En réunissant pour la première fois le Comité de pilotage de son Fonds minier d’infrastructures, le Mali vient de franchir une étape décisive. 109 milliards de francs CFA mobilisés en dix-huit mois, issus directement de la rente minière, pour financer routes, énergie et eau. Une révolution silencieuse, mais réelle.
Il y a une idée simple, presque évidente, qui a longtemps semblé hors de portée en Afrique : que la richesse du sous-sol finance directement les infrastructures des populations qui vivent au-dessus. Que l’or extrait serve à construire les routes qui le transportent. Que les mines paient les barrages qui éclairent les villages. Le Mali vient, avec un calme remarquable, de transformer cette idée en réalité institutionnelle.
Circuit de redistribution pensé dès la conception du code
Le 31 juillet 2026, à Bamako, le ministre d’État Alousséïni Sanou présidait la première réunion du Comité de pilotage du Fonds de réalisation des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport. L’un des cinq fonds créés par le Code minier de 2023. La révélation centrale : entre janvier 2025 et juin 2026, ce mécanisme a mobilisé 109,1 milliards de francs CFA, dont 57,7 milliards pour la seule année 2025.
109 milliards en dix-huit mois. Non pas d’un bailleur étranger, mais du secteur minier malien lui-même.
Le mécanisme est inscrit à l’article 98 du Code minier. Chaque titulaire de permis d’exploitation verse 1 % de son chiffre d’affaires trimestriel au fonds, taux porté à 2,5 % après cinq ans de production, plus 10 % de la taxe ad valorem. Ce n’est pas une taxe supplémentaire imposée à des opérateurs réticents. C’est un circuit de redistribution pensé dès la conception du code, voulu par les autorités de la Transition comme un lien organique entre extraction et développement national.
Ce que cette réunion révèle va bien au-delà des chiffres. Elle signale un changement de paradigme dans la relation entre ressources naturelles et développement public. Pendant des décennies, le modèle dominant en Afrique subsaharienne a été celui de l’extraction pour l’export, du partage de royalties négligeables, et de la dépendance aux financements extérieurs pour les investissements publics. Ce modèle a produit des pays riches en ressources et pauvres en infrastructures. Le Mali, sous la Transition, choisit délibérément une autre voie.
Les ressources du sous-sol malien, un moteur d’un développement
Les projets présentés lors de cette réunion sont éloquents : chemin de fer, projets routiers, acquisition de bateaux, relance de Mali Airlines, ouvrages hydrauliques, production énergétique. Ce sont les goulots d’étranglement classiques d’une économie sahélienne enclavée. Les financer par la rente minière nationale, plutôt que par l’endettement extérieur ou la condescendance de l’aide publique, change profondément les termes de la souveraineté.
La critique légitime, bien sûr, sera celle de la gouvernance. Les fonds publics issus des ressources naturelles ont une longue histoire de détournements sur ce continent. Le Code minier prévoit des mécanismes de contrôle, des rapports annuels soumis aux conseils municipaux et régionaux, des audits commandités par l’État. Leur effectivité reste à démontrer dans la durée. C’est là que se jouera la crédibilité réelle de l’expérience malienne.
Mais l’intention est clairement posée, et le résultat de la première période d’application est tangible. Dans un contexte où le Mali reconstruit sa souveraineté économique après des années de dépendance structurelle, ce fonds n’est pas qu’un instrument financier. C’est une démonstration. Les ressources du sous-sol malien peuvent, si la volonté politique est ferme et les institutions solides, devenir le moteur d’un développement qui n’attend plus la permission de personne.
Chiencoro Diarra





