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Assimi Goïta sacré Champion de l’Artisanat africain : les enjeux d’une distinction continentale

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En désignant Assimi Goïta « Champion de l’Artisanat africain » et en confiant au Mali sa présidence, l’ODEPA a récompensé une politique assumée depuis 2021 : celle du boubou plutôt que du costume-cravate, et de la commande publique tournée vers le savoir-faire national.

Le 4 juillet 2026, à Bamako, quelque chose s’est joué qui dépasse le protocole d’une énième conférence continentale. Réunis pour la 12ᵉ Conférence des ministres de l’Organisation pour le développement et la promotion de l’artisanat africain (ODEPA), les représentants de seize pays membres ont désigné le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, « Champion de l’Artisanat africain ». Le Mali prend dans la foulée la présidence de l’organisation, confiée à son ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé.

Une politique économique assumée

Cette distinction récompense une politique engagée depuis l’arrivée au pouvoir du président de la Transition en 2021 : celle de la valorisation du tissu et du savoir-faire maliens. Le signe le plus visible s’en donne à voir jusque dans les couloirs des ministères. Là où régnaient costumes stricts et cravates, boubous et tissus purement africains (maliens, burkinabè, nigériens) ont pris toute leur place dans la garde-robe des personnalités publiques.

Cette esthétique du pouvoir s’accompagne désormais d’une politique économique assumée. Dans une note du 13 février 2026, le ministre de l’Économie et des Finances, Alousseïni Sanou, a donné une nouvelle orientation aux exécutants des marchés publics : privilégier les entreprises nationales et les produits fabriqués sur le territoire. Selon cette note, chaque département ministériel devra désormais consacrer une enveloppe annuelle de l’ordre de 100 millions de francs CFA, soit près de 2,8 milliards au total pour l’ensemble du gouvernement, à l’achat de mobilier, de tissus décoratifs, de produits alimentaires et sanitaires fabriqués localement. Les filières du bois, du métal et du textile en seraient les premières bénéficiaires, aux côtés des producteurs de thé, de jus de fruits et de savons.

L’artisanat représente entre 30 % et 60 % des actifs urbains du continent

L’enjeu n’est pas mince. Selon les données mises en avant par l’ODEPA elle-même, l’artisanat représente, selon les pays membres, entre 30 % et 60 % des actifs urbains du continent, et contribue entre 5 % et 30 % au produit intérieur brut. Un secteur trop souvent relégué au rang de curiosité culturelle, alors qu’il est en réalité un gisement d’emplois et de souveraineté économique.

Cette politique s’inscrit dans la mise en œuvre d’une recommandation des Assises nationales de la refondation de 2021 : celle d’une politique nationale de consommation des produits locaux. Elle prolonge aussi des gestes plus symboliques : la remise, en 2025, de près de 300 kits solaires aux artisans maliens pour les prémunir contre les effets du délestage électrique, ou la distribution, en février 2026, de kits alimentaires aux acteurs de l’artisanat, de la culture et du tourisme, au Palais de la culture de Bamako. 2025 avait été décrétée « année de la culture » ; 2026 et 2027 sont celles de « l’éducation et de la culture ». Trois années consécutives placées sous le signe de l’art et du savoir-faire national.

Fondée le 29 octobre 1992 à Ouagadougou, l’ODEPA rassemble aujourd’hui 28 pays africains, de l’Afrique du Sud au Maroc, en passant par le Sénégal, le Ghana ou Madagascar. Confier au Mali sa présidence, et promu son chef de l’État « Champion de l’Artisanat africain », c’est aussi un choix politique. Celui de récompenser un pays qui a fait de la souveraineté, y compris dans ses habits du quotidien, un axe de gouvernement. 

A.D

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