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Exportations : comment le Mali peut transformer la mangue en moteur de croissance

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Deuxième produit agricole d’exportation du pays après le coton, la mangue fait vivre des dizaines de milliers de familles maliennes. Mais entre un potentiel de production considérable et une exportation qui peine à décoller, la filière reste à mi-chemin de son plein essor.

Derrière le coton et l’or, longtemps considérés comme les deux piliers de l’économie malienne, un troisième produit s’impose discrètement dans les statistiques du commerce extérieur : la mangue. Deuxième produit agricole d’exportation du pays après le coton, ce fruit tropical fait vivre plusieurs dizaines de milliers de familles, tout en révélant, à travers ses difficultés persistantes, les limites structurelles de l’agriculture d’exportation malienne.

Un potentiel largement sous-exploité

Le Mali est aujourd’hui considéré comme le premier producteur de mangues d’Afrique de l’Ouest, avec une production annuelle estimée à environ 800 000 tonnes selon les données sectorielles les plus récentes disponibles, pour la campagne 2025. Un chiffre qui a sensiblement progressé par rapport aux estimations plus anciennes, souvent citées autour de 575 000 tonnes, mais qui reste, comme l’ensemble des statistiques de cette filière, à prendre avec une marge de prudence. Les sources disponibles sur la production malienne varient sensiblement d’une année et d’une publication à l’autre, faute de statistiques officielles actualisées et consolidées sur la filière.

Ce qui ne fait en revanche guère de doute, c’est l’écart persistant entre ce potentiel et sa valorisation à l’export : la campagne 2025 ne prévoyait qu’environ 11 000 tonnes destinées à l’exportation, acheminées principalement vers l’Europe et le Maroc. Rapporté à la production totale, ce volume représente à peine plus de 1 %. Une proportion plus faible encore que le taux de 6 % généralement cité dans la littérature sur le secteur, lequel remonte toutefois à une étude de 2006 et n’a pas été formellement réactualisé depuis.

L’essentiel de la production malienne part donc vers la consommation locale ou les marchés informels de la sous-région : Burkina Faso, Mauritanie, Niger, Sénégal, Ghana ou Gabon. Une part significative se perd également avant même d’atteindre un acheteur, faute d’infrastructures de conditionnement et de chaîne du froid adaptées.

Sikasso, cœur battant de la filière

La quasi-totalité de la production malienne, de l’ordre de 90 % selon les études disponibles, bien que ce chiffre n’ait pas été recroisé par une source plus récente, est concentrée dans le bassin de Sikasso, dans le sud du pays, où les conditions agro-écologiques sont particulièrement favorables à la culture du manguier. C’est aussi l’une des régions les plus pauvres du pays, où l’essentiel des ménages pratique une agriculture de subsistance. La filière mangue y joue un rôle redistributif important. Selon une étude sectorielle récente réalisée à la demande du Conseil national du patronat du Mali (CNPM), elle génère entre 25 000 et 30 000 emplois directs et indirects chaque année. La plupart saisonniers, répartis entre les vergers, les stations de conditionnement et les unités artisanales de transformation.

Les femmes y occupent une place centrale, notamment dans le tri, le conditionnement et la transformation du fruit en jus, sirops ou mangues séchées. Des activités qui, si elles restent souvent peu rémunérées et peu qualifiées, ont permis l’émergence de véritables petites entreprises locales, à l’image de plusieurs unités de transformation portées par des femmes entrepreneures dans la région de Bamako et de Sikasso.

L’export, chaînon manquant

C’est sur le segment de l’exportation que le potentiel malien reste le plus contraint. Les volumes exportés ont progressé sur la durée. Selon des témoignages d’exportateurs datant d’il y a quelques années, ils auraient triplé en une décennie, portés par la construction progressive de centres de conditionnement et de stockage frigorifique, qui ont permis de passer d’expéditions aériennes de 200 à 300 tonnes par campagne à des envois par voie maritime de 900 à 1 000 tonnes, via les ports d’Abidjan ou de Dakar. Ces chiffres, faute de statistique officielle plus récente, restent toutefois des ordres de grandeur plutôt que des données actualisées.

L’obstacle demeure structurel : l’absence de façade maritime propre au Mali continue de peser lourdement sur la compétitivité de sa mangue face à des concurrents mieux dotés en infrastructures portuaires, comme la Côte d’Ivoire. Les exigences sanitaires et phytosanitaires des marchés européens, la pression de la mouche des fruits et l’état du réseau routier reliant les zones de production aux points d’embarquement demeurent autant de freins à lever pour espérer transformer durablement les 800 000 tonnes produites chaque année en un volume d’exportation à la hauteur du potentiel agronomique du pays.

Miser sur la transformation locale

Face à ces contraintes structurelles, la stratégie qui se dessine consiste de plus en plus à valoriser la mangue localement plutôt qu’à l’exporter uniquement à l’état frais. Plusieurs projets, publics comme privés, misent sur la transformation (jus, sirops, fruits séchés) pour contourner les pertes post-récolte et capter une valeur ajoutée aujourd’hui largement perdue. La Société industrielle de gestion et de commerce (Sigec) a ainsi lancé, dans les régions de Sikasso et de Bougouni, un projet triennal destiné à valoriser aussi bien les mangues de premier que de second choix, avec à la clé une unité de transformation dont l’objectif affiché est d’augmenter les revenus des producteurs de 20 à 30 %.

Entre potentiel agronomique exceptionnel et contraintes logistiques persistantes, la filière mangue malienne illustre à elle seule les défis plus larges d’une agriculture d’exportation empêchée par l’enclavement du pays, mais aussi les marges de progression considérables qu’ouvrirait une meilleure structuration de la chaîne de valeur, de la parcelle jusqu’au marché international.

Chiencoro Diarra 

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