Après dix-huit mois de tensions diplomatiques, le Mali et l’Algérie semblent avoir choisi de renouer avec le dialogue. La visite à Bamako du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, porteur d’un message du président Abdelmadjid Tebboune, marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre les deux voisins. De la crise du drone abattu en 2025 à la réouverture des espaces aériens, les deux capitales semblent redécouvrir les vertus du bon voisinage.
Il faut parfois se pincer pour y croire. Selon un communiqué de la Primature malienne, le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb effectuera, le lundi 14 septembre, une visite officielle à Bamako, à l’invitation de son homologue malien, le général de division Abdoulaye Maïga. Il y sera porteur d’un message du président Abdelmadjid Tebboune à l’attention du général d’armée Assimi Goïta. Sur le papier, une visite de courtoisie parmi tant d’autres. Dans les faits, l’aboutissement d’une improbable reconquête de la raison, après dix-huit mois qui auraient pu, à plusieurs reprises, tourner nettement plus mal.
Du drone abattu à la fermeture des espaces aériens
Remontons le fil. Tout commence dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, près de la localité frontalière de Tinzaouatène. Un drone Akinci des Forces armées maliennes est abattu par la défense antiaérienne algérienne. Alger parle d’une violation caractérisée de son espace aérien. Bamako, enquête technique à l’appui, assure que l’appareil évoluait en territoire malien.
Chacun campe sur sa version, et la mécanique diplomatique s’emballe. Rappel des ambassadeurs de part et d’autre, fermeture réciproque des espaces aériens, solidarité affichée du Burkina Faso et du Niger au nom de l’AES, qui qualifie l’incident d’« agression contre tous les membres de l’Alliance ». On se souvient aussi des joutes verbales, peu amènes, échangées à la tribune des Nations unies en septembre 2025, et d’une saisine malienne de la Cour internationale de justice qui, faute pour Alger de s’y soumettre, ne débouchera sur rien de concret.
Juillet 2026 : Bamako et Alger amorcent la décrispation
Quinze mois durant, compagnies aériennes contraintes à des détours coûteux, ambassades tournant au ralenti, relations au point mort. La facture de cette brouille, purement comptable, aurait suffi à convaincre n’importe quel gestionnaire raisonnable d’en sortir au plus vite. Il aura pourtant fallu attendre le 10 juillet 2026 pour que le bon sens reprenne enfin ses droits. Ce jour-là, Alger et Bamako annoncent, simultanément, la réouverture de leurs espaces aériens respectifs et le retour de leurs ambassadeurs. Une décrispation minutieusement chorégraphiée, dans le respect scrupuleux du principe de réciprocité si cher aux deux capitales.
Depuis, le rythme des gestes de bonne volonté s’est nettement accéléré. Le 24 août, le Premier ministre malien effectue une visite de travail à Alger, officiellement consacrée à la redynamisation des relations bilatérales. Le 1er septembre, la télévision nationale malienne diffuse un spot mêlant, non sans un certain sens de la mise en scène, des images de la signature de l’accord d’Alger de 2015 à des messages appelant à la réconciliation nationale, signe, pour beaucoup d’observateurs, que même les dossiers les plus sensibles du passé peuvent aujourd’hui être évoqués sans réveiller aussitôt les crispations d’hier. Et voici donc, à peine deux semaines plus tard, un chef de gouvernement algérien attendu en personne dans la capitale malienne, message présidentiel en poche.
Les visites officielles relancent le dialogue entre les deux voisins
Faut-il pour autant crier victoire et ranger définitivement les dossiers qui fâchent ? Certainement pas. Le statut de Kidal reste flou, la question sahraouie continue d’agiter les chancelleries depuis que Bamako a retiré, le 10 avril, sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique, et la confiance, elle, se reconstruit toujours plus lentement qu’elle ne se brise. Mais il y a quelque chose de rassurant, presque réjouissant, à voir deux États qui se sont mutuellement accusés d’agression retrouver, en l’espace de quelques semaines, le chemin des visites officielles et des messages de chef d’État à chef d’État. Comme si, malgré les drones abattus et les ambassadeurs rappelés, le bon voisinage, fondé, dit le communiqué de la Primature, sur « le respect mutuel et la préservation des intérêts de chaque État », finissait toujours, tôt ou tard, par reprendre le dessus sur la tentation de la brouille durable.
le respect mutuel et la préservation des intérêts de chaque État
Foula D. Massé
Billet d’humeur : à la veille de la visite du Premier ministre algérien à Bamako, retour sur le rapprochement entre le Mali et l’Algérie après la crise du drone abattu en 2025.
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