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Mali-Algérie : la realpolitik l’emporte sur les divergences géopolitiques

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Le dégel diplomatique entre Bamako et Alger, survenu le 10 juillet, met fin à plusieurs mois de crise ouverte. Un rapprochement dicté par la realpolitik régionale plus que par une réconciliation de fond, et qui n’efface pas les dossiers qui continuent de diviser les deux capitales.

Le vendredi 10 juillet 2026 restera dans les annales comme une journée à double actualité, aussi inattendue l’une que l’autre. D’un côté, la proclamation des résultats du baccalauréat malien, session de juin 2026, avec un taux d’admission de plus de 34 %. De l’autre, l’annonce du dégel des relations diplomatiques entre le Mali et l’Algérie, au terme d’une crise qui aura duré plusieurs mois et conduit au rappel réciproque des ambassadeurs.

Ce même vendredi, Bamako et Alger ont décidé de lever le blocus imposé sur leurs espaces aériens respectifs et d’instruire à leurs ambassadeurs de rejoindre leur poste sans délai. Un dénouement que peu annonçaient, tant les deux capitales semblaient engagées dans un bras de fer sans issue immédiate.

Une transition qui fait table rase

Depuis leur arrivée au pouvoir, les autorités maliennes de la Transition ont engagé une entreprise systématique de rupture avec les textes et les partenariats jugés obsolètes ou contraires aux intérêts nationaux. Après le retrait des forces françaises de l’opération Barkhane, en 2022, le Mali a dénoncé, en 2024, l’accord pour la paix et la réconciliation de 2015, dont l’Algérie était le chef de file. Les Assises nationales de la refondation de 2021 ont ensuite ouvert la voie à des initiatives endogènes : le Dialogue inter-malien pour la paix, tenu en 2024, a débouché sur une nouvelle Charte pour la paix et la réconciliation nationale, dont la mise en œuvre est depuis 2025 confiée à un Observatoire dédié.

Cette dynamique de refondation s’accompagne de succès tactiques significatifs de l’armée malienne, qui a neutralisé plusieurs cadres de groupes armés terroristes grâce, notamment, à l’appui d’un partenariat stratégique noué avec la Russie, la Chine et la Turquie.

Le 25 avril 2026, une offensive coordonnée d’une ampleur inédite, menée conjointement par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda) et le Front de libération de l’Azawad (FLA), a frappé simultanément plusieurs régions du Mali, dont Kati et Bamako. L’attaque a coûté la vie au général Sadio Camara, ministre de la Défense et des Anciens Combattants, tué à son domicile, à Kati, au cours d’intenses combats, et s’est soldée par le contrôle précaire de la ville de Kidal.

C’est dans ce contexte que la bataille d’Anéfis a pris tout son sens. Située sur la route nationale 18, à une centaine de kilomètres de Kidal, veritable verrou sur ce tronçon. A partir de cette localité, il est aisément possible de rayonner vers d’autres localités comme Aguelhoc et Tessalit, vers la frontière algérienne.  Assiégée début juillet par une nouvelle offensive conjointe du FLA et du JNIM, Anéfis a été reprise le 8 juillet par les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par Africa Corps, au terme de six jours de combats et grâce à l’arrivée d’un convoi de renforts parti de Gao. Plus qu’un simple succès tactique, cette reconquête constitue un véritable verrou stratégique. Tant que ce point d’appui reste aux mains des FAMA qui conservent une porte d’entrée vers Kidal tout en conservant la pleine initiative de sécurisation de l’extrême nord.

Pendant ce temps, l’Algérie demeurait pointée du doigt pour son soutien supposé aux groupes armés actifs sur le sol malien. L’épisode du drone malien Akinci, abattu par les forces algériennes à Tin Zaouatène dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, avait accentué la dégradation des relations bilatérales. Alger invoquait une violation de son espace aérien ; Bamako contestait cette version et affirmait disposer d’éléments pour la réfuter. Il est également établi, selon plusieurs sources, que des combattants blessés ou en déroute des groupes armés trouvent régulièrement refuge en territoire algérien.

