Au Mali, l’or est au cœur de l’économie, mais ses retombées profitent rarement aux territoires qui en portent les impacts. En lançant la redistribution du Fonds minier de développement local, le président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, promet de transformer la richesse du sous-sol en projets concrets pour les communes.
Au palais de Koulouba, les flashes des photographes crépitent tandis que d’imposants chèques symboliques sont brandis devant les caméras. Ce jeudi 12 mars 2026, le président Assimi Goïta préside une cérémonie à forte portée politique : la remise des premiers financements du Fonds minier de développement local à neuf communes du pays. Une initiative qui, selon les autorités, doit marquer une nouvelle étape dans la redistribution des richesses issues de l’exploitation minière.
Dans la salle, autour du chef de l’État, se tiennent le Premier ministre, le président du Conseil national de transition et plusieurs membres du gouvernement, dont les ministres en charge des Mines, de l’Économie et de l’Administration territoriale. Tous viennent assister au lancement officiel d’un mécanisme censé rapprocher les retombées du secteur minier des territoires qui en subissent les impacts.
Un fonds alimenté par l’exploitation minière
Pour l’exercice 2025, le Fonds minier de développement local représente plus de 18,4 milliards de francs CFA, a précisé le ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou.
Le mécanisme repose sur un principe simple : prélever 0,75 % du chiffre d’affaires des entreprises titulaires de titres miniers d’exploitation et des bénéficiaires d’autorisations industrielles de substances de carrière. Ces ressources sont ensuite redistribuées aux collectivités territoriales afin de financer des projets de développement.
La répartition adoptée prévoit que la moitié des fonds revienne aux communes directement affectées par l’activité minière, tandis que 25 % sont destinés aux autres collectivités situées dans les zones minières. Les 25 % restants sont répartis entre les collectivités territoriales des autres régions du pays.
Pour le gouvernement, cette clé de distribution répond à un objectif de « justice territoriale », dans un pays où l’exploitation des ressources naturelles est souvent perçue comme profitant davantage à l’État central qu’aux populations locales.
Une promesse issue des Assises de la refondation
La mise en place du fonds s’inscrit dans les engagements pris à l’issue des Assises nationales de la refondation, vaste processus de consultations lancé par les autorités de transition pour redéfinir les priorités politiques du pays.
« Nous sommes très heureux et très satisfaits d’avoir concrétisé ce vœu du peuple malien », a déclaré Assimi Goïta devant la presse à l’issue de la cérémonie.
Pour les autorités, l’enjeu dépasse la simple redistribution financière. Il s’agit aussi de transformer la richesse minière en moteur de développement local, dans un pays où l’or constitue l’une des principales ressources économiques.
Des projets structurants pour les communes
Les premières communes symboliquement bénéficiaires proviennent de plusieurs régions : Kayes, Koulikoro, Sikasso, Bougouni, Kita, Tombouctou, San, Gao et Kidal. Le fonds sera réparties entre les 819 communes que compte le Mali.
Pour les élus locaux, ces financements représentent une opportunité attendue de longue date. Yéhia Ha Konta, maire de la commune rurale d’Alafia dans la région de Tombouctou et porte-parole des bénéficiaires, a salué une initiative qui, selon lui, permet enfin aux collectivités de tirer profit des richesses de leur sous-sol.
Ces ressources devraient notamment servir à financer des projets structurants : infrastructures locales, services sociaux de base ou initiatives économiques susceptibles de créer de l’emploi dans les territoires.
Promesse de contrôle et lutte contre la corruption
Conscientes des risques de détournement, les autorités assurent avoir mis en place un dispositif de contrôle à plusieurs niveaux. Trois instances doivent suivre l’utilisation des fonds : un comité communal, un comité régional et un comité national.
« Un changement notoire devrait être observé dans la vie des communes », a affirmé Assimi Goïta, estimant que ce mécanisme pourrait « donner un nouveau visage aux communes ».
Le chef de l’État a également prévenu que tout manquement dans la gestion des fonds donnerait lieu à des poursuites judiciaires, dans le cadre de la lutte contre la corruption engagée par les autorités de transition.
Dans un pays où l’or constitue l’un des principaux moteurs économiques, la question de la redistribution des revenus miniers est devenue un enjeu central. Les populations des zones d’exploitation dénoncent régulièrement les impacts environnementaux et sociaux des activités minières sans en percevoir les bénéfices.
Avec le Fonds minier de développement local, le gouvernement espère répondre à ces critiques et réconcilier exploitation des ressources naturelles et développement territorial.
Chiencoro Diarra
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