La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako a rendu son verdict ce lundi 3 août dans l’affaire opposant le leader du mouvement Yerewolo Débout sur les remparts à la justice malienne. Une peine inférieure aux dix ans requis par le parquet, mais qui marque un nouveau chapitre judiciaire pour cette figure controversée du soutien à la Transition.
Adama Diarra, plus connu sous le nom de « Ben le Cerveau », a été condamné, ce lundi 3 août, à cinq ans d’emprisonnement, dont un an assorti du sursis, par la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako. Le leader du mouvement Yerewolo Debout sur les remparts était poursuivi pour « menaces et injures par le biais d’un système d’information », des faits pour lesquels le ministère public avait requis, une semaine plus tôt, une peine de dix ans de prison ferme. Placé sous mandat de dépôt depuis un peu plus de deux ans, Adama Diarra devra encore purger l’essentiel de sa peine avant d’espérer recouvrer la liberté.
Un enregistrement audio contesté au cœur du procès
Le procès, ouvert le 27 juillet devant la même juridiction, s’était largement concentré sur l’authenticité d’un enregistrement audio versé au dossier par l’accusation. Invité à réagir à sa diffusion en audience, Adama Diarra avait reconnu qu’une des voix présentes sur la bande était bien la sienne, tout en contestant fermement le reste du contenu. Selon lui, une seconde voix, générée artificiellement, lui aurait été indûment attribuée. L’accusé avait notamment rejeté en bloc les propos évoquant un « pacte avec le diable » ainsi que des mentions à des « éléments à Kidal », affirmant n’avoir jamais tenu de telles déclarations et dénonçant une manipulation du document.
Adama Diarra avait par ailleurs expliqué que l’échange en question relevait d’une conversation strictement privée avec un camarade de lutte, dont il ignorait comment elle avait pu être rendue publique avant de circuler sur les réseaux sociaux. Sa défense avait, dans la même veine, contesté la valeur probante de la pièce, interrogeant les conditions d’obtention de l’enregistrement et l’identité de son auteur.
Un profil qui pèse dans la balance judiciaire
Dans son réquisitoire, le procureur Kokè Coulibaly avait justifié la sévérité de la peine demandée en s’appuyant sur le profil et le parcours de l’accusé. Son rôle à la tête du mouvement Yerewolo, sa nomination, depuis abrogée, au Conseil national de transition, ainsi que l’organisation d’une marche panafricaine qui avait été interdite par les autorités. Le ministère public avait également estimé qu’une remise en liberté ferait courir un risque de récidive. Un argument qui semble avoir pesé sur la sévérité de la peine finalement prononcée, même si la Cour n’a pas suivi le quantum réclamé par l’accusation.
Ce nouveau verdict s’inscrit dans un parcours judiciaire déjà mouvementé pour Adama Diarra. Figure pro-transition engagée dès les premières heures de la Transition, il avait déjà été condamné en septembre 2023 à deux ans de prison, dont un ferme, pour « atteinte au crédit de l’État », après s’être publiquement opposé à un allongement du calendrier de transition. Une peine réduite en appel, quelques mois plus tard, à six mois ferme assortis de six mois avec sursis, qui lui avaient permis de recouvrer la liberté début 2024. Sa nomination au Conseil national de transition avait alors été abrogée par le gouvernement.
La défense n’a pas encore indiqué si elle entendait se pourvoir en cassation contre cette décision.
Ibrahim Kalifa Djitteye
