La première édition du Forum Mali-Inde pour la Promotion des Exportations s’est ouverte ce jeudi 18 juin à Bamako sous la présidence du Premier ministre Abdoulaye Maïga. En deux jours de travaux, opérateurs économiques maliens et indiens examinent des pistes de coopération dans le commerce, l’industrie et l’investissement. Le signal est politique autant qu’économique.
Un forum. Une première. Et, derrière le cadre protocolaire, une intention stratégique clairement assumée. Ce jeudi 18 juin 2026, le Mali a réuni pour la première fois à Bamako opérateurs économiques maliens et indiens, représentants d’institutions publiques et privées, et partenaires techniques et financiers, pour inaugurer le Forum Mali-Inde pour la Promotion des Exportations. La rencontre, organisée par le ministère de l’Industrie et du Commerce à travers l’Agence pour la Promotion des Exportations (APEX Mali), s’est ouverte sous la haute présidence du Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga — un signe du niveau politique que Bamako entend donner à ce rapprochement avec New Delhi.
Le contexte ne doit rien au hasard. Le Mali, sous la conduite des autorités de la Transition, a entrepris depuis 2021 une réorientation profonde de ses partenariats extérieurs, marquée par la rupture avec plusieurs partenaires occidentaux traditionnels et le resserrement de liens avec de nouveaux alliés. Dans cette reconfiguration, l’Inde occupe une place particulière : puissance émergente, marché de plus d’un milliard d’habitants, économie en forte croissance, et acteur du Sud global avec lequel le Mali partage une vision commune de la multipolarité et de la souveraineté nationale.
Coton, or, sésame : les filières dans la ligne de mire
L’Inde est déjà, avant même ce forum, un partenaire commercial non négligeable pour le Mali. Le pays bénéficie de préférences tarifaires sur le marché indien dans le cadre des dispositifs commerciaux préférentiels accordés aux pays les moins avancés. Plusieurs filières maliennes en tirent ou pourraient en tirer parti : le coton, la gomme arabique, les noix d’acajou, le sésame et l’or figurent parmi les principales exportations vers ce marché.
Mais les volumes actuels restent en deçà du potentiel. C’est précisément l’objet de ce forum : dépasser le stade des opportunités théoriques pour identifier des mécanismes concrets de facilitation du commerce, des chaînes de valeur à construire ensemble, et des projets d’investissement productif susceptibles de transformer la matière première malienne sur place avant son exportation. La transformation industrielle locale — le passage du coton brut au fil ou au tissu, de l’acajou à la noix transformée — est l’un des angles qui seront examinés dans les ateliers thématiques prévus sur deux jours.
Une autonomie économique comme boussole
Dans son allocution d’ouverture, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a inscrit le forum dans un cadre politique explicite : « consolider la souveraineté économique, diversifier les partenariats et accélérer la transformation structurelle » du Mali. La formule dit beaucoup sur la lecture que Bamako fait de sa situation : il ne s’agit pas d’un simple événement commercial, mais d’un acte de politique économique destiné à réduire les dépendances et à multiplier les leviers de financement du développement national.
Ce cadrage rejoint une préoccupation que partagent plusieurs économies africaines : comment monétiser ses ressources naturelles non plus en les exportant brutes au prix mondial le plus bas, mais en créant de la valeur ajoutée localement et en accédant à des marchés diversifiés ? L’Inde, qui a elle-même parcouru ce chemin en quelques décennies, constitue à ce titre une référence pertinente autant qu’un débouché commercial potentiellement massif.
Selon le ministère de l’Industrie et du Commerce, cette première édition est le début d’un long processus dans le renforcement des relations économiques entre Bamako et New Delhi.
Des recommandations concrètes attendues à l’issue des travaux
Les travaux du forum, qui se poursuivent vendredi 19 juin, doivent déboucher sur des recommandations opérationnelles à l’attention des deux gouvernements et des secteurs privés des deux pays. Elles porteront sur les mécanismes de facilitation du commerce, les dispositifs d’accompagnement à l’export pour les PME maliennes, les régimes d’investissement et les pistes de partenariats sectoriels. La dimension logistique — l’acheminement des marchandises maliennes vers le marché indien depuis un pays enclavé — fera vraisemblablement partie des sujets abordés, tant elle représente un obstacle structurel à toute ambition exportatrice.
Pour l’Inde, dont les intérêts en Afrique de l’Ouest restent moins développés qu’en Afrique de l’Est, ce forum est aussi une occasion de muscler sa présence commerciale et diplomatique dans une région en pleine recomposition. New Delhi, qui a sensiblement intensifié son engagement sur le continent africain ces dernières années dans le cadre de sa politique de « diplomatie du Sud global », trouvera au Mali un interlocuteur qui partage son attachement à une coopération non conditionnée et fondée sur des bénéfices mutuels.
Chiencoro Diarra
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