Le départ de Choguel Maïga et l’exclusion du M5-RFP du gouvernement marquent un tournant décisif pour le mouvement, désormais confronté à la menace de sa dissolution et à l’urgence de se réinventer.
En moins d’un an, les autorités de la Transition malienne ont multiplié les sanctions, redessinant le paysage associatif et politique du pays. Dernier coup de tonnerre, le mercredi 17 avril 2024, avec la dissolution de « l’Appel du 20 février pour sauver le Mali », un mouvement qui se voulait critique envers la gestion actuelle du pouvoir. Avant cela, la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants (CMAS) de l’imam Mahmoud Dicko avait subi le même sort début mars 2024, suivie de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM) le 13 mars.
Déjà, en décembre 2023, l’Observatoire pour les Élections et la Bonne Gouvernance au Mali, une organisation de veille électorale, avait été dissout. En tout, ce sont un parti politique, une organisation de veille et trois associations influentes, qui ont été balayés.
Le départ de Choguel Kokalla Maïga de la Primature et la non-reconduction des représentants du M5-RFP dans le nouveau gouvernement marquent donc un tournant pour ce mouvement politique. Longtemps perçu comme un acteur incontournable de la transition, le M5-RFP se retrouve à un carrefour : redéfinir sa stratégie ou risquer de disparaître comme ces mouvements influents avant lui. La possibilité de sa dissolution est désormais une réalité qui plane sur son avenir.
Un recul d’influence politique
Le M5-RFP, acteur clé des mobilisations ayant conduit au départ de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), voit son poids politique sérieusement réduit depuis les récents bouleversements. Avec l’éviction de Choguel Maïga, l’une de ses figures emblématiques, et l’absence de ses cadres au sein du gouvernement, le mouvement perd une partie de sa capacité à influencer les décisions au sommet de l’État.
Ce recul d’influence rappelle la trajectoire d’autres organisations naguère influentes, comme la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS) de l’imam Mahmoud Dicko, ou encore l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM), dissoutes sous l’argument d’une nécessaire refondation et pacification du paysage sociopolitique. Ces précédents nourrissent aujourd’hui les spéculations sur un possible démantèlement du M5-RFP si le mouvement fait du départ de ses membres du gouvernement une occasion d’instabilité sociale et politique.
Une division interne aggravée
La perte de ses relais au sein du gouvernement pourrait exacerber les tensions internes au M5-RFP, un mouvement déjà marqué par une grande hétérogénéité. Regroupant des acteurs politiques, religieux et de la société civile, le M5-RFP peine à maintenir une cohésion face aux défis actuels. Désormais, une question cruciale divise ses membres : faut-il s’opposer frontalement au pouvoir ou tenter de renouer avec les autorités de la transition ? D’ores et déjà, dans un communiqué lapidaire diffusé sur les réseaux sociaux le 22 novembre dernier, le mouvement exhortait les autorités de la transition à « la réussite de la Transition et de sa bonne fin dans des délais raisonnables ». Le mouvement a également changé d’appellation le 23 novembre. Le M5-RFP qui devient ainsi RFP/Renouveau et le Comité stratégique devient Comité de pilotage.
Les divergences stratégiques internes pourraient affaiblir davantage le mouvement, rendant sa dissolution moins improbable. Le précédent de la CMAS illustre bien comment des divergences internes et un affaiblissement du rôle politique peuvent conduire à l’éclatement d’une organisation.
Une relation tendue avec les autorités de la transition
Les tensions entre le M5-RFP et les autorités de la transition sont devenues de plus en plus visibles, notamment après les critiques publiques de Choguel Maïga sur la gestion des institutions. Le départ de Maïga a été précédé par des mobilisations populaires orchestrées par des groupes proches du pouvoir, demandant son limogeage. Ces événements illustrent la volonté des autorités de travailler à plus de stabilité politique pour l’atteinte des objectifs de la transition.
La dissolution du M5-RFP pourrait être justifiée cependant par les autorités comme une mesure nécessaire pour « pacifier » le climat politique, à l’image de l’argument avancé lors de la dissolution de l’AEEM, accusée de semer la violence dans les écoles et universités. Si cela venait à se produire, cela signifierait la disparition de l’un des mouvements les plus influents de l’histoire récente du Mali.
Quelle stratégie pour éviter la disparition ?
Pour éviter une issue aussi radicale, le M5-RFP/Renouveau doit impérativement se repositionner et réinventer son rôle sur la scène politique malienne. Parmi les pistes envisageables :
- Un recentrage sur les bases militantes : le mouvement peut mobiliser ses soutiens populaires en mettant en avant des revendications claires, telles que la lutte contre la corruption, les réformes institutionnelles ou la justice sociale.
- Un rôle de contre-pouvoir : plutôt que de s’opposer frontalement au pouvoir, le M5-RFP pourrait choisir une opposition constructive en proposant des alternatives aux politiques du gouvernement.
- Une réconciliation avec les autorités : en dépit des tensions actuelles, le M5-RFP/renouveau pourrait chercher à renouer le dialogue avec les autorités de la transition, dans l’espoir de retrouver une place dans les cercles de décision.
- Une restructuration interne : pour faire face aux divisions et aux critiques, le M5-RFP pourrait entreprendre une réforme interne pour clarifier sa stratégie et renforcer son unité.
Une possible dissolution : une menace réelle ?
Le spectre d’une dissolution du M5-RFP est une menace que ses membres ne peuvent ignorer. Les précédents récents, comme la dissolution de l’AEEM et de la CMAS, montrent que les autorités n’hésitent pas à recourir à cette mesure pour neutraliser des organisations jugées problématiques. Une telle décision, si elle survenait, pourrait être justifiée par des arguments de stabilité et de pacification du paysage politique, mais elle risquerait également de polariser davantage la société malienne.
Le départ de Choguel Maïga et la marginalisation du M5-RFP au sein du gouvernement marquent une phase critique pour ce mouvement. L’ombre d’une dissolution plane sur son avenir, mais le M5-RFP dispose encore d’opportunités pour se réinventer et rester un acteur clé de la transition. Pour cela, il devra non seulement surmonter ses divisions internes, mais aussi proposer une vision claire et constructive pour l’avenir du Mali.
L’histoire du M5-RFP n’est peut-être pas encore terminée, mais son avenir dépendra de sa capacité à s’adapter aux défis actuels et à éviter les erreurs qui ont conduit à la disparition d’autres mouvements influents avant lui.
Alassane Diarra





