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Afrique : les réseaux de cybercriminalité gagnent en puissance, selon INTERPOL

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Une opération anti-fraude menée par INTERPOL dans 97 pays a permis plus de 5 800 arrestations et l’interception de 293 millions de dollars d’avoirs illicites en quatre mois. Une vingtaine de pays africains y ont pris part. Un engagement qui reflète l’ampleur prise par la cybercriminalité sur le continent, documentée dans le tout dernier rapport d’évaluation des cybermenaces d’INTERPOL pour l’Afrique.

Cinq mille huit cent onze arrestations, 293 millions de dollars d’avoirs bloqués, 142 000 victimes identifiées à travers le monde. Les chiffres de l’opération First Light, conduite par INTERPOL entre janvier et avril 2026 dans 97 pays et territoires, donnent la mesure d’un phénomène devenu industriel. Cette opération, centrée sur la lutte contre la fraude par manipulation psychosociale (arnaques sentimentales, sextorsion, faux ordres de virement, usurpations d’identité) a mobilisé un nombre significatif de pays africains, du Maroc au Zimbabwe en passant par le Nigeria, le Ghana, le Kenya ou l’Afrique du Sud.

L’Afrique, un continent numérique exposé

Cet engagement continental n’a rien d’anecdotique. Selon le tout dernier rapport d’évaluation des cybermenaces publié par INTERPOL en juin 2026 et consacré spécifiquement à l’Afrique, le continent a franchi un cap préoccupant. La cybercriminalité y représente désormais plus de 30 % de l’ensemble des crimes enregistrés dans les régions d’Afrique australe et de l’Ouest, contre 10 à 30 % un an plus tôt. Les pertes financières directement liées à la cybercriminalité ont plus que doublé entre 2024 et 2025, passant d’environ 192 à 484 millions de dollars déclarés, pour un nombre de victimes identifiées ayant grimpé de 35 000 à 87 000 en un an seulement.

Le paradoxe est saisissant. L’Afrique a vu ses transactions numériques dépasser les 1 100 milliards de dollars en 2025, portées par plus d’1,1 milliard d’abonnements mobiles et 570 millions d’internautes. Mais cette adoption numérique fulgurante s’est faite sans que les capacités de cyberdéfense ne suivent le même rythme, ouvrant un boulevard aux réseaux criminels.

Des centres d’escroquerie tenus comme de véritables entreprises

Le rapport insiste particulièrement sur la montée en puissance des « scam centres ». Ces plateformes d’escroquerie organisées, parfois liées à la traite d’êtres humains, où des victimes sont retenues contre leur gré et contraintes de participer aux fraudes. Près des trois quarts des pays africains interrogés par INTERPOL rapportent la présence de tels centres sur leur territoire, avec une concentration particulière en Afrique australe et de l’Ouest. C’est précisément ce type de structure qu’a démantelé la police d’Eswatini, citée en exemple par l’opération First Light. Un réseau impliqué dans les jeux en ligne illégaux et le blanchiment d’argent, jusqu’à reconstituer un faux poste de police brésilien, faux uniformes et signalétique compris, pour piéger des victimes via de faux appels vidéo se faisant passer pour des agents fédéraux.

L’intelligence artificielle a considérablement changé la donne. Plus de la moitié des affaires de cybercriminalité recensées en 2025 sur le continent impliquaient déjà, à un titre ou un autre, l’usage de l’IA, deepfakes pour usurper l’identité de dirigeants ou de personnalités publiques, voix clonées, identités synthétiques capables de contourner les protocoles de vérification bancaire. En Ouganda, une fausse vidéo d’une personnalité publique a ainsi servi à promouvoir un placement frauduleux, causant plus de 2 millions de dollars de pertes avant que les autorités n’interviennent.

Une réponse judiciaire encore fragmentée

Face à cette industrialisation de la fraude, la coopération policière internationale progresse, mais reste largement insuffisante au regard de l’ampleur du phénomène. INTERPOL souligne que 89 % des pays africains interrogés identifient la coopération transfrontalière comme le principal obstacle aux enquêtes, faute de cadres juridiques harmonisés et de mécanismes d’échange de preuves numériques en temps réel.

Le directeur de la lutte contre la cybercriminalité à INTERPOL, Neal Jetton, résume l’enjeu en une formule sans détour. Aucun pays n’est à l’abri tant que tous ne disposent pas des moyens et de la détermination nécessaires pour riposter. Une vingtaine de pays africains ont pourtant légiféré ou actualisé leur arsenal juridique en 2025, du Burkina Faso au Sénégal en passant par la Zambie et le Kenya. Mais l’écart persiste entre la vitesse d’adaptation des réseaux criminels, désormais armés d’outils d’intelligence artificielle accessibles à faible coût, et celle, nécessairement plus lente, des appareils judiciaires et policiers du continent.

Foula D. Massé 


Pour suivre nos autres analyses sur la sécurité et la criminalité en Afrique de l’Ouest et au Sahel, consultez la rubrique Sécurité de Sahel Tribune.

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