieurs maillons du réseau mixte interconnecté de Bamako et de ses environs. Le programme prévoit l’acquisition d’un poste mobile 225/150/15 kV, la modernisation de postes existants et des interventions sur plusieurs tronçons prioritaires, notamment Balingué-Balkou, Darsalam-Kati et Lafia-Kati. Le financement doit également permettre la réalisation d’environ 59 kilomètres de réseaux 30 kV et 15 kV ainsi que le renforcement de 61 postes de distribution publique actuellement surchargés.

L’objectif affiché est de réduire la pression exercée sur les infrastructures, d’accroître la capacité du réseau et d’améliorer la qualité et la continuité de la fourniture d’électricité. Pour le département de l’Énergie et de l’Eau, la réponse à la crise ne peut cependant pas se limiter à rechercher quelques heures supplémentaires de courant. L’enjeu est aussi de construire progressivement un système capable de répondre à une demande qui augmente avec l’urbanisation, la croissance de la population et le développement des activités économiques, notamment à Bamako et dans ses environs. Cette vision inscrit donc la lutte contre les délestages dans une perspective plus large de modernisation, de sécurisation des infrastructures et de diversification du mix énergétique.

À EDM-SA, remettre les capacités existantes en service

Sur le terrain, le commandant Madani Dravé mène une bataille davantage opérationnelle. Nommé directeur général d’EDM-SA en septembre 2025, il a pris la tête d’une entreprise confrontée à d’importantes difficultés techniques et financières, après une période marquée par plusieurs changements à la direction générale. Ingénieur en génie électrique et informatique, il avait auparavant exercé comme conseiller technique au Secrétariat général de la Présidence à partir de janvier 2025, où il avait notamment participé à des projets d’autonomisation énergétique d’hôpitaux et de centres de santé de référence de Bamako grâce à l’installation de panneaux solaires, ainsi qu’à l’installation de lampadaires solaires sur les grandes artères de la capitale.

À son arrivée à EDM-SA, l’une des priorités affichées a été de remettre en service des capacités de production existantes. Des travaux ont ainsi été engagés sur les centrales de Dar Salam, d’une capacité de 12 MW, et de Sirakoro, d’une capacité de 110 MW, qui étaient à l’arrêt. La logique consiste à récupérer d’abord les capacités déjà disponibles et à améliorer leur exploitation avant de compter uniquement sur de nouvelles infrastructures. Cette stratégie s’accompagne d’un effort de diversification de la production, notamment avec des centrales solaires prévues ou engagées à Safo, Tiakadougou et Sanankoroba. L’objectif est de réduire progressivement la dépendance à une production thermique fortement exposée aux coûts du carburant.

La stabilisation de la fourniture passe également par la sécurisation de l’approvisionnement en carburant. La constitution d’un stock de sécurité doit permettre de mieux faire face aux aléas et de garantir le fonctionnement des centrales thermiques. À cela s’ajoute l’octroi de groupes électrogènes supplémentaires dans le cadre des œuvres sociales du chef de l’État. Ces mesures constituent des réponses à court terme, mais elles ne sauraient remplacer les investissements structurels nécessaires à la modernisation du réseau et à la diversification de la production.

Cette complémentarité entre le ministère et EDM-SA s’est notamment illustrée lors de la visite du Pr Tiemoko Traoré à la direction générale d’EDM-SA en mars 2026. Les échanges ont porté sur les contraintes auxquelles la société fait face et sur les efforts engagés pour améliorer la production, le transport et la distribution. Madani Dravé a présenté la transformation d’EDM-SA comme un processus destiné à améliorer les performances opérationnelles, la qualité du service, la gestion des ressources et la diversification des sources de production. Le ministre a, de son côté, assuré que les efforts seraient poursuivis pour garantir un accès durable et continu à l’électricité.

Assainissement, lutte contre la fraude et défi de la durée

La question financière reste toutefois au cœur du redressement d’EDM-SA. Madani Dravé a reconnu l’ampleur des difficultés héritées, tout en refusant d’accabler ses prédécesseurs, estimant qu’ils avaient fait de leur mieux dans des contextes difficiles. Une partie des dettes de l’entreprise envers ses fournisseurs a depuis été apurée, un assainissement présenté comme une condition importante pour permettre à EDM-SA de fonctionner avec davantage de stabilité et de prévisibilité.

La direction entend également lutter contre la fraude et les branchements anarchiques, qui contribuent aux surcharges, aux pertes et aux pannes du réseau. La sortie de crise ne dépend donc pas uniquement de l’État et de l’opérateur public. Elle implique aussi les consommateurs et leur rapport au réseau électrique.

Pour autant, les premiers signes d’amélioration ne signifient pas que la crise énergétique est définitivement réglée. Les difficultés sont anciennes et structurelles et touchent simultanément la production, le transport, la distribution, les finances d’EDM-SA et l’approvisionnement en carburant. La véritable réussite se mesurera donc dans la durée, notamment par la capacité du système à fournir une électricité plus disponible, plus stable et plus prévisible.

Avec le Pr Tiemoko Traoré, le ministère agit sur les infrastructures et les orientations stratégiques. Avec le commandant Madani Dravé, EDM-SA travaille parallèlement à restaurer ses capacités existantes, à améliorer son fonctionnement et à diversifier ses sources de production. Les deux démarches se complètent : l’une prépare le réseau de demain, l’autre cherche à rendre celui d’aujourd’hui plus fonctionnel.

Pour un Mali qui aspire à davantage de souveraineté énergétique, l’enjeu est désormais de transformer les premiers signes d’amélioration en une stabilité durable. La bataille contre les délestages n’est donc pas terminée, mais elle semble désormais se mener sur plusieurs fronts à la fois : produire davantage, transporter mieux, distribuer plus efficacement et construire un système énergétique capable de tenir dans la durée.

Cheickna Coulibaly

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