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Forum Panafricain des Médias 2026 : comment l’Afrique veut reprendre le contrôle de son récit médiatique

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Le Centre International de Conférences de Bamako abrite, depuis le jeudi 3 juin 2026, la première édition du Forum Panafricain des Médias. Placé sous le haut parrainage du Général d’Armée Assimi Goïta, président de la Transition et chef de l’État, la cérémonie d’ouverture s’est tenue sous la présidence du Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga en présence du ministre de la Communication Alhamdou Ag Ilyene, des membres du gouvernement ainsi que des autorités administratives et politiques de Bamako.

Placée sous le thème : « Unir les voix, renforcer les liens entre médias d’Afrique », cette rencontre réunit plus de deux cents participants venus du District de Bamako, des régions du Mali et de plusieurs pays africains. Les travaux se poursuivent jusqu’au samedi 6 juin. L’objectif est de consolider la coopération panafricaine, de promouvoir la souveraineté narrative et de renforcer la capacité des médias africains à relever les défis économiques, technologiques et sécuritaires.

Une rencontre consacrée à la souveraineté narrative africaine

Le coordinateur général du forum, Bandiougou Danté, président de la Maison de la Presse, a rappelé que l’événement, prévu en mai, avait été reporté à cause des attaques terroristes du 25 avril. Il a salué la résilience du peuple malien et l’action des Forces armées qui ont permis de tenir ce rendez‑vous malgré les difficultés. Dans son allocution, il a proposé que la Maison de la Presse du Mali soit rebaptisée en hommage à Mahamane Hameye Cissé, disparu récemment.

Le gouvernement au Forum panafricain des médias
Des membres du gouvernement malien à l’ouverture du Forum panafricain des médias 2026, le 3 juin 2026. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Il a insisté sur la nécessité de réfléchir à la souveraineté narrative et à la guerre de l’information. Il a aussi souligné l’importance de renforcer la coopération entre médias africains, de mutualiser les ressources et les expertises, et de bâtir des partenariats durables pour une meilleure circulation des contenus produits par les Africains eux‑mêmes. Les défis économiques et la protection des journalistes ont également été mis en avant comme des priorités urgentes.

Les médias africains confrontés aux défis économiques

La baisse des revenus publicitaires, la dépendance financière, la précarité des rédactions et la fragilité des modèles économiques menacent la survie des médias. La protection des journalistes, particulièrement exposés dans les zones de crise, a été rappelée comme une exigence incontournable. Les discussions portent aussi sur les opportunités et les risques liés aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle, appelant à en faire des leviers de progrès et non des menaces.

Salif Sanogo, président de la Commission d’organisation, a rappelé que les journalistes écrivent la première version de l’histoire. Il a comparé leur rôle à celui des griots dans les sociétés traditionnelles, qui transmettaient la parole des rois. Selon lui, le journalisme doit dépasser le divertissement pour éveiller la curiosité et approcher les réalités. La bataille du narratif est essentielle pour contrer la désinformation et la manipulation.

Le gouverneur du district au Forum panafricain des médias
Le gouverneur du district de Bamako à l’ouverture du Forum panafricain des médias 2026, le 3 juin 2026. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

La mobilisation des confrères pour une synergie africaine

Il a exprimé sa gratitude pour la mobilisation des confrères autour de ce projet commun. Il a insisté sur l’importance de créer une synergie d’action afin de donner aux médias africains la capacité d’infléchir les grandes décisions des États. Le programme du forum prévoit cinq panels, trois tables rondes et plusieurs sous‑thèmes animés par des experts et analystes reconnus. Ces sessions visent à enrichir les échanges et à permettre aux participants de débattre avec les panélistes.

La conférence inaugurale est animée par Martin Faye, journaliste sénégalais et expert en communication. Fort d’une longue expérience au sein de la RTS et de la Fondation Hirondelle, il a structuré son intervention autour de quatre axes : le nouveau visage des médias africains, l’indépendance face aux géants du web, l’innovation comme moteur de transformation et la souveraineté narrative. Il insiste sur la nécessité pour les médias africains de s’adapter aux mutations numériques.

Les mutations numériques dans le journalisme africain

Martin Faye décrit une mutation structurelle marquée par la fin du monopole de la parole. Le numérique transforme le journalisme en profondeur, imposant un pratique agile et multimédia. Le journaliste moderne doit désormais savoir écrire pour le web, produire des vidéos courtes pour TikTok ou des podcasts en langues nationales. Cette diversification des formats est essentielle pour toucher un public connecté et renforcer la proximité avec les populations africaines.

Ouverture du Forum panafricain des médias au Mali
Les doyens de la presse à l’ouverture du Forum panafricain des médias 2026, le 3 juin 2026. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Selon lui, l’indépendance des médias africains ne peut se limiter à une posture morale. Elle doit reposer sur des infrastructures solides. Les géants du numérique, les GAFAM, captent plus de soixante-dix pour cent des revenus publicitaires, fragilisant les médias locaux. Posséder son propre canal de diffusion est une condition indispensable à la liberté de parole et à la souveraineté éditoriale. L’indépendance se joue à la fois sur le plan politique et économique.

L’innovation comme moteur de transformation souveraine

L’innovation, poursuit-il, n’est pas une option mais une nécessité de survie. Elle doit être adaptée aux réalités africaines, notamment par des applications mobiles légères, des podcasts en langues locales et l’usage de l’intelligence artificielle pour traduire et transcrire rapidement les contenus. L’innovation doit permettre de réduire les coûts de production, briser la barrière de l’analphabétisme et renforcer la proximité avec les populations.

Martin Faye insiste sur la nécessité de déconstruire le regard extérieur porté sur l’Afrique, souvent réduit aux conflits. La souveraineté narrative consiste à produire du sens local et à définir ses propres priorités médiatiques. Les médias africains doivent cesser de copier les dépêches internationales et valoriser leurs propres sources de terrain. Il s’agit de raconter l’Afrique à partir de ses réalités et de ses solutions endogènes.

Une étape fondatrice pour les médias africains

Le Premier ministre a rappelé que ce forum s’inscrit dans une dynamique de refondation nationale et de coopération panafricaine. Selon lui, les médias doivent jouer un rôle central dans la consolidation de la cohésion sociale et dans la lutte contre la désinformation. Il a insisté sur la responsabilité des journalistes à produire une information crédible et à accompagner les efforts de souveraineté narrative.

Il a également souligné que les médias africains doivent s’adapter aux mutations technologiques sans perdre leur identité. Pour le Premier ministre, l’innovation et l’indépendance sont des conditions essentielles pour bâtir une presse forte et respectée. Il a encouragé les participants à profiter de ce forum pour échanger des expériences, renforcer les partenariats et proposer des solutions concrètes aux défis économiques et sécuritaires.

Le FOPAME 2026 s’affirme comme une étape fondatrice pour les médias africains. En réunissant professionnels, experts et autorités, il pose les bases d’une coopération durable et d’une réflexion stratégique sur l’avenir du journalisme en Afrique. L’événement marque la volonté des médias panafricains de reprendre le contrôle de leur narration et de s’unir pour faire face aux défis économiques, technologiques et sécuritaires. Bamako s’impose comme une capitale culturelle et médiatique.

Ibrahim Kalifa Djitteye 


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