Home Actu Guinée : Aliou Bah gracié par Mamadi Doumbouya après l’arrêt de la CEDEAO

Guinée : Aliou Bah gracié par Mamadi Doumbouya après l’arrêt de la CEDEAO

0 comments 232 views 3 minutes read

Le président guinéen a accordé, vendredi, une grâce présidentielle à 217 détenus, dont l’opposant Aliou Bah, incarcéré depuis décembre 2024 pour avoir critiqué le président de la Transition. Sa libération intervient trois mois après un arrêt de la justice communautaire ouest-africaine exigeant sa remise en liberté immédiate, resté lettre morte jusqu’ici. Sans qu’un lien officiel soit établi entre les deux événements.

Le président guinéen Mamadi Doumbouya a accordé une grâce présidentielle à 217 détenus, dont l’opposant Aliou Bah, à l’occasion de la fête de l’indépendance de la Guinée, selon un décret lu vendredi 2 octobre à la télévision d’État par le général Amara Camara, ministre secrétaire général de la présidence. Selon ce décret, les bénéficiaires obtiennent une remise totale de leur peine, assortie toutefois d’une condition : l’obligation d’accomplir un stage d’encadrement civique.

Président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL), Aliou Bah, 42 ans, avait été interpellé le 26 décembre 2024 à la frontière avec la Sierra Leone, alors qu’il se rendait, selon son parti, à un rendez-vous personnel à Freetown. Il avait été condamné, le 7 janvier 2025, à deux ans de prison ferme pour « offense et diffamation » envers le général Doumbouya, après avoir notamment appelé les chefs religieux guinéens à « sortir de leur silence » sur la situation du pays et qualifié d’« incompétent » le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD). Sa condamnation avait été confirmée en appel en mai 2025. Au procès, sa défense avait dénoncé une « cabale organisée » pour le faire taire, et plusieurs organisations de défense des droits humains avaient qualifié le jugement de « farce judiciaire » contraire au droit international sur la liberté d’expression.

Un arrêt de la CEDEAO resté sans exécution pendant trois mois

Cette grâce intervient alors que le dossier d’Aliou Bah faisait l’objet d’une procédure devant la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Dans un arrêt rendu dès le mois de juin, la juridiction communautaire avait ordonné la « mise en liberté immédiate et sans condition » de l’opposant. Resté sans suite pendant plusieurs mois, cet arrêt avait fait l’objet d’un rappel formel, dans une lettre datée du 25 septembre, par laquelle le greffier en chef de la Cour avait saisi directement la Cour suprême de Guinée pour en demander l’exécution. 

Selon plusieurs médias guinéens, aucun élément officiel ne permet toutefois d’établir un lien de cause à effet entre cette démarche et la grâce présidentielle accordée une semaine plus tard. La mesure, annoncée dans le cadre de la fête nationale, concerne 216 autres condamnés et s’inscrit dans la tradition des grâces présidentielles de l’indépendance.

Arrivé au pouvoir en septembre 2021 à la faveur du renversement d’Alpha Condé, premier président guinéen élu au suffrage universel en 2010, Mamadi Doumbouya a depuis été élu à la présidence lors d’un scrutin organisé en décembre 2025, dans un contexte marqué par l’absence de plusieurs figures majeures de l’opposition. Depuis la prise de pouvoir du CNRD, plusieurs partis politiques ont été dissous ou suspendus et les manifestations interdites, tandis que des responsables politiques et des voix critiques du pouvoir ont été arrêtés, condamnés ou contraints à l’exil. Plusieurs opposants demeurant à ce jour portés disparus.

Un retour en politique scruté de près

Incarcéré d’abord à la maison centrale de Conakry, Aliou Bah purgeait sa peine à la maison centrale de Coyah depuis la démolition de l’ancienne prison de la capitale en août dernier. Sa libération, qui devait initialement intervenir vers décembre au terme de l’exécution de sa peine, met fin à près de deux ans de détention pour cette figure assumée de la critique du pouvoir militaire. 

Son retour dans la vie politique guinéenne, où le MoDeL s’était fortement mobilisé tout au long de son incarcération, sera désormais suivi de près par les organisations de défense des droits humains comme par les acteurs de l’opposition, dans un pays où l’espace politique reste étroitement circonscrit par le pouvoir en place.

A.D

Leave a Comment

FR|EN FR|EN