À l’occasion du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, Mamadi Doumbouya a placé quatre figures de la résistance anticoloniale au cœur de son adresse à la nation. De Samory Touré à Dinah Salifou, en passant par Alfa Yaya Diallo et Zégbéla Togba Pivi, ces quatre noms renvoient aux quatre régions naturelles du pays.
« S’inspirer du passé, c’est d’abord nous souvenir de ceux qui ont payé le prix de notre liberté. » C’est par cet hommage que le président guinéen, Mamadi Doumbouya, a ouvert la partie mémorielle de son adresse à la nation, vendredi 2 octobre, à l’occasion du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, proclamée le 2 octobre 1958 à la suite du fameux « Non » opposé par le pays au référendum constitutionnel du général de Gaulle. Quatre noms ont suivi : « Almamy Samory Touré, qui a tenu tête aux colonnes coloniales pendant près de deux décennies. Alfa Yaya Diallo, exilé loin de sa terre pour avoir refusé de plier. Zégbéla Togba Pivi, gardien indomptable de la Forêt. Dinah Salifou, fier souverain de la côte. »
S’inspirer du passé, c’est d’abord nous souvenir de ceux qui ont payé le prix de notre liberté.
À lire ces quatre noms dans l’ordre où le président les égrène, on pourrait n’y voir qu’une énumération d’illustres résistants. Replacés dans leur contexte historique et géographique, ils dessinent pourtant une tout autre figure : celle d’un hommage rendu, un par un, à chacune des quatre régions naturelles qui composent la Guinée.
Un héros par région, un pays rassemblé
Samory Touré, fondateur de l’empire mandingue de Wassoulou, mena sa résistance principalement depuis la Haute-Guinée, avant d’être capturé en 1898. Alfa Yaya Diallo, roi de Labé arrêté par l’administration coloniale en 1905 puis déporté, incarnait le pouvoir almamy du Fouta-Djalon, c’est-à-dire la Moyenne-Guinée. Zégbéla Togba Pivi, chef toma né en 1838 dans le village de Nzébéla, mena pendant plus de vingt ans la résistance des populations forestières contre la pénétration française, jusqu’à sa capture en 1907. Il incarne la Guinée forestière. Dinah Salifou Camara, enfin, roi des Nalous dans la région de Boké, dirigea la résistance des populations côtières du Rio Nunez. Il représente la Basse-Guinée.
Quatre figures, quatre régions, quatre ethnies différentes, mandingue, peule, toma, nalou, convoquées côte à côte dans un même paragraphe. Dans un pays où les clivages régionaux et communautaires ont souvent pesé sur la vie politique, ce choix de composition n’a rien d’anodin. Il affirme, par la seule structure du discours, que la résistance à la colonisation fut une affaire nationale, portée sur l’ensemble du territoire, et non l’apanage d’une seule région ou d’un seul groupe. Le président guinéen a d’ailleurs explicité cette ambition plus loin dans son discours, assurant vouloir co-construire son programme de développement « avec toutes les filles et tous les fils de la République de Guinée, sans distinction d’origine, de région, de confession ou d’opinion ». Il rappelle que « la Guinée n’appartient à aucun clan : elle appartient à tous les Guinéens ».
avec toutes les filles et tous les fils de la République de Guinée, sans distinction d’origine, de région, de confession ou d’opinion
Simandou 2040 et le pari sur la jeunesse
Le reste du discours a été largement consacré à la jeunesse guinéenne, que le président a qualifiée de patrimoine national « plus précieux que le fer de Simandou, plus précieux que la bauxite de Boké, plus précieux que l’or de Siguiri ». Le président Doumbouya s’appuie sur les données du quatrième recensement général de la population indiquant que plus de 70 % des Guinéens ont moins de 35 ans. Mamadi Doumbouya a présenté le programme Simandou 2040, assorti de son volet de formation Simandou Academy, comme l’instrument devant transformer la richesse minière du pays en richesse humaine durable, à travers la formation d’ingénieurs et de techniciens guinéens plutôt que la seule exportation de matières premières.
S’adressant directement à la jeunesse, souvent tentée par l’émigration, le chef de l’État a affirmé : « Ton avenir est ici. Ta place est ici. » Il a conclu son adresse par une formule reprenant, soixante-huit ans plus tard, l’esprit du « Non » fondateur de 1958 : « Qu’il devienne aujourd’hui le ‘Oui’ de notre jeunesse : oui à la République de Guinée, oui au vivre-ensemble, oui à l’avenir, oui à la grandeur. »
Oumarou Fomba
