Home Actu Mali : cinq ans après la rupture de 2020, la construction d’un État souverain

Mali : cinq ans après la rupture de 2020, la construction d’un État souverain

0 comments 612 views 3 minutes read

La séquence ouverte au Mali en 2020, née d’une rupture institutionnelle, s’est progressivement affirmée comme une vaste entreprise de redéfinition de l’État, de la souveraineté et de la place du pays dans son environnement régional et international. Intervenue dans un contexte de crise de confiance envers les institutions et d’enlisement sécuritaire, cette rupture a permis de restaurer une capacité de décision et de libérer une énergie nationale longtemps contenue.

Depuis la prise du pouvoir par le général d’armée Assimi Goïta, la souveraineté est devenue le principe central du nouveau récit politique malien. La redéfinition des partenariats militaires et diplomatiques, le rapprochement avec la Russie, le retrait de la CEDEAO devenu effectif le 29 janvier 2025 et la transformation de l’Alliance des États du Sahel en Confédération, le 6 juillet 2024 à Niamey, traduisent une volonté assumée de reprendre la maîtrise des choix stratégiques nationaux et régionaux, tout en préservant les liens essentiels entre les populations de la région.

Un soutien populaire confirmé par le Mali-Mètre 2026

Le renforcement des capacités militaires a constitué une priorité majeure de cette période, permettant au Mali de reconstruire son outil de défense et de reprendre l’initiative opérationnelle face aux groupes armés. Cet effort s’accompagne d’une présence renouvelée de l’État sur le territoire, à travers l’administration, la justice et les services publics.

Les résultats du Mali-Mètre 2026, enquête de la Friedrich-Ebert-Stiftung réalisée du 10 au 24 avril auprès de 2 220 personnes dans onze villes, confirment l’adhésion des Maliens à la trajectoire engagée depuis 2020. 88,5 % des personnes interrogées se déclarent satisfaites de la gestion de la Transition, et 94,2 % saluent l’action des forces de défense et de sécurité, traduisant une perception d’amélioration de la situation sécuritaire et une confiance renouvelée envers les institutions.

Des réformes institutionnelles et territoriales d’ampleur

Dans le prolongement des Assises nationales de la Refondation, la réorganisation du paysage politique s’est traduite par la dissolution des partis et organisations à caractère politique, en mai 2025, le gouvernement ayant précisé que cette mesure ne remettait pas en cause le pluralisme et le multipartisme. Sur le plan territorial, les réformes adoptées depuis 2023, dont le nouveau Code des collectivités territoriales et le statut particulier du District de Bamako, ont redéfini l’organisation des collectivités. Le 7 août 2026, le Conseil des ministres a par ailleurs adopté un projet d’ordonnance déterminant les ressources fiscales des collectivités territoriales, afin d’améliorer la mobilisation des ressources endogènes et le financement du développement local.

La trajectoire de l’Alliance des États du Sahel s’inscrit dans cette même dynamique. Le 6 juillet 2024, à Niamey, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont adopté le traité instituant la Confédération, faisant évoluer leur coopération d’une logique essentiellement sécuritaire vers une ambition politique, diplomatique et économique plus large, au service de la sécurité, de la circulation, de l’énergie et des opportunités économiques pour les populations.

En cinq ans, le Mali a ainsi engagé une rupture stratégique majeure : redéfinition de ses alliances, renforcement de son outil militaire, affirmation de sa souveraineté, réformes institutionnelles et territoriales, et contribution à l’émergence d’un nouvel espace politique sahélien. Cette dynamique se poursuit aujourd’hui à travers la consolidation d’institutions durables, au service de la sécurité, de la justice, de l’administration du territoire et du développement économique du pays.

Mikaïlou Cissé

Donnez-nous votre avis

FR|EN FR|EN