Après quinze mois de brouille diplomatique, le Mali et l’Algérie renouent le dialogue autour d’un principe central : le respect de la souveraineté et la non-ingérence. À Alger, Abdoulaye Maïga affirme avoir reçu de Abdelmadjid Tebboune des garanties qui pourraient ouvrir la voie à une nouvelle étape des relations bilatérales, avec une visite prochaine d’Assimi Goïta en perspective.
C’est une phrase que le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, a tenu à rapporter avec précision à sa sortie d’audience, lundi 24 août, auprès du président algérien Abdelmadjid Tebboune : « L’Algérie ne s’ingérera jamais dans les affaires intérieures de nos pays. » Ce rappel, loin d’être un détail protocolaire parmi d’autres, constitue le cœur du message que Bamako a choisi de retenir de cette rencontre, et le fondement sur lequel les deux capitales entendent bâtir la suite de leur relation.
L’Algérie ne s’ingérera jamais dans les affaires intérieures de nos pays.
Pour le chef du gouvernement malien, ce principe de non-ingérence, associé au respect de la souveraineté, forme désormais la condition préalable et le socle de la vision partagée par les deux pays : faire de la région un espace de paix, débarrassé, selon ses propres termes, de « toute forme de néocolonialisme » et de « toute forme d’hégémonie ». Une garantie que le président Tebboune a réitérée en personne au cours de l’audience, et que le Premier ministre malien a estimé nécessaire de porter directement à la connaissance de l’opinion, tant elle conditionne, à ses yeux, la confiance que Bamako peut désormais accorder à ce partenariat renouvelé.
Une exigence devenue le cœur de la diplomatie malienne
Ce n’est pas un hasard si le respect scrupuleux de la souveraineté nationale occupe une place aussi centrale dans le discours des autorités maliennes de la Transition. Depuis 2020, Bamako a fait de cette exigence la pierre angulaire de sa politique extérieure, qu’il s’agisse de la rupture avec la force française Barkhane, du retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et du G5 sahel ou de la renégociation des partenariats miniers avec les groupes étrangers présents sur son sol. C’est au nom de ce même principe que la crise du drone abattu en mars 2025 à la frontière algéro-malienne avait pris une telle ampleur, chaque capitale accusant alors l’autre d’avoir porté atteinte à son intégrité territoriale. Que l’Algérie vienne aujourd’hui réaffirmer, de la voix de son président, son attachement à ce même principe à l’égard du Mali constitue donc, pour Bamako, bien plus qu’une formule diplomatique. C’est la reconnaissance explicite, par un voisin de poids, de la ligne souverainiste que la Transition défend sans relâche depuis cinq ans.
Le Premier ministre malien a d’ailleurs pris soin de replacer cette garantie dans un cadre plus large que la seule relation bilatérale, en la rattachant explicitement à la vision partagée par ses homologues de l’Alliance des États du Sahel (AES), le général nigérien Abdourahamane Tiani et le capitaine burkinabè Ibrahim Traoré. Le principe de non-ingérence défendu par Alger rejoint ainsi, presque mot pour mot, le corpus doctrinal que les trois États confédérés ont érigé en marqueur identitaire depuis leur rupture avec la Cédéao. Signe qu’Alger, en formulant cette garantie, s’adresse moins au seul Mali qu’à l’ensemble de l’espace sahélien en recomposition.
Un climat de confiance restauré
Cette insistance sur la souveraineté s’accompagne, dans le discours du Premier ministre malien, d’un registre de fraternité assumée : rappel de l’histoire commune des deux pays, de leur combat partagé contre le colonialisme, et de la formule prêtée au président Tebboune lui-même selon laquelle les deux voisins seraient « condamnés à cheminer ensemble ».
Porteur d’un message du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, remerciant son homologue pour son invitation à effectuer une visite officielle à Alger, acceptée sur le principe, la date restant à fixer par les canaux diplomatiques habituels, Abdoulaye Maïga a ainsi dressé le bilan d’une audience qui referme, sur des bases clairement établies, l’une des crises les plus dures qu’ait connues la diplomatie sahélienne ces dernières années. Le respect mutuel de la souveraineté, érigé en condition de la confiance retrouvée, se présente désormais comme la meilleure garantie que cette réconciliation ne connaisse pas les mêmes soubresauts que ceux qui l’ont précédée.
Oumarou Fomba
