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Bénin : Patrice Talon élu président du Sénat, deux mois après avoir quitté la présidence

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L’ancien chef de l’État prend la tête d’une institution qu’il a lui-même créée dans les derniers mois de son second mandat, et où siègent aussi ses anciens adversaires.

Patrice Talon n’aura pas quitté le pouvoir bien longtemps. Un peu plus de deux mois après avoir cédé la présidence du Bénin à son ancien ministre des Finances Romuald Wadagni, l’ancien chef de l’État a été élu, ce jeudi 6 août, président du Sénat, la toute nouvelle chambre haute du Parlement béninois. Il en assurera la présidence pour cinq ans, devenant ainsi la troisième personnalité de l’État après le président de la République et la vice-présidente, mais avant le président de l’Assemblée nationale.

Cette élection n’avait rien d’une surprise. Patrice Talon est lui-même à l’origine de cette seconde chambre parlementaire, créée par la révision constitutionnelle qu’il a fait adopter en novembre 2025, dans les derniers mois de son second mandat. Une réforme votée par une Assemblée nationale acquise à sa majorité, l’opposition en étant totalement absente depuis les législatives de 2023.

Une chambre sans un seul élu

Installée le 30 juillet à Porto-Novo, la nouvelle institution compte 25 membres, mais aucun d’entre eux n’a été désigné par les urnes. Le Sénat mélange membres de droit, les anciens présidents de la République, dont Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo, et membres nommés directement par le chef de l’État. Une composition qui, selon Jeune Afrique, laisse peu de place aux femmes et aux figures de l’opposition, à l’exception de Paul Hounkpè, unique opposant à s’être présenté à la dernière présidentielle.

Dès la publication de la liste des sénateurs début juillet, plusieurs observateurs s’interrogeaient déjà sur les intentions de l’ancien président. « Peu de femmes, peu d’opposants et l’ombre de l’ancien président qui plane sur l’institution », résumait Jeune Afrique, qui évoquait déjà Patrice Talon comme favori pour la présidence de la future chambre.

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Peu de femmes, peu d’opposants et l’ombre de l’ancien président qui plane sur l’institution

« Partir sans vraiment partir »

Officiellement, Patrice Talon avait respecté à la lettre la limite des deux mandats fixée par la Constitution, refusant de la modifier pour se maintenir au pouvoir, une posture saluée par une partie de ses soutiens comme un contre-exemple sur un continent où plusieurs chefs d’État ont cherché à prolonger leur mandat. Mais pour ses détracteurs, la création du Sénat n’a jamais été qu’un moyen détourné de rester dans le jeu politique. Une chronique parue sur allAfrica résumait ainsi les soupçons entourant cette « institution taillée sur mesure ». Une façon, pour l’ancien président, de quitter le pouvoir sans vraiment partir.

Lors de l’installation du Sénat le 30 juillet, Patrice Talon n’a pas caché sa satisfaction de retrouver une fonction institutionnelle, se disant « fier, honoré et ému de pouvoir à nouveau servir la République », selon des propos rapportés par Seneweb. Sur cette même liste des 25 sénateurs figurent d’anciens adversaires politiques de l’ex-président, dont Thomas Boni Yayi, chef de l’État de 2006 à 2016 et désormais appelé à siéger à ses côtés.

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fier, honoré et ému de pouvoir à nouveau servir la République

Depuis son arrivée au pouvoir en 2016, Patrice Talon avait imprimé sa marque au Bénin, transformant en profondeur l’économie du pays tout en concentrant progressivement les leviers institutionnels, jusqu’à être qualifié par France 24 de « chef d’État omnipotent » à la veille de son départ, sur fond de tournant jugé autoritaire par une partie de la classe politique. Ce contexte de tensions, exacerbé par une tentative de coup d’État déjouée en décembre 2025 contre le pouvoir sortant, continue de peser sur le climat politique dans lequel s’installe ce nouveau Sénat, quelques mois après un passage de témoin présidentiel présenté par les autorités béninoises comme un exemple de stabilité régionale, ainsi que le relevait Sahel Tribune au moment de la fin du mandat de Patrice Talon.

Maintenant, quel usage l’ancien président fera de cette nouvelle tribune institutionnelle, dans un pays où l’opposition dénonce depuis plusieurs années un rétrécissement continu de l’espace politique.

Foula D. Massé 

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