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Refondation ou présidence prolongée : quelle est la véritable ambition de Mamadi Doumbouya ?

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Malgré une mobilisation de soutien et des signes de prolongement de son mandat, Mamadi Doumbouya reste flou sur ses ambitions, laissant planer le doute sur ses intentions pour l’après-transition en Guinée.

Depuis son arrivée au pouvoir après le coup d’État de septembre 2021, Mamadi Doumbouya, président de la transition en Guinée, est au centre d’une ferveur médiatique et populaire alimentée par un grand nombre de mouvements de soutien, tournois de football et chansons de louanges. À travers le pays, des artistes et hauts fonctionnaires expriment leur admiration pour cet homme fort, célébré comme un leader charismatique et imposant. Pourtant, derrière cette mobilisation quasi unanime, une question persiste : Doumbouya se prépare-t-il à prolonger son mandat au-delà de la transition ?

Les mouvements de soutien : stratégie de loyauté ou opportunisme ?

La popularité de Mamadi Doumbouya prend des formes diverses et parfois inattendues. Selon Jeune Afrique, dans l’entourage de Doumbouya, les figures de son cabinet, comme le ministre des Transports Ousmane Gaoual Diallo ou le général Amara Camara, s’activent pour asseoir l’image d’un président capable de mener la Guinée vers la prospérité. Ces derniers prennent part à des événements en son nom, vont à la rencontre des notables de régions stratégiques comme la Guinée forestière, et n’hésitent pas à rallier à leur cause des personnalités politiques influentes.

Des groupes comme « Doumbouya ou rien » ou « Djama Djigui » ont émergé avec enthousiasme, organisant des rassemblements et des meetings dans diverses régions, précise Jeune Afrique. Ces organisations, souvent créées par d’anciens fonctionnaires ou des personnalités régionales, semblent témoigner d’un élan de loyauté envers le président de la transition. Cependant, des observateurs et même certains membres de ces groupes admettent que ces initiatives ne sont pas toujours spontanées et sont parfois motivées par des opportunités financières et la quête de postes au sein du gouvernement.

Ces mouvements, bien que populaires, n’ont souvent pas d’existence légale et sont parfois soutenus officieusement par des hauts commis de l’État. Cette dynamique suscite des interrogations quant à la sincérité de cette ferveur et met en lumière le risque d’une instrumentalisation des élans populaires pour des fins politiques et personnelles.

Une stratégie de communication ambiguë autour de la transition

À mesure que l’échéance de la transition approche, la question d’une potentielle candidature de Doumbouya devient centrale. L’option semble de plus en plus plausible, notamment depuis le lancement d’une campagne de vulgarisation pour un référendum constitutionnel qui pourrait permettre à Doumbouya de se présenter aux élections. Pourtant, le président de la transition maintient le flou autour de ses intentions, et aucune déclaration officielle n’a confirmé ses ambitions.

Certains analystes avancent même que Doumbouya pourrait attendre les mouvements de son homologue malien, le général Assimi Goïta, avant de se prononcer. Doumbouya, qui s’est lui-même élevé au grade de général d’armée peu de temps après Assimi Goïta, pourrait surveiller la décision du leader malien quant à une potentielle candidature, pour évaluer l’accueil international et la stratégie suivre à dans une région où les transitions militaires

D’après des sources proches du pouvoir, Doumbouya serait réticent à encourager directement ces mouvements de soutien. La Radiotélévision guinéenne (RTG) aurait même reçu l’ordre de limiter la couverture des activités de ces groupes, bien que cette directive semble rester lettre morte. En coulisses, certains éléments de langage lui ont été suggérés pour préparer l’opinion publique à une potentielle annonce de candidature, mais le président a choisi de rester discret.

Entre pressions internationales et aspirations populaires

L’entourage de Doumbouya parle désormais de « refondation » plutôt que de « transition », un glissement sémantique qui pourrait révéler une volonté d’établir un pouvoir pérenne. Bien que son entourage insiste sur le fait qu’il n’a pas demandé à ses partisans de faire campagne, l’ambiguïté de ses propos laisse planer le doute. En public, le président de la transition se présente comme un dirigeant pragmatique, désireux de restructurer l’État, mais cette posture prudente pourrait aussi être une stratégie pour jauger la réaction du peuple et de la communauté internationale avant une éventuelle annonce de candidature.

La communauté internationale, qui observe avec attention le processus de transition en Guinée, pourrait jouer un rôle déterminant dans l’issue de cette période de transition. Si la pression internationale a incité Doumbouya à accepter un référendum constitutionnel, elle semble également relativement conciliante à son égard. Une situation qui donne au président une certaine latitude pour envisager un prolongement de son mandat, surtout si celui-ci reçoit un large soutien populaire.

Toutefois, la démarche de Doumbouya n’est pas sans risque. En tentant de capitaliser sur cette ferveur populaire, il pourrait se heurter à une opposition interne ou à une baisse de légitimité si la communauté internationale considère cette prolongation comme une manipulation de la transition. Pour maintenir une image de leader pragmatique et novateur, Doumbouya devra éviter de paraître trop complaisant envers ses soutiens et rester cohérent avec sa promesse initiale de réformer le pays sans chercher à se maintenir au pouvoir indéfiniment.

L’éventualité d’une candidature d’Assimi Goïta, son homologue malien, pourrait également influencer sa décision. La question reste de savoir si cette tactique d’attente permettra à Doumbouya de conserver l’adhésion populaire et l’approbation internationale, ou si elle finira par se retourner contre lui.

Oumarou Fomba 

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