Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont profondément réorienté leurs partenariats diplomatiques et sécuritaires, la Banque mondiale poursuit son engagement dans le Sahel. À Bamako, son nouveau directeur des opérations pour le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, Nicola Pontara, a présenté les grandes lignes d’une stratégie axée sur l’énergie, l’agriculture et le capital humain, avec un portefeuille régional annoncé à environ 15 milliards de dollars.
C’est une audience protocolaire en apparence, mais révélatrice d’une réalité plus large. Deux jours après avoir été reçu par le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, le nouveau directeur des opérations du Groupe de la Banque mondiale pour le Sahel, l’Italien Nicola Pontara, s’est entretenu, mercredi 10 septembre, avec la ministre malienne de la Santé et du Développement social, le médecin-colonel-major Assa Badiallo Touré. Une rencontre de prise de contact, selon le communiqué du ministère, mais qui a permis à M. Pontara de présenter les grandes lignes de la nouvelle stratégie de son institution pour l’ensemble des pays sahéliens placés sous sa responsabilité.
Un profil taillé pour les « États fragiles »
Nommé le 1er juillet, basé à Bamako, Nicola Pontara supervise désormais un portefeuille d’environ 15 milliards de dollars consacré au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad. Quatre pays confrontés, selon les termes mêmes de la Banque mondiale, à des crises sécuritaires persistantes, aux effets du changement climatique et à de fortes pressions sur l’emploi.
Économiste de formation, titulaire d’un doctorat de la School of Oriental and African Studies de Londres, il a rejoint la Banque mondiale en 2000 via le programme Young Professionals, avant d’occuper des fonctions dans des contextes similaires. Direction du bureau de l’institution au Soudan du Sud, contribution à la création du Centre sur les conflits, la sécurité et le développement de Nairobi, puis postes de responsable d’opérations en Bolivie, au Laos et en Serbie. Un profil taillé, selon l’institution elle-même, pour les « États fragiles ».
Trois piliers : énergie, agriculture, capital humain
Selon le compte rendu du ministère malien, la nouvelle stratégie présentée par M. Pontara s’articule autour de trois axes principaux : l’accès à l’énergie, l’amélioration des conditions de vie des agriculteurs, et le développement du capital humain, dont la santé et la protection sociale constituent des composantes essentielles. Une orientation cohérente avec les priorités déjà énoncées par la Banque mondiale lors de l’annonce de sa nomination, qui évoquait des « investissements stratégiques dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, la connectivité numérique et le capital humain » au service d’une « croissance inclusive et durable ».
investissements stratégiques dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, la connectivité numérique et le capital humain
Devant son interlocutrice, la ministre Assa Badiallo Touré a salué les résultats obtenus grâce aux différents projets soutenus par l’institution, en particulier dans le renforcement du système de santé, et rappelé l’appui apporté au Mali lors des récentes inondations, à travers la mobilisation d’équipements pour répondre aux besoins urgents des populations sinistrées. Elle a par ailleurs insisté sur la nécessité d’une concertation technique régulière afin de fluidifier l’exécution des projets et d’améliorer le rythme des décaissements. Une préoccupation récurrente dans la relation entre bailleurs multilatéraux et administrations sahéliennes, où la lenteur d’exécution des projets financés constitue un point de friction classique.
Une continuité financière qui tranche avec la rupture diplomatique
Ce déploiement méthodique de la nouvelle stratégie sahélienne de la Banque mondiale mérite d’être lu à la lumière du contexte politique plus large dans lequel il s’inscrit. Depuis leur rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et leurs anciens partenaires militaires occidentaux, les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), Mali, Burkina Faso et Niger, ont réorienté une large part de leurs partenariats sécuritaires et diplomatiques vers la Russie, la Türkiye, la Chine et, plus récemment, l’Algérie et le Maroc. Rien de tel, en revanche, du côté de leurs relations avec les institutions de Bretton Woods. La Banque mondiale continue d’y déployer, sans rupture apparente, un engagement financier de grande ampleur, les autorités maliennes assurant vouloir aligner cette coopération sur leur propre feuille de route, la « Vision Mali Kura » à l’horizon 2063 et la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable.
M. Pontara a pour sa part exprimé le souhait d’effectuer prochainement une visite de terrain dans un centre de santé malien, afin de constater directement l’impact des projets financés et d’échanger avec leurs bénéficiaires. Les deux parties ont convenu de maintenir des échanges réguliers sur les priorités du secteur de la santé et du développement social. Signe que, dans un Sahel en pleine recomposition géopolitique, le dialogue avec les grandes institutions financières multilatérales demeure, lui, l’un des rares axes de continuité avec l’ordre international antérieur.
A.D