Un dégel prévisible

Ce réchauffement n’est pourtant pas une surprise pour qui suit de près la diplomatie régionale. L’Algérie entretient des relations de plus en plus étroites avec le Niger voisin, comme en témoigne la multiplication des visites diplomatiques de haut niveau. En février 2026, le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, s’était rendu à Alger pour une visite d’amitié et de travail auprès du président Tebboune. Il y avait notamment affirmé qu’aucun Algérien ni aucun Africain ne pourrait admettre que le territoire algérien serve de base à une agression contre un pays africain. Une phrase qui sonnait comme un avertissement à peine voilé à l’endroit des partisans d’une intervention armée, mais aussi vis-à-vis de l’implication répétée d’Alger dans des manœuvres de déstabilisation du Mali.

De fait, depuis 2024-2025, les autorités de Transition maliennes dénonçaient le jeu trouble d’Alger dans le conflit malien. Un communiqué de janvier 2025 évoquait ainsi « la persistance d’actes d’ingérence » et un soutien logistique algérien à des groupes terroristes.

Mais la solidarité qui unit le Mali, le Niger et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel imposait, de facto, une ligne de conduite commune. La Charte du Liptako-Gourma, fondatrice de l’AES en septembre 2023 à Bamako, prévoit une clause d’assistance mutuelle en cas d’agression extérieure contre l’un des trois États membres. Dans cette configuration, les alliances des uns deviennent nécessairement celles des autres, et leurs adversaires, un adversaire commun.

Le facteur russe

Un autre élément plaide en faveur de cet apaisement : la récente visite du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, au Niger, destinée à approfondir la coopération entre la Fédération de Russie et les pays de l’AES. Or Moscou entretient également un partenariat stratégique de longue date avec Alger. Il paraissait dès lors difficile d’imaginer la Russie s’engager aux côtés d’un pays qui coopère avec l’Ukraine contre un autre de ses partenaires stratégiques, en l’occurrence le Mali.

Ce rapprochement suscite, malgré tout, des réserves. D’aucuns appellent Bamako à la prudence, rappelant que la République algérienne démocratique et populaire demeure un État aux pratiques sécuritaires strictes, et qu’une vigilance équivalente s’impose côté malien.

Une normalisation, pas une réconciliation totale

Il convient néanmoins de saluer ce réchauffement diplomatique entre le Mali et les pays d’Afrique du Nord, l’Algérie comme le Maroc. Cette normalisation n’efface pas pour autant certains différends de fond, à commencer par le retrait par le Mali de sa reconnaissance de la République sahraouie et son rattachement, dans les faits, à la souveraineté marocaine. Quand l’Algérie fut, elle, dès le 6 mars 1976, le troisième État au monde à reconnaître la RASD, après Madagascar et le Burundi, et continue de soutenir la cause sahraouie.

Sur la chaîne algérienne Ennahar, l’ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique à Alger, Khatri Addouh, rappelait récemment que le soutien de l’Algérie aux causes sahraouie et palestinienne puisait sa légitimité dans les principes de la Révolution du 1er Novembre : la lutte pour la libération des peuples, le rejet du colonialisme et le combat contre toute forme d’injustice. Un engagement, selon lui, qui ne se limite ni à la région ni au monde arabo-islamique.

Cette divergence de vues sur le dossier sahraoui illustre les limites d’une normalisation qui reste avant tout fonctionnelle, dictée par les impératifs sécuritaires immédiats plutôt que par une convergence de vues sur l’ensemble des dossiers régionaux. Elle n’en demeure pas moins une bonne nouvelle pour la stabilité du Sahel, à l’heure où le Mali a plus que jamais besoin de calme sur son flanc nord pour poursuivre sa refondation.

Oumarou Fomba 


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